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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2101989

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101989

mercredi 26 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2101989
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantOUANGARI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 décembre 2021, M. C A, représenté par Me Ouangari, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Vienne l'a assigné à résidence dans le département de la Haute-Vienne sur la commune de Limoges à compter du 1er décembre 2021 pour une durée de six mois renouvelable et l'a obligé à se présenter au commissariat trois fois par semaine ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- il n'a pas été mis en possession du formulaire l'informant de ses droits et obligations ;

- elle n'est ni nécessaire ni proportionnée ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de pointage trois fois par semaine au commissariat de Limoges :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant assignation à résidence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- le risque de fuite n'est pas établi en violation de la loi ou à tout le moins est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son adresse est connue ;

- elle n'est ni nécessaire, ni proportionnée ; la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 février 2022, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Christophe,

- et les conclusions de M. Slimani, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né en 2000, est entré en France le 3 janvier 2020, selon ses déclarations. Interpellé le 1er décembre 2021 pour des faits de travail dissimulé et de séjour irrégulier, la préfète de la Haute-Vienne, par un premier arrêté du même jour l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, l'a interdit de retour pour une durée d'un an et a fixé le pays de renvoi. Cet arrêté a été confirmé par un jugement du tribunal administratif de Limoges le 13 janvier 2022. Par un second arrêté du 1er décembre 2021 dont M. A demande l'annulation, la préfète l'a assigné à résidence dans le département de la Haute-Vienne sur la commune de Limoges pour une durée de six mois et l'a obligé à pointer au commissariat de Limoges les lundis, mercredis et vendredis.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

2. En premier lieu, il résulte des énonciations du point 1 du présent jugement que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

3. En deuxième lieu, M. Jérôme Decours, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Vienne et signataire de l'arrêté contesté, bénéficie d'une délégation de signature de la préfète de la Haute-Vienne en date du 25 octobre 2021, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs n° 87-2021-124 du même jour, " à l'effet de signer les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 1er décembre 2021 doit être écarté.

4. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, la décision l'assignant à résidence dans le département de la Haute-Vienne comporte de manière suffisamment claire et précise les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde.

5. En quatrième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 732-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est remis aux étrangers assignés à résidence en application de l'article L. 731-1 une information sur les modalités d'exercice de leurs droits, les obligations qui leur incombent et, le cas échéant, la possibilité de bénéficier d'une aide au retour. / () ". Aux termes de l'article R. 732-5 du même code : " L'étranger auquel est notifiée une assignation à résidence en application de l'article L. 731-1, est informé de ses droits et obligations par la remise d'un formulaire à l'occasion de la notification de la décision par l'autorité administrative ou, au plus tard, lors de sa première présentation aux services de police ou aux unités de gendarmerie. / () ".

6. Il résulte des dispositions précitées que la remise du formulaire d'information mentionné au point précédent doit s'effectuer au moment de la notification de la décision d'assignation à résidence ou, au plus tard, lors de la première présentation de l'étranger aux services de police ou de gendarmerie. Ainsi, cette formalité peut être remplie postérieurement à l'édiction de la décision d'assignation à résidence. Par suite, et alors au demeurant que le préfet établit que ce formulaire a été remis à l'intéressé lors de la notification de l'assignation à résidence, l'absence d'information telle que prévue aux articles cités au point précédent est sans incidence sur la légalité de l'arrêté d'assignation à résidence en litige, laquelle s'apprécie à la date de son édiction. Le moyen ne pourra qu'être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 731-3 du même code : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré () ". Enfin, aux termes de l'article L. 732-4 du même code : " Lorsque l'assignation à résidence a été édictée en application des 1°, 2°, 3°, 4°ou 5° de l'article L. 731-3, elle ne peut excéder une durée de six mois. ".

8. Les articles L. 733-1 à L. 733-4 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoient les modalités d'application de l'assignation à résidence d'un étranger. Dès lors que ces modalités limitent l'exercice de sa liberté d'aller et venir, une telle mesure, ainsi le cas échéant que son renouvellement, doit être nécessaire, adaptée et proportionnée à l'objectif qu'elle poursuit, à savoir l'éloignement de l'étranger dans un délai aussi proche que possible de celui imparti par l'autorité administrative pour qu'il quitte le territoire français.

9. La décision portant assignation à résidence du 1er décembre 2021 a été prise au visa de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que M. A, qui allègue être d'origine algérienne, est dépourvu de tout document d'identité ou de voyage en cours de validité nécessitant ainsi l'obtention d'un laissez-passer consulaire, qu'à l'occasion de son interpellation, il a déclaré vivre chez sa tante Mme A à Limoges et qu'il fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire sans délai assortie d'une interdiction de retour de douze mois prise le 1er décembre 2021. Dans ces conditions, l'assignation à résidence prononcée à son encontre apparait adaptée, nécessaire et appropriée. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Le moyen sera écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de pointage quotidien :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant assignation à résidence doit, en tout état de cause, être écarté.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. (). ". Aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".

12. Conformément aux dispositions précitées, la préfète de la Haute-Vienne a précisé au requérant les conditions dans lesquelles il devait périodiquement se présenter auprès des services de police du commissariat de Limoges tous les lundis, mercredis et jeudis à 9h. Par suite, la décision portant obligation de pointage, qui vise les dispositions de l'article R. 733-1 du code, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.

13. En troisième lieu, si M. A soutient que la décision viole la loi et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que le risque de fuite n'est pas établi et que son adresse est connue, un tel moyen est inopérant à l'encontre d'une décision portant obligation de pointage dans le cadre d'une décision d'assignation à résidence fondée sur l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont les dispositions ne subordonnent pas son prononcé à l'existence d'un risque de fuite. Le moyen sera par conséquent écarté.

14. En dernier lieu, si le requérant soutient que son obligation de pointage présente un caractère disproportionné, il ne fait pas état de circonstances particulières de nature à établir que cette obligation de se présenter trois fois par semaine, tous les deux jours, au commissariat de police de Limoges, ville dans laquelle réside sa tante chez laquelle il a déclaré être hébergé, ne serait pas adaptée, nécessaire et proportionnée. Par suite, le moyen sera écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. A est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 11 juin 2024 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- M. Christophe, premier conseiller,

- Mme Chambellant, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2024.

Le rapporteur,

F. CHRISTOPHE

Le président,

N. NORMAND

La greffière en chef,

A. BLANCHON

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour La Greffière en Chef,

La Greffière,

M. B

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