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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2102024

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2102024

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2102024
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantAKAKPOVIE EKOUE DIDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 décembre 2021, M. C B, représenté par Me Akakpovie, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 septembre 2021 par laquelle le préfet de la Corrèze a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Corrèze de procéder à un nouvel examen de la demande dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation en fait et en droit ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale ;

- elle méconnait les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet est incompétent pour connaitre de son état de santé ;

- le préfet qui n'a pas exercé son pouvoir d'appréciation, a méconnu l'étendue de ses compétences.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 février 2022, le préfet de la Corrèze conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est tardive ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La clôture de l'instruction a été fixée au 22 avril 2024 à 17h00.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Siquier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

1. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable au litige et reprenant les termes de l'article 44 de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, modifiant l'article L 311-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, abrogé le 1er mai 2021 : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. / Les conditions d'application du présent article sont précisées par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes des dispositions de l'article D. 431-7 du même code : " Pour l'application de l'article L. 431-2, les demandes de titres de séjour sont déposées par le demandeur d'asile dans un délai de deux mois. Toutefois, lorsqu'est sollicitée la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article L. 425-9, ce délai est porté à trois mois. ".

3. En application de l'article 56 de la loi du 10 septembre 2018 : " En application de l'article 56 de la loi du 10 septembre 2018 " Le 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est ainsi modifié : 1° Après la troisième phrase, est insérée une phrase ainsi rédigée : " Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. " ; 2° Avant la dernière phrase, est insérée une phrase ainsi rédigée : " Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. " ". Aux termes des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprenant les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi modifié puis abrogé le 1er mai 2021 : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () " .

4. Il ressort des pièces du dossier qu'un courrier a été adressé le 11 août 2021 au requérant par le préfet de la Corrèze, par lequel il a demandé à l'intéressé de produire un certificat médical avant le 10 septembre 2021, délai de rigueur avant classement sans suite, " indiquant à quelle date la pathologie a été déclarée ou a été constatée " fondant cette demande sur " la loi du 10 septembre 2018 [qui] permet aux demandeurs d'asile de déposer une demande d'admission au séjour dans un délai de 2 mois (3 mois pour les demandes de titres pour soins) suivant l'enregistrement de la demande en GUDA, afin de permettre un examen global de la situation du demandeur durant l'instruction de la demande d'asile. En cas de demande déposée hors délais, seules des circonstances nouvelles pourront être invoquées. ". Toutefois, d'une part, la décision attaquée du 8 octobre 2021 du préfet de la Corrèze ne renvoie pas, contrairement à ce qu'il soutient, à son courrier du 11 août 2021. D'autre part, la décision du 8 octobre 2021 révèle que l'unique motivation du refus opposé par le préfet de la Corrèze à la demande de titre de séjour de M. B est tirée de ce que " La " pathologie " et le suivi médical dont vous faites l'objet ne relèvent manifestement pas d'une situation médicale nécessitant des soins impérieux dont l'absence pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité. ", ne se référant donc pas aux dispositions de l'article 44 de la loi du 10 septembre 2018 rappelées dans le courrier adressé le 11 août 2021. Dans ces conditions, le préfet ne peut se prévaloir des termes de son courrier du 11 août 2021 pour justifier de la motivation en droit de la décision litigieuse, et le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation en droit doit être accueilli.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 8 octobre 2021 par laquelle le préfet de la Corrèze a refusé de délivrer à M. B un titre de séjour doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation de la décision litigieuse, le présent jugement implique seulement que le préfet de la Corrèze réexamine la situation de M. B. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de la Corrèze de procéder à ce réexamen, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, le conseil du requérant peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à Me Akakpovie renonçant à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er: La décision du 8 octobre 2021 par laquelle le préfet de la Corrèze a refusé de délivrer à M. B un titre de séjour est annulée.

Article 2:Il est enjoint au préfet de la Corrèze de procéder au réexamen de la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3:L'Etat versera la somme de 1 200 (mille deux cents) euros à Me Akakpovie, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ce dernier ayant renoncé à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4:Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Akakpovie et au préfet de la Corrèze.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

La rapporteure,

H. SIQUIER

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne

au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour la Greffière en Chef

La Greffière,

M. A

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