mercredi 18 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2101880 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL VALIERE VIALEIX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 25 novembre 2021 et 31 mai 2022, Mme J I, Mme H G, agissant en son nom personnel et en qualité de représentante légale de ses deux enfants mineurs E et A, et M. B G, représentés par Me Rouquie, demandent au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde à leur verser une somme globale de 225 115,19 euros en réparation des préjudices résultant des manquements commis par cet établissement de santé dans la prise en charge de leur père et grand-père, M. F I, décédé dans cet hôpital le 9 décembre 2019 à 1h00 ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde une somme de 5 000 euros à leur verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens.
Ils soutiennent que :
Sur la responsabilité du centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde :
- la responsabilité du centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde est d'abord engagée à raison d'un manquement à l'obligation d'information prévue à l'article L. 1112-1 du code de la santé publique ;
- la responsabilité du centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde est également engagée sur le fondement du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique en raison de diverses fautes commises dans la prise en charge de M. F I ; ainsi que l'a retenu le docteur D, ces fautes sont directement et exclusivement à l'origine du décès, de sorte qu'il n'y a pas lieu de faire application d'un taux de perte de chance ;
- il peut enfin être retenue une responsabilité du centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde en raison de la faute distincte d'acharnement thérapeutique constituée par l'intervention réalisée le 7 décembre 2019, que les filles de la victime directe avaient pourtant expressément refusée, en méconnaissance des articles R. 4127-37 et R. 4127-38 du code de la santé publique.
- outre les fautes de service engageant la responsabilité du centre hospitalier, le rapport d'expertise établi par le docteur D permet aussi de révéler des fautes personnelles détachables du service qui engagent la responsabilité personnelle du docteur C.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne les préjudices de la victime directe, M. F I :
- en leur qualité d'ayants droit de leur père, Mme J I et Mme H G sont fondées à demander le versement d'une somme de 5 000 euros au titre du préjudice d'impréparation pour défaut d'information, d'une somme de 40 000 euros au titre des souffrances endurées, d'une somme de 3 000 euros au titre du préjudice moral résultant de l'acharnement thérapeutique lié à l'intervention du 7 décembre 2019, d'une somme de 50 000 euros au titre du préjudice d'angoisse de mort imminente, d'une somme de 120 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire et d'une somme de 3 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire.
En ce qui concerne les préjudices des victimes indirectes :
S'agissant des filles de M. F I :
- Mme J I et Mme H G sont fondées à demander une somme de 3 995,19 euros au titre des frais d'obsèques et, pour chacune d'elle, une somme de 5 000 euros au titre du préjudice d'accompagnement et une somme de 25 000 euros au titre du préjudice d'affection.
S'agissant des petits-enfants de M. F I :
- M. B G, majeur, est fondé à demander une somme de 20 000 euros au titre de son préjudice d'affection ;
- il y a lieu de condamner le centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde à verser une somme de 40 000 euros à Mme H G, en sa qualité de représentante légale de ses deux enfants mineurs, E et A, au titre du préjudice d'affection subi par ces derniers.
Par des mémoires en défense enregistrés les 11 février, 23 mai et 20 juillet 2022, le centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde, représenté par Me Valière-Vialeix, demande au tribunal de ramener à de plus justes proportions les sommes demandées par les requérants au titre de l'indemnisation des préjudices qu'ils invoquent et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- il ne conteste pas le principe de l'engagement de sa responsabilité sur le fondement du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique quant aux manquements relatifs au retard de prise en charge de la fuite de bile qui a finalement conduit au choc septique à l'origine du décès de M. F I ;
- le recours à l'intervention du 7 décembre 2019 ne peut s'analyser comme s'inscrivant dans le cadre d'un acharnement thérapeutique ;
- outre qu'il n'appartient pas à la juridiction administrative de statuer sur de prétendues fautes détachables du service qui auraient été commises par le chirurgien viscéral qui a procédé à l'intervention du 14 novembre 2019, les conditions permettant d'admettre l'existence de telles fautes ne sont pas réunies puisque les faits reprochés s'inscrivent dans le cadre de la prise en charge de M. F I en service hospitalier ;
- l'obligation d'information prévue à l'article L. 1111-2 du code de la santé publique a été respectée ;
- pour ce qui concerne les différents préjudices dont l'indemnisation est sollicitée, ils sont soit inexistants soit surévalués.
