jeudi 30 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2101923 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | AVOC'ARENES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces enregistrées le 7 décembre 2021 et le 23 avril 2024, Mme B E épouse C, représentée par Me Toulouse, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 décembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Vienne l'a assignée à résidence sur le territoire de la commune de Limoges pour une durée de six mois à compter du 4 décembre 2021 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son avocat de la somme de 4 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- la compétence du signataire de la décision n'est pas démontrée ;
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la décision est entachée d'erreur de fait.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 juin 2022, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête. Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 décembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Gaullier-Chatagner a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C est une ressortissante russe originaire de Tchétchénie née en 1987. Elle déclare être entrée irrégulièrement en France avec son époux le 21 septembre 2012. Par deux décisions du 23 avril 2015, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) a rejeté la demande d'asile du couple. Le 3 janvier 2019, la Cour nationale du droit d'asile a rejeté les recours formés par Mme C et son époux contre les décisions de l'Office. Mme C a formé une demande de réexamen qui a été rejetée par une décision de l'Ofpra le 19 octobre 2020. Par deux arrêtés du 8 avril 2021, le ministre de l'intérieur a décidé de l'expulsion de M. C vers la Russie. Par un arrêté du 1er décembre 2021, la préfète de la Haute-Vienne a prononcé une obligation de quitter le territoire français sans délai à l'encontre de Mme C. La requête dirigée contre cette décision a été rejetée par un jugement rendu le 13 janvier 2022 par le magistrat désigné du tribunal administratif de Limoges. Par un arrêté du 2 décembre 2021, la préfète de la Haute-Vienne avait assigné à résidence Mme C pour une durée de six mois à compter du 4 décembre 2021, avec obligation de se présenter les mardis et jeudis au commissariat de police de Limoges à 10h00. Mme C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, M. Jérôme Decours, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Vienne et signataire de la décision en litige, bénéficie d'une délégation de signature du préfet de la Haute-Vienne en date du 25 octobre 2021, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs n° 87-2021-124 de la même date, à l'effet de signer les " arrêtés, décisions, et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des Nations Unies relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
4. Si la requérante soutient qu'elle vit de façon stable et continue en France et si elle fait valoir que sa cellule familiale composée de son époux et de leurs quatre enfants ainsi que du fils de son époux issu d'une précédente union, ne peut pas se reconstituer en Pologne, les circonstances dont elle se prévaut pour démontrer une atteinte à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont notamment en lien avec la décision d'éloignement visée par la décision en litige, ainsi que la décision fixant la destination de cet éloignement, et non avec la décision d'assignation faisant l'objet du présent litige, qui n'a pas pour objet direct d'ordonner son éloignement du territoire, mais seulement de l'assigner à résidence dans l'attente de son éloignement. Par suite, les éléments dont fait état la requérante au soutien de sa requête ne sont pas de nature à démontrer que la décision en litige, par ses effets propres ou en raison des obligations de présentation qu'elle met à la charge de Mme C, porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen doit par suite être écarté. Pour les mêmes motifs, et dès lors que la décision n'a, en particulier, ni pour objet ni pour effet de séparer les enfants de la requérante, laquelle ne fait au demeurant état d'aucun élément particulier lié aux conditions de l'assignation à résidence faisant l'objet du litige, le moyen tiré d'une méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 20 novembre 1989 doit être écarté.
5. En dernier lieu, si Mme C fait valoir que le préfet a commis une erreur de fait en considérant qu'elle était dépourvue de tout document d'identité ou de voyage en cours de validité, elle ne justifie pas qu'elle serait effectivement en possession d'un tel document en se bornant à soutenir qu'elle est légalement admissible en Pologne sans avoir à produire elle-même des documents d'identité et de voyage en application des stipulations de la convention de Genève. Le moyen tiré d'une erreur de fait doit par suite être écarté. En outre, en se bornant à affirmer que sa propre demande d'asile est toujours en cours d'examen, de même que celle de ses autres enfants A et F, ainsi que celle du fils de son époux, la requérante ne démontre pas que le motif figurant dans la décision attaquée tiré de ce que la demande d'asile de sa fille est toujours en cours d'instruction serait entaché d'une erreur de fait. Le moyen doit par suite être écarté dans toutes ses branches.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de Mme C est rejetée.
Article 2:Le présent jugement sera notifié à Mme B E épouse C, à Me Toulouse et au préfet de la Haute-Vienne.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2024 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- Mme Siquier, première conseillère,
- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.
La rapporteure,
N. GAULLIER-CHATAGNER
Le président,
N. NORMAND
La greffière,
M. D
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour Le Greffier en Chef,
La Greffière,
M. D
if
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026