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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2101920

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101920

mardi 28 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2101920
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantCLERC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 décembre 2021, M. D B, représenté par Me Clerc, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 octobre 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier universitaire de Limoges a prononcé sa radiation des cadres pour abandon de poste ;

2°) d'enjoindre à cet établissement de santé de procéder à sa réintégration ;

3°) de mettre à la charge du CHU de Limoges une somme de 3 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision ne satisfait pas aux exigences de motivation résultant des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il aurait dû être licencié ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors, d'une part, qu'il ne pouvait être réintégré sur ces fonctions précédentes, ces dernières ayant été reprises par un autre agent, d'autre part, qu'il n'a jamais manifesté sa volonté de rompre son lien avec le service ainsi que le démontre les mails qu'il a continué d'échanger avec son service de rattachement.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 septembre 2022, le centre hospitalier universitaire de Limoges, représenté par sa directrice générale, conclut au rejet de la requête comme non-fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martha,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,

- et les observations de Me Faré, substituant Me Douniès, pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été recruté le 20 février 2006 par le centre hospitalier universitaire (CHU) de Limoges sous contrat à durée déterminée, à temps complet afin d'assurer des fonctions d'ingénieur subdivisionnaire. Il a bénéficié de plusieurs renouvellements de ce contrat avant d'obtenir un contrat à durée indéterminée à compter du 1er septembre 2008 en qualité d'ingénieur hospitalier. Du 1er novembre 2019 au 31 janvier 2020, M. B a bénéficié d'un congé de formation professionnelle. A l'issue de ce congé, il a sollicité et obtenu un congé non rémunéré pour convenances personnelles à compter du 1er février 2020 pour une durée d'un an. Ce congé a été renouvelé pour une durée d'un an. Le 17 juillet 2021, M. B a proposé au centre hospitalier universitaire une rupture conventionnelle. A la suite de l'abandon par l'intéressé de cette procédure, il a demandé le 24 août 2021 sa réintégration sur son poste antérieur à 50% " si possible ". Après que l'établissement l'a informé par un courrier du 20 septembre 2021 qu'il était en mesure de le réintégrer sur son poste antérieur à compter du 4 octobre 2021 au sein du pôle biologie médicale à temps plein, l'intéressé par un courrier du 28 septembre suivant a indiqué à l'établissement qu'il ne pourrait se présenter à son ancien poste le 4 octobre 2021. La directrice de l'établissement, après avoir adressé à l'intéressé le 29 septembre 2021 une seconde mise en demeure de rejoindre son poste de travail le 4 octobre 2021 et avoir constaté la non présentation de M. B sur son lieu de travail à cette date, a, par une décision du 5 octobre 2021, prononcé sa radiation des cadres pour abandon de poste. L'intéressé demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. D'une part, la décision contestée portant radiation des cadres pour abandon de poste vise les textes applicables à la situation de M. B et est ainsi motivée en droit. D'autre part, cette décision fait état des différents courriers échangés entre l'établissement et le requérant, notamment les deux mises en demeure du 20 et du 29 septembre 2021 ainsi que le courrier de M. B du 28 septembre 2021 mentionné au point 1. Enfin, elle indique que l'intéressé ne s'est pas présenté à son poste le 4 octobre 2021 et qu'il n'a pas présenté de justificatif pour expliquer son absence. La décision critiquée est ainsi suffisamment motivée en fait. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision du 5 octobre 2021 ne satisfait pas aux exigences de motivation résultant des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

4. En deuxième lieu, une mesure de radiation de cadres pour abandon de poste ne peut être régulièrement prononcée que si l'agent concerné a, préalablement à cette décision, été mis en demeure de rejoindre son poste ou de reprendre son service dans un délai approprié qu'il appartient à l'administration de fixer. Une telle mise en demeure doit prendre la forme d'un document écrit, notifié à l'intéressé, l'informant du risque qu'il court d'une radiation de cadres sans procédure disciplinaire préalable. Lorsque l'agent ne s'est ni présenté ni n'a fait connaître à l'administration aucune intention avant l'expiration du délai fixé par la mise en demeure, et en l'absence de toute justification d'ordre matériel ou médical, présentée par l'agent, de nature à expliquer le retard qu'il aurait eu à manifester un lien avec le service, cette administration est en droit d'estimer que le lien avec le service a été rompu du fait de l'intéressé.

5. Premièrement, l'intéressé soutient qu'il était fondé à ne pas se présenter à son poste de travail le 4 octobre 2021 dès lors que, contrairement à ce que lui a indiqué l'établissement dans son courrier de mise en demeure du 29 septembre 2021, le poste qu'il occupait avant son départ en congé pour convenances personnelles n'était plus disponible. Outre que cette circonstance ne justifie pas par elle-même que l'intéressé ne réponde pas aux deux courriers de mise en demeure de rejoindre son poste avant le 4 octobre 2021 qui lui ont été adressés par l'autorité hiérarchique les 20 et 29 septembre 2021, il ressort des pièces du dossier, notamment des termes de la mise en demeure du 20 septembre 2021 et de l'attestation du docteur A C, chef de service, que l'établissement était à même de réintégrer l'intéressé dès le 4 octobre 2021 sur un poste d'ingénieur informaticien à temps complet, vacant depuis le 18 septembre 2021, poste conforme à " son poste antérieur et ses précédentes missions " au sein du pôle biologie médicale.

6. Deuxièmement, si l'intéressé soutient qu'il aurait continué à répondre aux mails du service auquel il était rattaché ainsi qu'à ceux du service informatique, il n'en justifie pas. En tout état de cause, cette seule circonstance alors au demeurant que l'intéressé, en congé pour convenance personnelle, ne justifie pas qu'il aurait été autorisé à accéder et à utiliser sa messagerie professionnelle, n'est pas de nature à le faire regarder comme ayant manifesté une intention de reprendre son service, alors même qu'il n'a pas donné suite aux deux mises en demeure des 20 et 29 septembre 2021 qui lui ont été adressées et a communiqué un courrier le 28 septembre 2021 indiquant qu'il ne se présenterait pas dans l'établissement le 4 octobre 2021.

7. Enfin, si l'intéressé soutient qu'il aurait dû être licencié sur la base de l'article 30 du décret du 6 février 1991, ainsi que dit au point 5, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il n'aurait pas été mis à même d'être réemployé à partir du 4 octobre 2021 " sur son emploi précédent ou occupation précédente dans la mesure permise par le service ".

8. Il résulte de ce tout ce qui précède qu'alors que l'intéressé a fait l'objet de deux mises en demeure de rejoindre son poste, il n'a ni rejoint son poste de travail le 4 octobre 2021 ni n'a fait connaître à l'administration une quelconque intention de reprendre son service avant l'expiration du délai fixé par ces mises en demeure ni, enfin, n'a fait état d'une justification d'ordre matériel ou médical de nature à expliquer le retard qu'il aurait eu à manifester un lien avec le service. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision le radiant des cadres pour abandon de poste serait entachée d'illégalités. Sa requête doit donc être rejetée y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. B est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. D B et au centre hospitalier universitaire de Limoges.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2023 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- M. Crosnier, premier conseiller,

- M. Martha, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2023.

Le rapporteur,

F. MARTHA

Le président,

D. ARTUS

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

mf

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