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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2101942

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101942

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2101942
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantPREGUIMBEAU-GREZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 décembre 2021, M. C A, représenté par Me Préguimbeau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 août 2021 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un certificat de résidence ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en application de l'article L. 512-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son avocat de la somme de 2 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle et la somme de 13 euros correspondant au droit de plaidoirie au titre des dépens.

Il soutient que :

- la décision a été prise sans la consultation de la commission du titre de séjour alors qu'il n'est pas contesté qu'il réside de façon continue en France depuis plus de dix ans ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien dès lors que le préfet ne conteste pas qu'il réside en France depuis dix ans à l'exception d'un court séjour réalisé entre le 3 septembre 2016 et le 7 octobre 2016, ces vacances étant possible puisqu'il était en possession d'un récépissé de séjour.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 février 2022, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête. Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gaullier-Chatagner a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né en 1966, est entré sur le territoire français en 2010 selon ses déclarations. Il s'est vu délivrer un certificat de résidence d'un an au mois de février 2012 en raison de son état de santé. Il a ensuite présenté plusieurs demandes de titre de séjour, pour raison de santé ou au titre de l'admission exceptionnelle, qui ont été rejetées. Par un arrêté du 19 novembre 2019, le préfet de la Haute-Vienne a pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire sans délai et un arrêté l'assignant à résidence, dont les obligations mises à la charge de M. A n'ont pas été respectées. Par un jugement du 6 décembre 2019, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Limoges a rejeté la requête dirigée contre l'obligation de quitter le territoire et contre l'assignation à résidence. Le 25 novembre 2020, le préfet de la Haute-Vienne a refusé une nouvelle demande du requérant fondée sur une résidence habituelle en France depuis plus de dix ans. M. A a de nouveau sollicité son admission au séjour au titre de sa résidence habituelle en France depuis plus de dix ans le 20 juillet 2021. Par une décision du 30 août 2021, le préfet a rejeté cette demande. M. A demande l'annulation de la décision du 30 août 2021.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant () ".

3. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de la décision attaquée, que le préfet de la Haute-Vienne a seulement indiqué " si vous présentez des documents susceptibles de justifier d'une présence habituelle depuis 2010, il apparait toutefois, à la lecture de votre passeport, que vous avez quitté le territoire français entre le 3 septembre 2016 et le 7 octobre 2016, sans justifier d'un droit au séjour vous permettant de voyager ". En outre, la décision ajoute " vous aviez déposé le 9 octobre 2020 une demande d'admission au séjour en raison de 10 années de présence en France. Mes services avaient répondu défavorablement (). Vous n'apportez aujourd'hui aucun nouvel élément susceptible de remettre en cause cette décision ". Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet ne contesterait pas sa résidence continue en France depuis plus de dix ans, y compris en dehors de la seule période correspondant au voyage effectué au mois de septembre 2016. Or, le requérant, qui se borne à produire au soutien de sa requête une copie de son passeport, une décision de la maison départementale des personnes handicapées et ses cartes d'invalidité et de mobilité inclusion, ne justifie pas par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans. Le moyen tiré d'une méconnaissance des stipulations de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien doit être écarté.

4. En second lieu, et pour les motifs développés au point 3, dès lors que M. A ne démontre pas qu'il résidait depuis dix ans de façon continue sur le territoire français, il n'est pas fondé à se prévaloir de cette circonstance pour en déduire que la décision serait irrégulière à défaut de saisine de la commission du titre de séjour. Le moyen tiré du vice de procédure à raison du défaut de saisine de cette commission préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué ne peut, dès lors, qu'être écarté.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et ses conclusions relatives aux dépens, ainsi que celles présentées en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. A est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Préguimbeau, et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

La rapporteure,

N. GAULLIER-CHATAGNER

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour Le Greffier en Chef,

La Greffière,

M. B

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