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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2200003

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200003

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2200003
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantSOLTNER RAPHAEL

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n°2003-1306 du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales ;

- le code de justice administrative

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martha,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, était agent titulaire de la communauté de communes du pays d'Argenton sur Creuse, affecté à la déchetterie. Il a été victime d'un accident de service le 17 décembre 2015. Il a été par la suite placé en congé de maladie puis en disponibilité d'office par des arrêtés du 21 septembre 2020, puis du 30 décembre 2020, enfin à la retraite pour invalidité à compter du 26 avril 2021. La CNRACL lui a concédé une pension au titre de l'inaptitude aux fonctions. Elle a notifié à l'intéressé que les taux d'invalidité retenus étaient de 5% pour la cheville gauche et de 4% pour l'épaule droite. M. E a contesté le taux d'invalidité global retenu et a demandé à la CNRACL de réexaminer son dossier. Par une décision du 4 novembre 2021, prise à la suite d'une nouvelle consultation de la commission de réforme, la CNRACL a confirmé les taux d'invalidité précédemment retenus, à savoir 5% pour la cheville gauche et 4% pour l'épaule droite. M. E demande l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article 30 du décret du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales : " Le fonctionnaire qui se trouve dans l'impossibilité définitive et absolue de continuer ses fonctions par suite de maladie, blessure ou infirmité grave dûment établie peut être admis à la retraite soit d'office, soit sur demande () ". Aux termes de l'article 31 du même décret : " Une commission de réforme est constituée dans chaque département pour apprécier la réalité des infirmités invoquées, la preuve de leur imputabilité au service, les conséquences et le taux d'invalidité qu'elles entraînent, l'incapacité permanente à l'exercice des fonctions () ". Aux termes de l'article 36 du même décret : " Le fonctionnaire qui a été mis dans l'impossibilité permanente de continuer ses fonctions en raison d'infirmités résultant de blessures ou de maladies contractées ou aggravées soit en service, soit en accomplissant un acte de dévouement dans un intérêt public, soit en exposant ses jours pour sauver la vie d'une ou plusieurs personnes, peut être mis à la retraite par anticipation soit sur sa demande, soit d'office () ". Aux termes de l'article 37 dudit décret : " I. Les fonctionnaires qui ont été mis à la retraite dans les conditions prévues à l'article 36 ci-dessus bénéficient d'une rente viagère d'invalidité cumulable, selon les modalités définies au troisième alinéa du I de l'article 34, avec la pension rémunérant les services prévus à l'article précédent. Le bénéfice de cette rente viagère d'invalidité est attribuable si la radiation des cadres ou le décès en activité interviennent avant que l'agent ait atteint la limite d'âge sous réserve de l'application des articles 1-1 et 1-2 de la loi du 13 septembre 1984 susvisée, et sont imputables à des blessures ou des maladies survenues dans l'exercice des fonctions ou à l'occasion de l'exercice des fonctions ou résultant de l'une des autres circonstances énumérées à l'article 36 ci-dessus. () III. Le taux d'invalidité est déterminé compte tenu du barème indicatif prévu pour les fonctionnaires de l'Etat par le quatrième alinéa de l'article L.28 du code des pensions civiles et militaires de retraite. Dans le cas d'aggravation d'infirmités préexistantes, le taux d'invalidité à retenir pour le calcul de la rente d'invalidité prévue au I du présent article est apprécié par rapport à la validité restante du fonctionnaire () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que pour fixer à 9% le taux global d'invalidité de M. E, la CNRACL s'est fondée principalement sur les conclusions du docteur D, médecin expert, spécialisé en chirurgie orthopédique, des 30 juin 2020 et 26 octobre 2020 ainsi que sur les avis de la commission de réforme du 10 décembre 2020 et du 18 octobre 2021, lesquels ont retenu un taux d'invalidité de 5% pour les séquelles à la cheville droite et 4% pour les séquelles à l'épaule droite.

4. D'une part, et tout d'abord, s'agissant de la lésion à la cheville droite, celle-ci est consécutive à un accident du travail subi par M. E le 17 décembre 2015 à la suite d'une chute dans un container. L'intéressé a été victime d'une fracture du pilon tibial et d'une fracture haute du péroné. Il a été opéré le 18 décembre 2015 par ostéosynthèse et s'est vu poser une attelle sans aucun appui pendant 2 mois. Le matériel a été enlevé le 8 novembre 2016. Cette lésion a été consolidée après une expertise du docteur A le 6 juin 2017 avec un taux d'invalidité de 7%, ce dernier expert indiquant que progressivement l'adaptation fonctionnelle devrait être favorable et devrait permettre à l'intéressé de reprendre la totalité des fonctions qu'il effectuait auparavant. Il résulte de l'instruction, notamment des deux rapports d'expertise du docteur D, l'absence d'amyotrophie du triceps sural et une articulation tibio-tarsienne qui garde des mobilités à environ 15% en flexion dorsale et 20% en flexion plantaire, une sous-astragalienne sans anomalie de même que la médio-tarsienne. L'expert relève également l'absence de laxité tibio-astragalienne, ni en varus, ni en valgus, de manifestations d'instabilité et d'entorses fréquentes. Au vu de ces éléments qui ne sont pas sérieusement contestés par M. E, lequel se borne à faire état de douleurs après 20 mn de marche, le docteur D, qui a tenu compte de l'évolution séquellaire positive de cette cheville droite depuis la date de consolidation, a fixé un taux d'invalidité à 5%, lequel taux correspond à des raideurs tibio-tarsiennes. Il suit de là que M. E n'est pas fondé à soutenir que ce taux de 5% serait entaché d'erreur de fait et d'erreur d'appréciation.

