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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2200022

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200022

mardi 5 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2200022
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantMAUDET-CAMUS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 janvier 2022, la SA FROMAGERIE PIERRE JACQUIN et FILS, représenté par Me Le Rouzic, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 mai 2021 par laquelle l'inspectrice de la direction départementale de l'emploi, du travail, des solidarités et de la protection des populations (DDETSPP) de l'Indre lui a enjoint, d'une part, d'indiquer, dans un délai de 6 mois, la déclaration nutritionnelle sur l'étiquetage des produits, le " Crottin de Champcol ", le " Crottin feuille ", " Le Cornilly ", et les " Coeur du Berry ", d'autre part, de préciser la liste des ingrédients sur l'étiquetage du fromage " Le Cornilly " ;

2°) d'annuler les décisions implicites de rejet nées du silence gardé par la direction générale de la concurrence, consommation et de la répression des fraudes et la direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations aux recours hiérarchiques et gracieux qu'elle a formés le 1er juillet 2021 sollicitant la levée des non-conformités relevées à son encontre par la décision du 3 mai 2021 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son profit d'une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Elle soutient que :

- la décision du 3 mai 2021 a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'appréciation dès lors, d'une part, qu'au vu des dispositions du 2-e) de l'article 2 du règlement n°1169/2011 du Parlement européen et du Conseil en date du 25 octobre 2011, l'absence de déclaration nutritionnelle sur ces fromages " le Cornilly ", " cœur du Berry ", " crottin de Champcol " et " crottin feuille " ne pouvait lui être reprochée, d'autre part, qu'au vu des dispositions combinées de l'article 9 et 19 du même règlement, il ne pouvait lui être reproché de ne pas avoir fourni la liste des ingrédients pour le fromage le Cornilly.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 mars 2022, le préfet de l'Indre conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Un mémoire a été produit par la société requérante le 8 février 2024 qui a été enregistré sans être communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (CE) n° 1333/2008 relatif à l'utilisation des additifs alimentaires ;

- le règlement (UE) n° 1169/2011 relatif à l'information des consommateurs sur les denrées alimentaires ;

- le code de la consommation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martha, premier conseiller ;

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public ;

- et les observations de Me Le Rouzic pour la société requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Les 22 octobre et 10 décembre 2020, la S.A. FROMAGERIE JACQUIN et FILS a fait l'objet d'un contrôle par le service concurrence, consommation, répression des fraudes de la direction départementale de l'emploi, du travail, des solidarités et de la protection des populations (DDETSPP) de l'Indre. Au vu des constatations faites lors de ces contrôles, une lettre de pré-injonction accompagnée du rapport du contrôle a été adressée le 10 mars 2021 à la société. Le 3 mai 2021, après prise en compte des éléments apportés par la société dans le cadre de la procédure contradictoire, une lettre a été adressée à la S.A. FROMAGERIE JACQUIN et FILS pour lui enjoindre de prendre les mesures correctives prescrites dans un délai de 6 mois. Le 1er juillet 2021, cette société a formé un recours gracieux et un recours hiérarchique contre cette décision d'injonction dont ont résulté deux décisions implicites de rejet. La société demande l'annulation de la décision du 3 mai 2021 ainsi que des décisions implicites portant rejet de ses recours administratifs.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 511-2 du code de la consommation : " Les agents habilités peuvent exercer les pouvoirs qu'ils tiennent des dispositions du présent livre et mettre en œuvre les mesures prévues au chapitre Ier du titre II sur toute l'étendue du territoire national. ". Aux termes de l'article L. 511-3 du même code : " Les agents de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes sont habilités à rechercher et constater les infractions ou les manquements aux dispositions mentionnées à la présente section dans les conditions définies par celles-ci. ". En vertu de l'article L. 511-6 de ce code : " Les agents [de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes] sont habilités à rechercher et à constater les infractions ou les manquements aux dispositions suivantes : " () 6° La section 1 du chapitre Ier du titre II du présent livre () ". Selon l'article L. 521-1 de ce même code : " Lorsque les agents habilités constatent un manquement ou une infraction (), ils peuvent, après une procédure contradictoire, enjoindre à un professionnel, en lui impartissant un délai raisonnable qu'ils fixent, de se conformer à ses obligations ".

3. Il ressort de la décision d'injonction en litige que les manquements constatés à l'encontre de la société requérante et que cette dernière contestent relèvent des dispositions de l'article L. 121-2 du code de la consommation, dont les dispositions, qui figurent à la section 1 du chapitre Ier du titre II du livre Ier de ce code, définissent les pratiques commerciales trompeuses. Par suite, eu égard aux dispositions citées au point 2, Mme B C, nommée inspectrice de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes à la direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations (DDCSPP) de l'Indre par un arrêté du 7 janvier 2013 et signataire de la décision d'injonction attaquée, était habilitée à constater les agissements reprochés à la société requérante lors des contrôles qu'elle a réalisés aux dates mentionnées au point 1, à l'informer de l'injonction susceptible d'intervenir aux fins de la mettre en mesure de présenter ses observations et à prononcer l'injonction litigieuse. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision en litige doit être écarté.

4. En second lieu, pour prononcer l'injonction contestée, l'autorité administrative a retenu, d'une part, l'absence de déclaration nutritionnelle sur l'étiquetage des fromages " Le Cornilly ", " Coeur du Berry ", " Crottin de Champcol " et " Crottin feuille ", d'autre part, l'absence de liste des ingrédients pour le fromage " Le Cornilly ".

