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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2200005

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200005

mercredi 14 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2200005
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique 1
Avocat requérantSELARL SAMSON WEIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 4 et 5 janvier et le 17 février 2022, M. F C, représenté par Me Samson, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 novembre 2021 par lequel le préfet de la Dordogne a suspendu son permis de conduire pour une durée de quatre mois ;

2°) d'écarter des débats la pièce n° 4 annexée à la requête, à savoir le relevé d'information intégral établi le 24 novembre 2021 concernant sa propre situation ;

Il soutient que :

En ce qui concerne les conclusions tendant à écarter des débats le relevé d'information intégral :

- la production du relevé d'information intégral méconnaît des dispositions de l'article L. 225-4 du code de la route qui réserve une telle production dans le cadre d'un contentieux administratif concernant un arrêté de suspension, mais seulement dans le cadre du contentieux des retraits de points ;

- une telle divulgation est contraire aux dispositions de l'article L. 225-6 du code de la route et constitue un délit au sens de l'article L. 225-8 du code de la route ;

- cette pièce forgée par les services préfectoraux sans aucune vérification extérieure est dépourvue de force probante ; elle ne serait être assimilée à une fiche extraite du casier judiciaire, notamment quant à l'imputation des infractions recensées.

En ce qui concerne les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté de suspension :

- l'arrêté litigieux a été pris par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- le préfet ne pouvait se dispenser de la procédure contradictoire en l'absence d'urgence de la situation ou de circonstances exceptionnelles et a commis un détournement de procédure au regard des articles L. 121-1, L. 122-1 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et L. 224-1 et L. 224-2 du code de la route ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il est fondé uniquement sur l'avis de rétention qui ne précise par l'homologation de l'appareil cinémomètre et sa vérification annuelle, conformément aux dispositions de l'article L. 224-2 du code de la route, ce qui ne permet pas de déterminer la réalité de l'infraction.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 9 février et le 1er mars 2022, le préfet de la Dordogne conclut au rejet de la requête comme non-fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. F C, né le 3 février 1949, a fait l'objet d'un contrôle de vitesse le 23 novembre 2021 à 17h30 à hauteur de la commune de Calviac en Périgord où la vitesse est limitée à 80 km/h. Ayant retenu une vitesse de 122 km/h, un officier de police judiciaire a procédé à la rétention immédiate de son permis de conduire. Par décision du 24 novembre 2021, le préfet de la Dordogne a prononcé la suspension immédiate de son permis de conduire pour une durée de quatre mois. Le requérant demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions tendant à écarter des débats le relevé d'information intégral produit en défense :

2. Le juge, auquel il incombe, dans la mise en œuvre de ses pouvoirs d'instruction, de veiller au respect des droits des parties, d'assurer l'égalité des armes entre elles et de garantir, selon les modalités propres à chacun d'entre eux, les secrets protégés par la loi, ne peut régulièrement se fonder sur de telles pièces qu'à la condition d'avoir pu préalablement les soumettre au débat contradictoire.

3. Aux termes de l'article L. 225-1 du code de la route : " I.- Il est procédé, dans les services de l'Etat et sous l'autorité et le contrôle du ministre de l'intérieur, à l'enregistrement : 1° De toutes informations relatives aux permis de conduire dont la délivrance est sollicitée ou qui sont délivrés en application du présent code, ainsi qu'aux permis de conduire délivrés par les autorités étrangères et reconnus valables sur le territoire national ; 2° De toutes décisions administratives dûment notifiées portant restriction de validité, retrait, suspension, annulation et restriction de délivrance du permis de conduire ou interdiction de se présenter à l'examen du permis de conduire, ainsi que des avertissements prévus par le présent code ; 3° De toutes mesures de retrait du droit de faire usage du permis de conduire qui seraient communiquées par les autorités compétentes des territoires et collectivités territoriales d'outre-mer ; 4° De toutes mesures de retrait du droit de faire usage du permis de conduire prises par une autorité étrangère et communiquées aux autorités françaises conformément aux accords internationaux en vigueur ; 5° Des procès-verbaux des infractions entraînant retrait de points et ayant donné lieu au paiement d'une amende forfaitaire ou à l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée ; 6° De toutes décisions judiciaires à caractère définitif en tant qu'elles portent restriction de validité, suspension, annulation et interdiction de délivrance du permis de conduire ou interdiction de se présenter à l'examen du permis de conduire, ou qu'elles emportent réduction du nombre de points du permis de conduire ainsi que de l'exécution d'une composition pénale ; 7° De toute modification du nombre de points affectant un permis de conduire dans les conditions définies aux articles L. 223-1 à L. 223-8 ; 8° Du nombre de points affectés au conducteur mentionné au I de l'article L. 223-10 lorsque ce conducteur a commis une infraction entraînant un retrait de points, de toute modification de ce nombre et des décisions administratives dûment notifiées portant interdiction de conduire sur le territoire national. II.-Ces informations peuvent faire l'objet de traitements automatisés, soumis aux dispositions de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés. ".