La procédure a été communiquée à la CPAM de la Charente-Maritime, qui n'a pas produit de mémoire dans la présente instance.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Boschet,
- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,
- les observations de Me Rouquié, pour les consorts I et G,
- les observations de Me Veyriras, pour le centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde.
Considérant ce qui suit :
1. Né le 20 février 1948, M. F I a consulté en juillet 2019 le docteur C, chirurgien viscéral au centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde, pour une vésicule lithiasique qui avait fait l'objet d'une prise en charge gastroentérologique avec une cholangio-pancréatographie rétrograde endoscopique (CPRE). Selon une lettre adressée le 24 juillet 2019 au médecin traitant de M. F I, ce praticien devait effectuer, le 19 septembre 2019, une cholécystectomie coelioscopique avec cholangiographie peropératoire et cure de hernie ombilicale. L'intervention, qui a été reportée, a finalement été réalisée le jeudi 14 novembre 2019 au centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde. Dans le compte rendu opératoire, il était alors indiqué qu'il avait été effectuée une cholécystectomie subtotale avec un drainage du lit vésiculaire pour éviter une plaie de la voie biliaire principale. A la suite de cette opération, une complication constituée par une fuite de bile par l'orifice de drainage est apparue. Dans les jours suivants, l'état général de M. F I s'est fortement dégradé avec des épisodes douloureux importants, une absence de réalimentation et un état de faiblesse majeur. Le lundi 18 novembre 2019, un scanner abdominal a mis en évidence un épanchement dans la cavité abdominale et a notamment fait poser la question du bon drainage de la fistule. Si un traitement par antibiotiques a été instauré, le drain n'a toutefois pas été replacé. Dans la nuit du lundi 18 au mardi 19 novembre 2019, des signes de choc septique ont été constatés. Après que l'interne de garde a prévenu le médecin réanimateur, il a été décidé d'une reprise chirurgicale dans la matinée. Toutefois, en raison de problèmes liés à l'organisation du bloc opératoire, cette reprise chirurgicale n'a finalement été effectuée qu'en début de soirée, vers 21h30. A la suite de cette deuxième intervention, M. F I a été admis au service de réanimation de l'hôpital. Dans les jours qui ont suivi, son état s'est à nouveau dégradé avec l'apparition d'un état de défaillance multi-viscérale compliquée par un infarctus intestinal justifiant le recours à une troisième opération le 7 décembre 2019. M. F I est décédé le 9 décembre 2019 à 1h00.
2. Estimant que le décès de M. F I était imputable à des manquements commis par le centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde, ses deux filles, Mme J I et Mme H I, agissant en son nom personnel et en qualité de représentante légale de ses enfants B, E et A, ont saisi le juge des référés d'une demande d'expertise en vertu de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il a été fait droit à leur demande par une ordonnance n° 2000648 du 2 novembre 2020. Le docteur D, chirurgien spécialisé en chirurgie générale et en chirurgie viscérale et digestive, a établi son rapport d'expertise le 17 juin 2021. Par cette requête, Mme J I, Mme H G, agissant en son nom personnel et en qualité de représentante légale de ses deux enfants mineurs E et A, et M. B G, qui ont rejeté comme insuffisante la proposition d'indemnisation amiable adressée par l'assureur du centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde, demandent au tribunal de condamner cet établissement public de santé à leur verser une somme globale de 225 115,19 euros en réparation des préjudices résultant des manquements commis par cet établissement de santé dans la prise en charge de leur père et grand-père, M. F I.
Sur la responsabilité du centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".
4. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise établi le 17 juin 2021 par le docteur D, dont les conclusions ne sont pas contestées sur ce point par le centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde, que le décès de M. I est imputable à une succession de manquements commis dans les suites de l'intervention réalisée le 14 novembre 2019. D'abord, il résulte de l'instruction que, pendant les trois premiers jours qui ont suivi cette intervention, M. F I n'a fait l'objet, notamment de la part du chirurgien, d'aucune surveillance spécifique, en particulier d'un risque infectieux en dépit de la connaissance d'une CRP à 67 et des douleurs intenses dès le lendemain de l'opération. Ce défaut de surveillance adaptée s'est notamment traduit par l'absence de prescription de réhydratation, d'antibiothérapie ou de réalisation d'autres examens complémentaires. Comme l'indique l'expert judiciaire, ce défaut de surveillance, qui aurait pourtant permis de déceler très rapidement la fuite biliaire mal drainée à l'extérieur par la lame mise en place, de prendre les mesures nécessaires pour repositionner correctement cette lame, de prévenir ou de constater bien plus tôt l'infection qui est survenue du fait de cette fuite biliaire et de la prendre utilement en charge en urgence par une antibiothérapie associée le cas échéant à une reprise chirurgicale, paraît d'autant moins compréhensible que cette complication de fuite biliaire était " attendue " selon les termes utilisés par le chirurgien dans le compte rendu opératoire qu'il a rédigé. En outre, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise judiciaire, qu'un choc septique constitue " une urgence vitale ", qui impose une réanimation associant une antibiothérapie adaptée, double ou triple, avec une reprise chirurgicale le plus rapidement possible, que le taux de mortalité dépend du délai de la reprise opératoire et que, passé un délai de six heures après la constatation d'un choc septique, aucun patient ne conserve la moindre chance de survie. Or, en l'espèce, il est constant que, malgré un tableau clinique précurseur d'un choc septique qui a été constaté tardivement dans la nuit du lundi au mardi 19 novembre 2019, ce n'est qu'à la fin de cette dernière journée, aux alentours de 21h30, à cause d'une faute dans l'organisation et le fonctionnement du service, que M. F I a bénéficié d'une reprise chirurgicale dans un état de choc septique avancé, soit plusieurs heures après le délai fatal de six heures mentionné par l'expert. Cette succession de manquements, qui comme le relève l'expert est directement et exclusivement à l'origine du décès du patient, engage la responsabilité du centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde.
5. En deuxième lieu, les requérants font valoir que le docteur C, chirurgien du centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde qui a réalisé l'intervention du 14 novembre 2019, a commis des fautes engageant sa responsabilité personnelle devant le juge judiciaire constituées, d'une part, par une absence de visite de M. F I dans les suites opératoires pendant le week-end des 16 et 17 novembre 2019 au cours duquel il était pourtant de garde, d'autre part, par la rédaction d'un compte rendu opératoire considéré comme insincère par l'expert judiciaire. Cependant, s'agissant de cette première faute, celle-ci se confond avec le défaut de surveillance adapté mentionné au point 4 et qui caractérise seulement une faute de service. S'agissant de la rédaction du compte rendu opératoire, si, comme le souligne l'expert judiciaire, sa sincérité peut effectivement être remise en cause, l'établissement de ce document révèle une faute personnelle qui, dès lors qu'elle n'est pas dépourvue de tout lien avec le service, est aussi de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde dans la présente instance.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. () / Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser. / Cette information est délivrée au cours d'un entretien individuel. () / En cas de litige, il appartient au professionnel ou à l'établissement de santé d'apporter la preuve que l'information a été délivrée à l'intéressé dans les conditions prévues au présent article. Cette preuve peut être apportée par tout moyen ". Il résulte de ces dispositions que doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l'accomplissement d'un acte médical, les risques connus de cet acte qui, soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence.