5. D'une part, aux termes de l'article 2 du règlement (UE) n° 1169/2011 du Parlement européen et du Conseil du 25 octobre 2011 concernant l'information des consommateurs sur les denrées alimentaires : " Définitions / 2. les définitions suivantes s'appliquent également : () / e)"denrée alimentaire préemballée": l'unité de vente destinée à être présentée en l'état au consommateur final et aux collectivités, constituée par une denrée alimentaire et l'emballage dans lequel elle a été conditionnée avant sa présentation à la vente, que cet emballage la recouvre entièrement ou seulement partiellement, mais en tout cas de telle façon que le contenu ne puisse être modifié sans que l'emballage subisse une ouverture ou une modification ; cette définition ne couvre pas les denrées emballées sur le lieu de vente à la demande du consommateur ou préemballées en vue de leur vente immédiate () ".

6. En outre, aux termes de l'article 9 du même règlement : " Liste des mentions obligatoires 1. Conformément aux articles 10 à 35, et sous réserve des exceptions prévues dans le présent chapitre, les mentions suivantes sont obligatoires : / a) la dénomination de la denrée alimentaire ; / b) la liste des ingrédients ; / c) tout ingrédient ou auxiliaire technologique énuméré à l'annexe II ou dérivé d'une substance ou d'un produit énuméré à l'annexe II provoquant des allergies ou des intolérances, utilisé dans la fabrication ou la préparation d'une denrée alimentaire et encore présent dans le produit fini, même sous une forme modifiée ; / d) la quantité de certains ingrédients ou catégories d'ingrédients ; / e) la quantité nette de denrée alimentaire ; / () / l) une déclaration nutritionnelle. / () ".

7. La société requérante soutient que les quatre fromages mentionnés au point 4 sont conditionnés dans des emballages systématiquement ouverts et modifiés par les distributeurs pour la mise en vente aux consommateurs, sous forme de vente à la découpe ou de revente sous un nouvel emballage, de sorte qu'ils ne peuvent pas être considérés comme des denrées alimentaires préemballées au sens du règlement cité aux points 5 et 6 et ne sont donc pas soumis à la mention obligatoire relative à la déclaration nutritionnelle.

8. Toutefois, il ressort des pièces du dossier notamment du catalogue de la gamme de fromages commercialisés par la société requérante en 2020 que chacun des 4 fromages en cause possède un étiquetage individuel où est mentionné notamment son poids net unitaire. Quand bien même ces fromages sont livrés par la S.A. FROMAGERIE PIERRE JACQUIN et FILS aux distributeurs dans des colis rassemblant plusieurs de ces fromages, lesquels colis sont ouverts par ces distributeurs avant mise en vente aux consommateurs finaux, chacun de ces produits possède un emballage individuel avec une étiquette de sorte qu'ils doivent être considérés comme des denrées alimentaires préemballées au sens des dispositions citées au point 5. En outre, eu égard au poids individuel de chacun de ces fromages, qui est compris entre 60 g et 250 gr et de leur présentation, la société requérante ne peut sérieusement soutenir que ces derniers seraient proposés à la découpe en rayon des supermarchés. Dans ces conditions, l'autorité administrative n'a pas fait une inexacte application des dispositions citées aux points 5 et 6 en imposant, par l'injonction contestée, à la S.A. FROMAGERIE PIERRE JACQUIN et FILS d'indiquer la déclaration nutritionnelle sur l'étiquetage des fromages mentionnés au point 4, après avoir estimé que ces produits relevaient de la catégorie des denrées alimentaires préemballées.

9. D'autre part, aux termes de l'article 19 du règlement (UE) n° 1169/2011 : Une liste des ingrédients n'est pas requise pour les denrées alimentaires suivantes : () d) les fromages, le beurre, les laits et crèmes fermentés pour autant que n'aient pas été ajoutés d'autres ingrédients que des produits lactés, des enzymes alimentaires et des cultures de micro-organismes nécessaires à la fabrication ou, dans le cas des fromages autres que frais ou fondus, que le sel nécessaire à leur fabrication ".

10. La S.A. FROMAGERIE PIERRE JACQUIN et FILS fait valoir que la composition du fromage " Le Cornilly " se limite uniquement à du lait de chèvre pasteurisé, du sel, de la présure et des ferments, qu'aucun autre ingrédient n'est présent de sorte que l'exception à l'obligation de préciser la liste des ingrédients prévue par l'article 19 du règlement cité au point 9 aurait dû trouver à s'appliquer.

11. Toutefois, et alors que ce manquement a été relevé dans le rapport de contrôle du 11 mars 2021 et dans la lettre d'intention d'injonction ouvrant la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, la société requérante n'a justifié ni dans son courrier du 29 mars 2021 ni dans le cadre des recours administratifs qu'elle a exercés qu'eu égard à la composition de son fromage " Le Cornilly " à la date des différentes décisions contestées, que ce dernier relèverait de l'exception prévue par l'article 19 du règlement précité à l'obligation d'indiquer la liste des ingrédients, laquelle obligation est prévue par les dispositions citées au point 6. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de droit ni d'appréciation que l'autorité administrative a enjoint à la société requérante de préciser la liste des ingrédients sur l'étiquetage du fromage " Le Cornilly " dans un délai de 6 mois.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la S.A. FROMAGERIE PIERRE JACQUIN et FILS n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 3 mai 2021 et des décisions implicites de rejet de ses recours administratifs. Par suite, sa requête doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de la S.A. FROMAGERIE PIERRE JACQUIN et FILS est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à la S.A. FROMAGERIE PIERRE JACQUIN et FILS et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Une copie du jugement en sera adressée pour information au préfet de l'Indre.

Délibéré après l'audience du 13 février 2024 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- M. Crosnier, premier conseiller,

- M. Martha, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mars 2024.

Le rapporteur,

F. MARTHA

Le président,

D. ARTUS

La greffière,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

La greffière,

M. A

mf

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