4. Aux termes de l'article L. 225-4 du code de la route : " Les autorités judiciaires, les magistrats de l'ordre administratif dans le cadre des recours formulés contre les décisions de retrait de point du permis de conduire (), le représentant de l'Etat dans le département dans l'exercice de ses compétences en matière de permis de conduire () sont autorisés à accéder aux informations enregistrées en application de l'article L. 225-1 ". Aux termes de l'article L. 225-6 du même code : " Aucune donnée à caractère personnel relative au permis de conduire ne peut être divulguée en dehors des cas expressément prévus aux articles L. 225-3 à L. 225-5 ". Aux termes de l'article L. 225-8 du même code : " Le fait, en prenant un faux nom ou une fausse qualité, de se faire communiquer le relevé des mentions enregistrées en application de l'article L. 225-1 et concernant un tiers est puni de la peine prévue par l'article 781 du code de procédure pénale. Est puni de la même peine le fait d'obtenir soit directement, soit indirectement, communication de données à caractère personnel dont la divulgation n'est pas expressément prévue par le présent code. ".

5. En premier lieu, le requérant conteste la production, par le préfet de la Dordogne, du relevé d'information intégral de son permis de conduire, en se prévalant notamment du caractère confidentiel de ce document, élaboré sans contrôle par l'administration et " truffé d'erreurs ". Toutefois, contrairement à ce qui est soutenu, aucune disposition législative ou réglementaire n'interdit au préfet, qui est au nombre des autorités mentionnées à l'article L. 225-4 du code de la route habilitées à accéder, pour l'exercice de leurs compétences, aux informations figurant sur les relevés d'information intégral des conducteurs, de communiquer spontanément ce document au juge administratif, y compris dans le cadre d'un recours visant une suspension de permis de conduire, afin notamment de faire valoir le caractère récidiviste du profil conducteur du requérant. Par ailleurs, c'est sans le moindre commencement de preuve que M. C prétend que ce relevé aurait été élaboré de façon frauduleuse ou serait émaillé d'erreurs, ce d'autant qu'il ne justifie d'aucune démarche engagée, selon les voies de droit qui lui sont ouvertes, afin d'en contester les mentions. Il n'y a dès lors pas lieu d'écarter des débats le relevé d'information intégral du requérant produit par le préfet de la Dordogne. Par les mêmes motifs, M. C ne saurait utilement soutenir que le relevé d'information intégral le concernant a été produit en méconnaissance des dispositions de l'article L. 225-8 du code de la route.

6. En second lieu, en l'absence de disposition le prévoyant expressément, les dispositions de l'article L. 225-4 du code de la route ne peuvent faire obstacle au pouvoir et au devoir qu'a le juge administratif de joindre au dossier, sur production spontanée d'une partie, des éléments d'information et de statuer au vu de ces pièces après en avoir ordonné la communication pour en permettre la discussion contradictoire. Il suit de là, que si M. C soutient que le relevé d'information intégral concernant sa situation a été produit par le préfet de la Dordogne devant le juge administratif, non pas dans le cadre d'un recours contre un arrêté préfectoral de retrait de point du permis de conduire, mais dans celui d'un recours contre un arrêté préfectoral de suspension du permis de conduire en méconnaissance des dispositions des articles L. 225-4 et L.225-6 du code de la route, les conclusions tendant à ce que cette pièce soit écartée des débats doit être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

7. En premier lieu, le préfet de la Dordogne a, par un arrêté du 22 novembre 2021 régulièrement publié le 23 novembre 2021 au recueil des actes administratifs spécial sous le numéro 24-2021-073, donné délégation à M. A E, directeur des sécurités, signataire de l'acte litigieux, à l'effet de signer les correspondances, actes et pièces comptables en matière de sécurité routière en cas d'absence ou d'empêchement de M. D, sous-préfet et directeur de cabinet du préfet de la Dordogne. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ce dernier n'aurait pas été absent ou empêché à la date de l'arrêté attaqué. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L.224-2 du code de la route : " Lorsque l'état alcoolique est établi au moyen d'un appareil homologué, comme il est dit au premier alinéa de l'article L.224-1, ou lorsque les vérifications mentionnées aux articles L. 234-4 et L. 234-5 apportent la preuve de cet état, le représentant de l'Etat dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis, prononcer la suspension du permis de conduire pour une durée qui ne peut excéder six mois. () Lorsque le dépassement de 40 km/h ou plus de la vitesse maximale autorisée est établi au moyen d'un appareil homologué et lorsque le véhicule est intercepté, les dispositions du présent article sont applicables au conducteur () ".