7. Compte tenu de sa gravité, le risque de survenue de fuite biliaire et d'infection susceptible de résulter de cette fuite en cas de réalisation d'une cholécystectomie devait faire l'objet, conformément aux dispositions de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique, d'une information claire et adaptée délivrée à M. F I. Pour justifier que cette information a été préalablement donnée, le centre hospitalier produit une attestation, comportant sur l'étiquette d'admission qui y est collée la date du 24 juillet 2019 et qui serait signée par M. F I, dans laquelle il est indiqué que le patient est " conscient que toute intervention chirurgicale comporte un certain pourcentage de risques ", qu'il reconnaît " avoir reçu à ce sujet, de la part du chirurgien, avant l'intervention () toutes les informations souhaitées " et qu'il a pu " poser des questions au docteur C qui a parfaitement répondu à [ses] interrogations ". Cependant, outre que l'expert judiciaire a déploré dans son rapport " l'absence de tout document [dans le dossier médical] permettant de vérifier qu'une réelle information sur les risques opératoires a été donnée à M. F I " et que les requérants contestent sans être sérieusement contredits l'authenticité de l'attestation produite qui comporte une signature qui ne serait pas celle du défunt, la généralité des termes utilisés dans ce document ne suffit pas pour regarder ce patient comme ayant reçu une information spécifique et adaptée sur le risque qui s'est réalisé. En l'absence d'autre élément au dossier de nature à établir qu'une telle information a effectivement été délivrée, les requérants sont fondés à soutenir que l'obligation d'information prévue à l'article L. 1111-2 du code de la santé publique a été méconnue, ce qui engage la responsabilité du centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 4127-37 du code de la santé publique, qui est inséré dans une section relative au code de déontologie médicale : " En toutes circonstances, le médecin doit s'efforcer de soulager les souffrances du malade par des moyens appropriés à son état et l'assister moralement. Il doit s'abstenir de toute obstination déraisonnable et peut renoncer à entreprendre ou poursuivre des traitements qui apparaissent inutiles, disproportionnés ou qui n'ont d'autre effet que le seul maintien artificiel de la vie ". Selon l'article R. 4127-38 du même code, inséré dans la même section : " Le médecin doit accompagner le mourant jusqu'à ses derniers moments, assurer par des soins et mesures appropriés la qualité d'une vie qui prend fin, sauvegarder la dignité du malade et réconforter son entourage ".
9. Alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que les filles de M. F I se seraient effectivement opposées à la reprise chirurgicale pour péritonite stercorale nosocomiale réalisée le 7 décembre 2019, il ne ressort ni du rapport d'expertise judiciaire ni des autres pièces versées au dossier que le recours à cette intervention pourrait être regardée comme s'inscrivant dans le cadre d'un acharnement thérapeutique méconnaissant les règles déontologiques qui sont mentionnées au point précédent.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne les préjudices de la victime directe :
10. En premier lieu, indépendamment de la perte d'une chance de refuser l'intervention, le manquement des médecins à leur obligation d'informer le patient des risques courus lors d'une intervention ouvre pour l'intéressé, lorsque ces risques se réalisent, le droit d'obtenir réparation des troubles qu'il a pu subir du fait qu'il n'a pas pu se préparer à cette éventualité, notamment en prenant certaines dispositions personnelles. En l'espèce, l'absence d'information sur le risque de fuite biliaire et d'infection susceptible de résulter de cette fuite a été à l'origine, pour M. F I, d'un préjudice dit d'impréparation dont il sera fait une juste appréciation en allouant à ses ayants droit une somme de 2 000 euros.
11. En deuxième lieu, les fautes commises par le centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde ont été l'origine, pour M. F I, de souffrances endurées avant son décès dont la gravité a été évalué à 5/7 par l'expert. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en condamnant cet établissement public de santé à verser une somme de 15 000 euros aux ayants droit du défunt.
