jeudi 30 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2102045 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | DURANÇON DELPHINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 décembre 2021, M. B C, représenté par Me Durançon, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 8 décembre 2021 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice a rejeté la proposition de mainlevée de sa mise à l'isolement prolongée du 4 novembre 2021 au 4 février 2022 ;
2°) d'enjoindre au ministre de la justice d'ordonner la mainlevée de sa mise à l'isolement sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi que la somme de 1 000 euros, au bénéfice de son conseil, par application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- si le règlement ne précise pas la procédure à suivre en matière de mainlevée d'isolement, toutefois l'administration a cherché à reproduire la procédure décrite à l'article R. 57-7-64 du code de procédure pénale ; il n'a jamais été entendu dans le cadre de cette procédure ; plusieurs documents n'ont pas été fournis au conseil de l'intéressé au cours de la contestation ; il y a une méconnaissance du principe du contradictoire et donc une atteinte aux droits de la défense ;
- le maintien à l'isolement suppose la réalité et l'actualité d'une situation de mise en danger de l'établissement et de ses personnels ; or, la maison centrale de Saint-Maur ne considère plus de situation de danger et estime qu'il peut être géré en détention ordinaire ; il est surtout en souffrance psychologique du fait de la durée prolongée de sa mise à l'isolement.
Par une ordonnance du 10 août 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 septembre 2023 à 17h00.
Un mémoire en défense du garde des sceaux, ministre de la justice a été enregistré le 10 mai 2024.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gaullier-Chatagner ;
- et les conclusions de Mme Benzaïd, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C a été écroué le 29 juin 2012. Il a fait l'objet, à compter du 2 mai 2019, de plusieurs mesures de mise à l'isolement, la dernière ayant été en dernier lieu prolongée du 4 novembre 2021 au 4 février 2022 par une décision du garde des sceaux, ministre de la justice du 4 novembre 2021. Par une décision du 8 décembre 2021, le garde des sceaux, ministre de la justice, a rejeté une demande de mainlevée de sa mise à l'isolement, présentée conjointement par l'intéressé et le chef d'établissement. M. C demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-76 du code de procédure pénale alors en vigueur : " Il peut être mis fin à la mesure d'isolement à tout moment par l'autorité qui a pris la mesure ou qui l'a prolongée, d'office ou à la demande de la personne détenue ". Aux termes de l'article R. 57-7-64 du code de procédure pénale alors en vigueur : " Lorsqu'une décision d'isolement d'office initial ou de prolongation est envisagée, la personne détenue est informée, par écrit, des motifs invoqués par l'administration, du déroulement de la procédure et du délai dont elle dispose pour préparer ses observations. Le délai dont elle dispose ne peut être inférieur à trois heures à partir du moment où elle est mise en mesure de consulter les éléments de la procédure, en présence de son avocat, si elle en fait la demande. Le chef d'établissement peut décider de ne pas communiquer à la personne détenue et à son avocat les informations ou documents en sa possession qui contiennent des éléments pouvant porter atteinte à la sécurité des personnes ou des établissements pénitentiaires. / () / Les observations de la personne détenue et, le cas échéant, celles de son avocat sont jointes au dossier de la procédure () ". Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".
3. Ainsi que le fait valoir le requérant, les dispositions précitées du code de procédure pénale ne prévoient pas expressément l'organisation d'une procédure contradictoire dans l'hypothèse où l'administration est saisie d'une demande tendant à la mainlevée d'une mesure d'isolement. En outre, la circonstance que le garde des sceaux, ministre de la justice ait recueilli l'avis du juge de l'application des peines et un avis médical avant de se prononcer sur la demande ne démontre pas qu'il ait entendu suivre la procédure prévue à l'article R. 57-7-64 du code de procédure pénale, texte auquel la décision attaquée ne fait pas référence. De plus, les dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration ne trouvent pas à s'appliquer à la décision en litige, intervenue à la demande conjointe du chef d'établissement et du requérant. En tout état de cause, M. C ne mentionne aucun élément dont il n'aurait pas pu faire état au soutien de sa demande, de nature à avoir une influence sur le sens de la décision. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision en litige serait intervenue en méconnaissance du principe du contradictoire, ce qui caractériserait une atteinte aux droits de la défense, doit être écarté.