5. D'autre part, s'agissant des lésions à l'épaule droite de M. E, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été victime d'une rupture du tendon sus-épineux en 2016 alors qu'il était en arrêt de travail, laquelle pathologie a fait l'objet d'un avis favorable à la reconnaissance en maladie professionnelle par la commission de réforme du 4 février 2021 au vu des éléments médicaux nouveaux apportés par M. E. Il ressort également de ces pièces que M. E a subi une intervention chirurgicale en mars 2018 incluant la réalisation d'une acromioplastie. Une IRM réalisée le 5 septembre 2018 a permis d'objectiver une nouvelle rupture complète du sus-épineux et une scintigraphie réalisée le 12 septembre suivant a mis en évidence des signes d'algodystrophie non congestive de l'épaule, ayant conduit l'intéressé à suivre 80 séances de kinésithérapie. Le docteur D, médecin expert spécialisé en chirurgie orthopédique dans son rapport du 26 octobre 2020, indique que " les mobilités scapulohumérales en passif sont autour de 80° en abduction et en flexion avec des rotations, diminuées de 20 degrés en rotation interne par rapport à l'autre côté, et limitées à 20 degrés en rotation externe ". Il indique également que " les mobilités globales actives de l'épaule sont à 110 degrés en abduction et 100 degrés en flexion ", fait état de l'absence d'amyotrophie, notamment de la fosse sus-épineuse, l'absence de points douloureux précis, notamment à la périphérie de l'acromion, l'absence de signe de Jobe, une force d'élévation du membre supérieur en abduction contre résistance quasi symétrique, un palm test négatif, un sous scapulaire qui garde une force musculaire normale, et symétrique. Au vu de ces éléments, il a proposé un taux d'invalidité de 4%, lequel a été retenu par la CNRACL.

6. Au vu de ces éléments, notamment des diminutions d'amplitude en rotation mais surtout des mobilités relevées en passif autour de 80 degrés en abduction et en flexion, de la nature même de la pathologie dont est atteint M. E et qui touche à la coiffe des rotateurs, aux constatations faites par le docteur D dans un rapport d'expertise du 30 juin 2020 dans lequel il faisait état " du manque de force et de mobilité au niveau de l'épaule " de M. E mais aussi des rapports des docteurs Ferragu, Régnault et Herry médecins généralistes, établis les 3 janvier, 25 septembre 2020, et 7 octobre 2020, qui, d'une part, s'accordent à reconnaitre l'existence de raideurs, de douleurs et de difficultés de mobilité de l'épaule droite du requérant, d'autre part, concluent à des taux d'invalidité supérieurs à celui retenu par le docteur D, il y a lieu de considérer que la CNRACL a commis une erreur d'appréciation en limitant à 4% le taux d'invalidité pour les lésions de l'épaule droite de M. E, ce taux, eu égard aux raideurs et aux limitations modérées des mouvements de l'épaule droite de celui-ci et au vu du barème indicatif des pensions civiles et militaires issu du décret n°2001-99 du 31 janvier 2001, étant insuffisant.

7. Il résulte de ce qui précède que la décision du 4 novembre 2021 de la CNRACL doit être annulée en tant qu'elle a limité à 9% le taux global d'invalidité reconnu pour les lésions contractées pendant le service par M. E.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Eu égard à ce qui a été dit au point 6, il y a lieu d'enjoindre à la CNRACL de réexaminer la situation de l'intéressé aux fins de fixer un nouveau taux d'invalidité. Il y sera procédé dans un délai de 2 mois à compter de la date de notification du présent jugement.

Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la CNRACL une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. E et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er:La décision de la CNRACL du 4 novembre 2021 portant rejet de la demande de révision du taux global d'invalidité fixé à 9% pour les lésions contractées en service par M. E est annulée.

Article 2:Il est enjoint à la CNRACL de procéder au réexamen de la situation de l'intéressé en vue de déterminer un nouveau taux d'invalidité dans un délai de deux mois à compter de la date du présent jugement.

Article 3:La CNRACL versera une somme de 1 200 (mille deux cents) euros au titre des frais exposés par M. E et non compris dans les dépens.

Article 4:Le présent jugement sera notifié à M. C E et à la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Boschet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.

Le rapporteur,

F. MARTHA

Le président,

D. ARTUS

La greffière,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

La Greffière

M. B

lg

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