12. En troisième lieu, le droit à réparation du préjudice résultant de la douleur morale que la victime d'un dommage a éprouvée du fait de la conscience d'une espérance de vie réduite en raison d'une faute du service public hospitalier dans la mise en œuvre ou l'administration des soins qui lui ont été donnés, constitue un droit entré dans son patrimoine avant son décès qui peut être transmis à ses héritiers. Contrairement à ce que fait valoir le centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde, M. F I doit être regardé, compte tenu de l'évolution délétère de son état de santé dans les jours qui ont suivi l'opération du 14 novembre 2019, de l'intensité de ses souffrances, du défaut de surveillance et d'accompagnement dont il a été victime de la part de l'équipe médicale, ainsi que de la détresse qu'il a manifestée auprès de ses filles, comme ayant eu conscience, en raison des fautes commises par l'établissement public de santé, de ce que son espérance de vie était réduite. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice propre en condamnant le centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde à verser une somme de 5 000 euros aux ayants droit de M. F I.
13. En quatrième lieu, il ne résulte pas de l'instruction, notamment du rapport de l'expert judiciaire, que M. F I aurait effectivement subi, en raison des fautes commises par le centre hospitalier, un préjudice esthétique temporaire ou un déficit fonctionnel temporaire distinct de ceux qu'il aurait en tout état de cause subis en l'absence de manquements commis dans sa prise en charge médicale. Par suite, aucune indemnisation ne saurait être allouée en raison de ces chefs de préjudice.
En ce qui concerne les victimes indirectes :
S'agissant des enfants de M. F I :
14. En premier lieu, compte tenu de la facture produite, établie au nom de Mme H G, il y a lieu de condamner le centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde à verser à cette dernière une somme de 3 995,19 euros au titre des frais d'obsèques.
15. En second lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection ainsi que du préjudice d'accompagnement de Mme J I et de Mme H G en leur accordant, à chacune d'elle, une somme de 7 000 euros.
S'agissant des petits-enfants de M. F I :
16. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi par les petits-enfants de M. F I en l'évaluant à la somme de 3 000 euros. Il y a donc lieu de condamner le centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde à verser cette somme à M. B G et une somme de 6 000 euros à Mme H G, en sa qualité de représentante légale de ses deux enfants mineurs E et A.
17. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner le centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde, à verser une somme de 22 000 euros à Mme J I et Mme H G, en leur qualité d'héritiers de M. F I. Au titre de leurs préjudices propres, il y a lieu de condamner cet établissement public de santé à verser une somme de 7 000 euros à Mme J I, une somme de 16 995,19 euros à Mme H G incluant le préjudice subi par ses enfants mineurs et une somme de 3 000 euros à M. B G.
Sur les frais d'expertise :
18. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties ".
19. Les frais et honoraires de l'expertise judiciaire, qui ont été taxés et liquidés à la somme de 1 820,26 euros par une ordonnance du 30 juillet 2021 du président du tribunal, sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde.
Sur les frais liés au litige :
20. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
21. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde une somme de 1 800 euros à verser aux requérants en vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde est condamné à verser une somme de 22 000 (vingt deux mille) euros à Mme J I et Mme H G, en leur qualité d'héritiers de M. F I.
Article 2 : Le centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde est condamné à verser, au titre de leurs préjudices propres, une somme de 7 000 (sept mille) euros à Mme J I, une somme de 16 995,19 (seize mille neuf cent quatre-vingt-quinze euros et dix-neuf centimes) euros à Mme H G incluant le préjudice subi par ses deux enfants mineurs et une somme de 3 000 (trois milles) euros à M. B G.
Article 3 : Les frais et honoraires de l'expertise judiciaire, qui ont été taxés et liquidés à la somme de 1 820,26 (mille huit cents vingt euros vingt-six centimes) euros par une ordonnance du 30 juillet 2021 du président du tribunal, sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde.
Article 4 : Le centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde versera une somme de 1 800 (mille huit cents) euros aux requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme J I, à Mme H G, à M. B G, au centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde et à la CPAM de la Charente-Maritime. Une copie en sera adressée, pour information, à M. D, expert judiciaire.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023 où siégeaient :
- M. Artus, président,
- M. Crosnier, premier conseiller,
- M. Boschet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2023.
Le rapporteur,
J.B. BOSCHET
Le président,
D. ARTUS
Le greffier,
G. JOURDAN-VIALLARD
La République mande et ordonne
au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
Le Greffier
G. JOURDAN-VIALLARD
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026