mardi 29 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2200047 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | AARPI THEMIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 janvier 2022, M. C D, représenté par l'AARPI Themis, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision non communiquée par laquelle la directrice de la maison centrale de Saint-Maur a ordonné sa gestion menottée lors de ses déplacements dans cet établissement ;
2°) d'enjoindre à la maison centrale de Saint-Maur de lever sa gestion menottée, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision en litige lui faisant grief, il est recevable à en demander l'annulation ;
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de la décision litigieuse ;
- aucune disposition du code de procédure pénale ou du règlement intérieur type des établissements pénitentiaires, dont l'article 7 permet d'imposer le port des menottes et entraves uniquement dans le cadre de la lutte contre l'évasion, ne permet au directeur d'un établissement pénitentiaire de limiter dans de telles proportions la liberté de mouvement d'un détenu en raison de sa prétendue dangerosité, de sorte que la décision dont il demande l'annulation est entachée d'un défaut de base légale ;
- la décision litigieuse est entachée d'erreur d'appréciation ; il n'est pas démontré que les modalités de gestion menottée retenues par la décision en litige s'imposeraient en raison de son " profil particulier " ; à supposer qu'il soit effectivement dangereux, aucun élément ne permet de constater que la présence de surveillants ne serait pas suffisante pour prévenir tout risque pour la sécurité de l'établissement ou des personnes ; la mesure litigieuse n'est ni nécessaire au regard du danger que l'exposant peut faire courir à l'établissement, ni requise dès lors que sa mise à l'isolement est déjà suffisante pour préserver ladite sécurité de l'établissement ; la nécessité de son menottage systématique n'est pas établie ;
- la décision litigieuse méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que son droit au respect de sa dignité.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 juillet 2024, le garde des sceaux, ministre de la Justice conclut au rejet de la requête comme non-fondée.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées :
- le rapport de M. Boschet,
- les conclusions de Mme Siquier, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Incarcéré à la maison centrale de Saint-Maur depuis le 12 novembre 2021, M. C D doit être regardé comme demandant l'annulation de la note de service du 22 novembre 2021 par laquelle la directrice de cet établissement pénitentiaire a notamment décidé qu'il serait affecté en cellule sécurisée et qu'il serait systématiquement menotté et escorté par plusieurs agents pénitentiaires pour toute sortie de sa cellule.
2. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". L'article 22 de la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009 : " L'administration pénitentiaire garantit à toute personne détenue le respect de sa dignité et de ses droits. L'exercice de ceux-ci ne peut faire l'objet d'autres restrictions que celles résultant des contraintes inhérentes à la détention, du maintien de la sécurité et du bon ordre des établissements, de la prévention de la récidive et de la protection de l'intérêt des victimes. Ces restrictions tiennent compte de l'âge, de l'état de santé, du handicap et de la personnalité de la personne détenue ". Aux termes de l'article 717-1 du code de procédure pénale, dans sa version applicable au litige : " La répartition des condamnés dans les prisons établies pour peines s'effectue compte tenu de leur catégorie pénale, de leur âge, de leur état de santé et de leur personnalité. Leur régime de détention est déterminé en prenant en compte leur personnalité, leur santé, leur dangerosité et leurs efforts en matière de réinsertion sociale. Le placement d'une personne détenue sous un régime de détention plus sévère ne saurait porter atteinte aux droits visés à l'article 22 de la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 pénitentiaire ". Aux termes de l'article D. 92 de ce code, dans sa version applicable au litige : " Des modalités de prise en charge individualisées peuvent, pour l'application du deuxième alinéa de l'article 717-1, être appliquées, au sein de chaque établissement pénitentiaire, aux personnes détenues, en tenant compte de leur parcours d'exécution de la peine et de leur capacité à respecter les règles de vie en collectivité. Les modalités de prise en charge de chaque personne détenue sont consignées dans le parcours d'exécution de la peine ". Selon l'article D. 265 du même code, dans sa version applicable au litige : " Tout chef d'établissement doit veiller à une stricte application des instructions relatives au maintien de l'ordre et de la sécurité dans l'établissement pénitentiaire qu'il dirige ". L'article 7, relatif aux mesures de contrôle et de sécurité, de l'annexe à l'article R. 57-6-18 alors en vigueur du code de procédure pénale, constituant le règlement intérieur type des établissements pénitentiaires, dispose que : " () III.- La personne détenue () peut, sur ordre du chef d'établissement, être soumise au port de moyens de contrainte s'il n'est d'autre possibilité de la maîtriser, de l'empêcher de causer des dommages ou de porter atteinte à elle-même ou à autrui. / Par mesure de précaution contre les évasions, la personne détenue peut être soumise au port des menottes ou, s'il y a lieu, des entraves pendant son transfèrement ou son extraction, ou lorsque les circonstances ne permettent pas d'assurer efficacement sa garde d'une autre manière () ".
3. En premier lieu, Mme B A était, en raison de sa qualité de chef d'établissement de la maison centrale de Saint-Maur, compétente pour prendre la note de service dont l'annulation est demandée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la note de service du 22 novembre 2021 de la directrice de la maison centrale de Saint-Maur trouve son fondement légal dans les dispositions précitées du code de procédure pénale et de l'article 22 de la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009. Par suite, le moyen tiré du défaut de base légale doit être écarté.
5. En troisième lieu, la mesure de placement d'un détenu sous " gestion menottée " n'est pas, par elle-même, constitutive d'un traitement contraire aux dispositions et stipulations citées au point 2, à la condition qu'elle soit nécessaire et proportionnée aux risques que l'intéressé représente pour la sécurité des biens et des personnes.