4. En second lieu, aux termes de l'article 726-1 du code de procédure pénale : " Toute personne détenue, sauf si elle est mineure, peut être placée par l'autorité administrative, pour une durée maximale de trois mois, à l'isolement par mesure de protection ou de sécurité soit à sa demande, soit d'office. Cette mesure ne peut être renouvelée pour la même durée qu'après un débat contradictoire, au cours duquel la personne concernée, qui peut être assistée de son avocat, présente ses observations orales ou écrites () ". Aux termes de l'article R. 57-7-62 du code de procédure pénale, dans sa version alors en vigueur : " La mise à l'isolement d'une personne détenue, par mesure de protection ou de sécurité, qu'elle soit prise d'office ou sur la demande de la personne détenue, ne constitue pas une mesure disciplinaire () ". Selon l'article R. 57-7-73 de ce code : " Tant pour la décision initiale que pour les décisions ultérieures de prolongation, il est tenu compte de la personnalité de la personne détenue, de sa dangerosité ou de sa vulnérabilité particulière, et de son état de santé () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que la décision du 4 novembre 2021 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice a décidé la prolongation de la mise à l'isolement de M. C, du 4 novembre 2021 au 4 février 2022, était notamment fondée sur le potentiel de dangerosité de l'intéressé, attesté par ses condamnations pour des faits de violence sur des personnes dépositaires de l'autorité publique, de ses " velléités de prise d'otage ", des manifestations de son instabilité, et par les nombreux incidents " d'une grande violence " intervenus en détention. Cette décision vise, notamment, un compte rendu en date du 1er octobre 2020 relatant sa volonté de mettre en œuvre une prise d'otage, un chantage à la prise d'otage ou d'agression afin de prolonger son hospitalisation au mois de septembre 2021, ainsi que des menaces d'automutilation intervenues au cours de la même période. Enfin, cette décision fait état d'une imprévisibilité de l'intéressé, attestée par des tapages, des menaces de grève de la faim et d'automutilation intervenues au mois d'octobre 2021. Si M. C fait valoir que la proposition de mainlevée de sa mise à l'isolement est intervenue après un entretien entre lui et le chef d'établissement qui a constaté que son comportement avait évolué favorablement, et souligne que ce dernier est le mieux placé pour apprécier l'évolution de son comportement et retenir qu'il ne constitue plus un danger pour l'établissement, le requérant ne démontre pas le défaut de matérialité des faits ayant conduit à la prolongation de sa mise à l'isolement jusqu'au 4 février 2022, lesquels attestent d'un comportement violent et d'une instabilité jusqu'à une période récente à la date de la décision attaquée. En outre, si le requérant fait état de sa souffrance psychologique en lien avec sa mise à l'isolement, il se borne à produire un avis médical du 24 avril 2021 distant de plusieurs mois de la décision attaquée, et un avis médical du 20 septembre 2021, peu circonstancié, faisant état d'une incompatibilité de son état psychiatrique avec un maintien à l'isolement. Dans ces conditions, et en dépit de l'avis favorable émis par le juge de l'application des peines le 24 novembre 2021 en raison de " l'amélioration " du comportement de M. C, le garde des sceaux, ministre de la justice n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation, ni méconnu les dispositions citées au point 4 du présent jugement, en estimant que cette amélioration restait à confirmer et en refusant pour ce motif la demande tendant à la mainlevée de la mesure de mise à l'isolement du requérant.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C à l'encontre de la décision du 8 décembre 2021 du garde des sceaux, ministre de la justice doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles relatives aux dépens et aux frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de M. C est rejetée.
Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Durançon, et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2024 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- Mme Siquier, première conseillère,
- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.
La rapporteure,
N. GAULLIER-CHATAGNER
Le président,
N. NORMAND
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne
au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour La Greffière en Chef,
La Greffière,
M. A
2
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026