9. D'une part, si le requérant soutient que l'arrêté litigieux n'est pas motivé, il ressort des pièces du dossier qu'il vise le code de la route notamment les articles L. 224-2, L. 224-6, L. 224-9, R. 224-4, R. 224-12 et R. 224-14 à R. 224-17 et mentionne que l'intéressé a fait l'objet le 23 novembre 2021 à 17h30 à hauteur de la commune de Calviac en Périgord d'un procès-verbal pour avoir commis une infraction punie par le code de la route d'une peine complémentaire de suspension du permis de conduire ainsi que d'une mesure de rétention de son permis de conduire dès lors qu'il avait conduit à la vitesse de 122 kilomètres/heure alors que la vitesse autorisée est de 80 kilomètres/heure. Ainsi, l'arrêté attaqué, qui comporte la mention des éléments de fait et de droit qui le fondent, est suffisamment motivé.

10. D'autre part, M. C ne peut, en tout état de cause, utilement invoquer les termes de la circulaire du 28 septembre 1987 relative à la motivation des actes administratifs qui, si elle a fait l'objet d'une mise en ligne sur le site Légifrance, ne figure pas en revanche au nombre des documents opposables au sens des dispositions des articles L. 312-2 et L. 312-3 du code des relations entre le public et l'administration, faute d'avoir été publiée à cet effet sur un site ministériel.

11. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L.224-7 du code de la route : " Saisi d'un procès-verbal constatant une infraction punie par le présent code de la peine complémentaire de suspension du permis de conduire, le représentant de l'Etat dans le département où cette infraction a été commise peut, s'il n'estime pas devoir procéder au classement, prononcer à titre provisoire soit un avertissement, soit la suspension du permis de conduire ou l'interdiction de sa délivrance lorsque le conducteur n'en est pas titulaire () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable " et aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles () ".

12. La décision par laquelle le préfet suspend un permis de conduire sur le fondement de l'article L. 224-7 du code de la route, qui est une mesure de police, est soumise au respect d'une procédure contradictoire préalable. En l'absence d'une procédure contradictoire particulière organisée par les textes, le préfet doit se conformer aux dispositions du code des relations entre le public et l'administration en informant le conducteur de son intention de suspendre son permis de conduire et de la possibilité qui lui est offerte de présenter des observations. Le préfet ne peut légalement se dispenser de cette formalité, en raison d'une situation d'urgence, que s'il apparaît, eu égard au comportement du conducteur, que le fait de différer la suspension de son permis pendant le temps nécessaire à l'accomplissement de la procédure contradictoire créerait des risques graves pour lui-même ou pour les tiers.

13. Compte tenu des conditions particulières d'urgence dans lesquelles intervient la décision par laquelle le préfet suspend un permis de conduire sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route, qui doit être prise dans les 72 heures et qui a pour objet de faire obstacle à ce qu'un conducteur dont le dépassement de 40 km/h ou plus de la vitesse maximale autorisée a été établi retrouve l'usage de son véhicule, le préfet peut légalement, en application du 1° de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration, se dispenser de la mise en œuvre d'une procédure contradictoire. Par ailleurs, en se bornant à relever que l'arrêté en litige lui a été notifié sept jours après le contrôle routier auquel il a été soumis, le requérant n'apporte aucun élément sérieux de nature à établir que la suspension de son permis de conduire ne présentait pas un caractère d'urgence justifiant qu'elle soit décidée sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route. Par suite, les moyens tirés du vice de procédure, du détournement de procédure et du défaut de procédure contradictoire préalable ne peuvent qu'être écartés.

14. En quatrième lieu, M. C soutient que l'arrêté attaqué est uniquement fondé sur l'avis de rétention de son permis de conduire, lequel ne fait mention d'aucune précision quant à l'homologation de l'appareil cinémomètre et à sa vérification annuelle. Toutefois, l'arrêté attaqué n'a pas été pris sur la base du seul avis de rétention du permis de conduire mais également sur celle du procès-verbal d'infraction dressé le 23 novembre 2021. D'autre part, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose que l'avis de rétention du permis de conduire sur lequel est fondée la décision de suspension contestée mentionne les informations relatives à l'identification de l'appareil utilisé pendant le contrôle ainsi que sa date de vérification et d'homologation ni même que ces informations soient communiquées à l'intéressé. Enfin, à supposer que le requérant entende contester la réalité de l'infraction, ce moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant, dès lors qu'il n'entre pas dans l'office du juge administratif de statuer sur la matérialité d'une infraction. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. C est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. F C, à Me Samson et au préfet de la Dordogne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2022.

Le président,

P. B

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

au préfet de la Dordogne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour Le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

mf

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