6. En l'espèce, en vertu de la note de service contestée, tous les déplacements de M. D en détention doivent être réalisés sous l'escorte d'un trinôme d'agents et d'un gradé, en tenue d'intervention. Le détenu doit être, en outre, menotté. Toutes ses sorties de cellule donnent lieu au passage au détecteur manuel de métaux et il est procédé à une surveillance constante durant les entretiens de l'intéressé. Pour justifier les mesures mises en place, l'administration pénitentiaire se prévaut des antécédents disciplinaires de l'intéressé et de son profil pénal.
7. Il ressort des pièces du dossier M. D, écroué depuis le 1er avril 2008, a été condamné pour des faits de dégradation ou détérioration de bien, vol avec destruction ou dégradation, violence, outrage et violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique, violence avec usage ou menace d'une arme, conduite d'un véhicule sous l'emprise alcoolique (ou sous l'empire d'un état alcoolique), à une vitesse excessive, délit de fuite après un accident, conduite d'un véhicule sans permis, port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D, recel de bien, rébellion, menace de mort ou d'atteinte aux biens dangereuse pour les personnes à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique, détention, offre ou cession non autorisée de stupéfiants, menace de crime ou délit contre les personnes ou les biens à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique, de l'entourage d'un dépositaire de l'autorité publique, outrage à une personne chargée d'une mission de service public, menace de mort réitérée, exhibition sexuelle, violence aggravée par trois circonstances et évasion d'un condamné en placement extérieur. Il ressort aussi des pièces du dossier qu'un mois avant l'édiction de la note de service en litige, M. D a de nouveau été condamné, le 22 octobre 2021, pour des faits, notamment, de menace de mort ou d'atteinte aux biens dangereuse pour les personnes à l'encontre d'un magistrat ou juré et outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, en récidive.
8. Il ressort en outre des pièces du dossier qu'à la date de la note de service en litige, le requérant avait fait l'objet de nombreuses procédures disciplinaires en détention, dont certaines étaient particulièrement récentes. Les agressions et incidents dont il s'est rendu responsable entre octobre 2018 et octobre 2019 ont justifié son affectation à l'unité des détenus violents de Marseille. Il a de nouveau proféré à de multiples reprises des insultes et des menaces à l'encontre du personnel pénitentiaire et il a été transféré au centre de détention de Châteaudun par mesure d'ordre et de sécurité. Le 19 décembre 2020, M. D a insulté un membre du personnel pénitentiaire en tenant des propos orduriers rapportés dans un compte rendu d'incident. Le 24 décembre 2020, il a menacé d'égorger un surveillant. Le comportement de M. D ne s'est pas modifié les jours suivants ainsi qu'il ressort des comptes rendus d'incident des 27 et 29 décembre 2020 et, le 11 janvier 2021, il a refusé de déboucher l'œilleton de sa cellule. Le 16 janvier 2021, M. D a réitéré ses menaces à l'encontre du personnel pénitentiaire et de leur famille, avertissant qu'il allait " faire une dinguerie à Châteaudun ". Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que les décisions de prolongation de son placement à l'isolement ne l'ont pas incité à améliorer son comportement en détention. Du 16 janvier au 8 août 2021, il a ainsi fait l'objet de soixante-sept comptes rendus d'incident pour, notamment, des faits d'insultes et de menaces à l'encontre du personnel pénitentiaire.
9. Outre ces incidents disciplinaires, il ressort des pièces du dossier que son comportement a fait l'objet de nombreuses observations négatives au sein de son précédent établissement, le centre pénitentiaire de Châteauroux, installant une tension à l'isolement par ses tapages fréquents et ses provocations et menaces à l'égard tant du personnel pénitentiaire que des autres personnes détenues. À titre d'exemple, le 29 mai 2021, une personne détenue a déclaré subir des pressions de la part du requérant pour lui transmettre des denrées et du tabac. Le 6 juin 2021, il a été entendu dire qu'il allait " attraper un surveillant ". Il s'est également vanté de faire " trembler les détentions ". Le 18 juin 2021, il a mis le feu à des papiers et les a jetés par la fenêtre, nécessitant l'intervention du personnel pénitentiaire. Le 8 août 2021, il a bloqué l'interphonie d'urgence une partie de la nuit, rendant impossible la prise d'appels d'urgences, et a insulté le personnel. Au cours de ce même mois d'août 2021, il a provoqué un tapage au sein du quartier isolement pendant plus d'une heure.
10. Dans ces conditions, eu égard au profil pénal et carcéral de l'intéressé et à son attitude, y compris lorsqu'il est placé à l'isolement, la directrice de la maison centrale de Saint-Maur a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, considérer que le comportement de M. D était de nature à présenter des risques pour la sécurité des biens et des personnes et décider que tous ses déplacements seraient effectués, menottés et sous escorte de plusieurs agents. Par ailleurs, la note de service du 22 novembre 2021 ne porte pas une atteinte excessive au droit au respect de la dignité du requérant protégé par l'article 22 de la loi du 24 novembre 2009 et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de celles aux fins d'injonction avec astreinte et celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Ce jugement sera notifié à M. C D, au garde des sceaux, ministre de la justice et à l'AARPI Themis.
Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Revel, président,
M. Boschet, premier conseiller,
M. Gazeyeff, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.
Le rapporteur,
J.B. BOSCHET
Le président,
FJ. REVELLa greffière,
M. E
La République mande et ordonne
au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef,
La Greffière
M. E
jb
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026