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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2101977

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101977

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2101977
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantDOUNIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, respectivement enregistrées le 16 décembre 2021 et le 19 janvier 2023, M. C A, représenté par Me Douniès, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour en qualité de travailleur citoyen de l'Union européenne du 7 juin 2021 adressée le 16 juin 2021 ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer le titre de séjour demandé dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation personnelle ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'appréciation dès lors qu'il possède la nationalité italienne ; elle méconnaît les stipulations de la directive 2004/38/CE et du règlement n° 492/2011 adopté par le Parlement européen le 5 avril 2011 ;

- elle méconnait le principe de non discrimination en raison de la nationalité inscrit à l'article 18 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- elle méconnait le principe de libre circulation des travailleurs inscrit à l'article 45 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 décembre 2022, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 55 % par une décision du 23 novembre 2022.

La clôture de l'instruction a été fixée au 19 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- la directive n°2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres ;

- le règlement n° 492/2011 du Parlement européen et du Conseil du 5 avril 2011 relatif à la libre circulation des travailleurs à l'intérieur de l'Union ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Siquier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur l'étendue du litige :

1. Il ressort des pièces du dossier que la décision implicite par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a rejeté la demande de titre de séjour du 7 juin 2021 en qualité de travailleur citoyen de l'Union européenne que M. A a adressée en lettre recommandée avec accusé de réception le 16 juin 2021, dont ce dernier a demandé l'annulation, a été retirée et remplacée par une décision explicite du 15 décembre 2022. Les conclusions de M. A contre la décision implicite née le 16 octobre 2021 doivent donc être regardées comme étant dirigées contre la seule décision du 15 décembre 2022, qui s'est substituée à celle du 16 octobre 2021.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. Le préfet de la Haute-Vienne n'était pas tenu de faire état de l'ensemble des éléments de la situation de M. A mais des seuls éléments de droit et de fait sur lesquels il a fondé la décision attaquée. En l'espèce, celui-ci cite les articles de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les éléments de la situation particulière du requérant sur lesquels le préfet a fondé sa décision, notamment le fait qu'il ne détienne pas, comme il l'avait déclaré lors de sa demande initiale, la nationalité italienne mais la nationalité guinéenne. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision refusant à M. A la délivrance d'un titre de séjour en sa qualité de travailleur citoyen de l'Union européenne serait insuffisamment motivée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.121-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout citoyen de l'Union européenne, tout ressortissant d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ou les membres de sa famille qui ne peuvent justifier d'un droit au séjour en application de l'article L.121-1 ou de l'article L.121-3 ou dont la présence constitue une menace à l'ordre public peut faire l'objet, selon le cas, d'une décision de refus de séjour, d'un refus de délivrance ou de renouvellement d'une carte de séjour ou d'un retrait de celle-ci ainsi que d'une mesure d'éloignement prévue au livre V ". Et aux termes du premier paragraphe de l'article 45 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Tout citoyen de l'Union a le droit de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres ". Aux termes du deuxième paragraphe de l'article 20 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne : " Les citoyens de l'Union jouissent des droits et sont soumis aux devoirs prévus par les traités. Ils ont, entre autres : a) le droit de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres () Ces droits s'exercent dans les conditions et limites définies par les traités et par les mesures adoptées en application de ceux-ci ". Aux termes de l'article 45 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne : " 1. La libre circulation des travailleurs est assurée à l'intérieur de l'Union. () Elle comporte le droit, sous réserve des limitations justifiées par des raisons d'ordre public, de sécurité publique et de santé publique : () b) de se déplacer à cet effet librement sur le territoire des États membres () ".

5. Il résulte de ces dispositions que les pouvoirs publics ont entendu dissocier le cas des ressortissants d'Etats membres de l'Union européenne, qui relèvent de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004, de celui des étrangers ressortissants de pays tiers, qui relèvent de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008.

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A est titulaire d'une carte d'identité délivrée par les autorités italiennes le 31 août 2017, valable jusqu'au 1er janvier 2028, portant la mention " non valida per l'espatrio ", cette mention signifiant que l'intéressé ne possède pas, contrairement à ce qu'il soutient, la nationalité italienne. Par suite, M. A ayant conservé la nationalité guinéenne, et ne justifiant pas davantage être ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, il ne peut donc utilement invoquer une méconnaissance de la directive 2004/38/CE qui, au demeurant, a été transposée par l'article 23 de la loi du 24 juillet 2006 relative à l'immigration et à l'intégration et le décret du 21 mars 2007, repris aux articles L. 233-1 et suivants et R. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni celle des stipulations de l'article 45 de la charte des droits fondamentaux citées au point 4 du présent jugement.

7. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, les dispositions du règlement n° 492/2011 du Parlement européen et du Conseil du 5 avril 2011, applicables aux ressortissants de l'Union européenne, ne peuvent être utilement invoquées par le requérant, de nationalité guinéenne.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 18 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne : " Dans le domaine d'application des traités, et sans préjudice des dispositions particulières qu'ils prévoient, est interdite toute discrimination exercée en raison de la nationalité. / Le Parlement européen et le Conseil, statuant conformément à la procédure législative ordinaire, peuvent prendre toute réglementation en vue de l'interdiction de ces discriminations. ". Le principe de non-discrimination en raison de la nationalité énoncé à l'article 18 précité ne concerne que les situations relevant du champ d'application du traité. Ainsi, si ce principe trouve à s'appliquer en cas de discriminations subies par le ressortissant d'un Etat membre par rapport au ressortissant d'un autre Etat membre, il n'a pas vocation à s'appliquer aux éventuelles différences de traitement entre les ressortissants des Etats membres et ceux des pays tiers. Par conséquent, ce moyen est inopérant dès lors que, comme il a été dit au point 6 du présent jugement, M. A n'est pas ressortissant d'un Etat membre et doit, pour cette raison et en tout état de cause, être écarté.

9. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 et 8 du présent jugement, en refusant de délivrer le titre de séjour demandé par M. A, le préfet de la Haute-Vienne n'a entaché sa décision d'aucune erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 15 décembre 2022 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour en qualité de travailleur citoyen de l'Union européenne doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. A est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Douniès et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

La rapporteure,

H. SIQUIER

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour la Greffière en Chef

La Greffière,

M. B

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