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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2102030

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2102030

mercredi 3 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2102030
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantDOUNIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 décembre 2021, M. A B, représenté par Me Dounies, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 octobre 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative, 37 de la loi du 10 juillet 1991 et 108 du décret du 19 décembre 1991.

Il soutient que la décision attaquée :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît les stipulations de l'article 4 de l'accord franco-algérien dès lors qu'il bénéficie d'un contrat de travail à durée indéterminée depuis le 20 septembre 2020 pour lequel il perçoit un revenu mensuel net de 1 400,73 euros ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 février 2022, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles, complété par un protocole, deux échanges de lettres et une annexe, modifié, signé à Alger le 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Christophe a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né en 1975, est entré en France en 2001. Titulaire d'un certificat de résident algérien, valable du 3 septembre 2014 au 2 septembre 2022, il a déposé le 15 mars 2021 une demande de regroupement familial en faveur de son épouse avec laquelle il s'est marié le 29 juillet 2019. Par une décision du 22 octobre 2021 dont il demande l'annulation, le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision contestée est motivée, d'une part, en droit, par les visas des articles L. 434-7 et L. 434-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et, d'autre part, en fait, par la circonstance que les ressources de M. B qui sont inférieures au minimum exigible sur la période de référence ne sont pas suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Ainsi, la décision litigieuse, qui comporte la mention des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée.

3. Aux termes de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Sans préjudice des dispositions de l'article 9, l'admission sur le territoire français en vue de l'établissement des membres de famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de validité d'au moins un an, présent en France depuis au moins un an sauf cas de force majeure, et l'octroi du certificat de résidence sont subordonnés à la délivrance de l'autorisation de regroupement familial par l'autorité française compétente. / Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : / 1 - le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont pris en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales. L'insuffisance des ressources ne peut motiver un refus si celles-ci sont égales ou supérieures au salaire minimum interprofessionnel de croissance ; / 2 - le demandeur ne dispose ou ne disposera pas à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant en France () ".

4. Aux termes de l'article R. 434-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période () ".

5. Il résulte de la combinaison des stipulations précitées et des dispositions de l'article R. 434-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui sont applicables aux ressortissants algériens dès lors qu'elles sont compatibles avec les stipulations de l'accord franco-algérien, que le caractère stable et suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette même période. Cependant, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible, pour le préfet, de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande.

6. Pour rejeter la demande de regroupement familial présentée par M. B au profit de son épouse, le préfet de la Haute-Vienne s'est fondé sur le motif que la moyenne mensuelle des revenus perçus par l'intéressé au cours de la période de référence, à savoir les douze mois qui ont précédé le dépôt de sa demande de regroupement familial enregistrée le 15 mars 2021, s'élève à 1 132,07 euros, soit un montant inférieur au salaire minimum de croissance net (SMIC) lequel s'établissait pour 2020 à 1 218,60 euros mensuels. M. B fait valoir qu'il bénéficie d'un contrat à durée indéterminée depuis le 20 septembre 2021 et perçoit un revenu mensuel net de 1 400,73 euros supérieur au SMIC. Toutefois, si le bulletin de salaire produit pour le mois d'octobre 2021 atteste bien du montant revendiqué par le requérant, cette unique fiche de paie est postérieure à la décision contestée et isolée en l'absence d'autres bulletins de salaire permettant d'attester qu'a l'issue de sa période d'essai de deux mois il a conservé ce nouvel emploi. Si ses revenus ont évolué postérieurement à la décision contestée et présentent un caractère stable, il lui appartient de saisir le préfet d'une nouvelle demande. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 4 de l'accord franco-algérien au motif que ses conditions de ressources étaient suffisantes au jour de la décision attaquée doit être écarté.

7. En dernier lieu, si le requérant soutient que le préfet de la Haute-Vienne a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'assortit pas son moyen de précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 22 octobre 2021 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. B est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Dounies et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- M. Christophe, premier conseiller,

- Mme Chambellant, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024.

Le rapporteur,

F. CHRISTOPHE

Le président,

D. ARTUS

La greffière,

M. GUICHON

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour la Greffière en Chef,

La Greffière,

M. GUICHON

lg

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