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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2200128

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200128

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2200128
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantGOMOT-PINARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 janvier 2022, M. B A, représenté par Me Gomot-Pinard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 janvier 2022 par lequel le préfet de l'Indre l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de six mois, avec obligation de se présenter les lundis et jeudis de chaque semaine à la brigade de gendarmerie de Mézières-en-Brenne ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Indre de prendre un nouvel arrêté l'assignant à résidence ramenant la durée de celle-ci de six à trois mois et prévoyant une obligation de présentation uniquement les lundis à la brigade de gendarmerie de Mézières-en-Brenne, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de condamner l'Etat " aux entiers dépens lesquels seront recouvrés conformément à la loi sur l'aide juridictionnelle ".

Il soutient que :

- son recours ne concerne " pas tant le principe de renouvellement de son assignation à résidence " mais " sur ses modalités d'exécution ", à savoir, d'une part, le nombre de pointage de deux fois hebdomadaires, d'autre part, sur la durée maximale de six mois de l'assignation ; en respectant les obligations qui résultaient de la précédente assignation à résidence prononcée à son encontre, il a déjà démontré " qu'on pouvait lui faire confiance " ; dans la mesure où la brigade de gendarmerie de Mézières-en-Brenne n'est pas toujours ouverte, il lui est souvent demandé de se présenter à la brigade de gendarmerie de Buzançais, située à 25km de son domicile, alors qu'il est dépendant de son épouse pour l'y emmener ;

- l'arrêté du 21 janvier 2022 méconnaît l'article 66 de la Constitution.

La procédure a été communiquée au préfet de l'Indre, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Boschet a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant algérien né le 1er septembre 1985, M. A indique être entré en France le 4 janvier 2020. Par deux arrêtés du 24 octobre 2021, le préfet de l'Indre, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Cette assignation à résidence a été renouvelée pour une nouvelle durée de quarante-cinq jours par un arrêté du 3 décembre 2021. Par un arrêté du 21 janvier 2022, le préfet de l'Indre a assigné M. A à résidence dans ce département pour une durée de six mois, avec obligation de se présenter les lundis et jeudis de chaque semaine à la brigade de gendarmerie de Mézières-en-Brenne. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () / Les modalités d'application du présent article sont fixées par décret en Conseil d'Etat ". Selon l'article L. 732-4 de ce code, dans sa version applicable au litige : " Lorsque l'assignation à résidence a été édictée en application des 1° () de l'article L. 731-3, elle ne peut excéder une durée de six mois ". Aux termes de l'article L. 733-1 du même code, dans sa version applicable au litige : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie ". Selon l'article R. 733-1 du même code, dans sa version applicable au litige : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ".

3. D'abord, la circonstance que M. A a respecté les obligations auxquelles il était soumis en vertu des arrêtés des 24 octobre et 3 décembre 2021 l'assignant à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ne faisait pas obstacle, par elle-même, à ce que le préfet de l'Indre l'assigne à résidence pour une durée de six mois sur le fondement du 1° de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ensuite, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en fixant, comme le lui permettait ces dispositions, la durée de cette assignation à résidence à six mois et non à une durée inférieure, le préfet de l'Indre aurait entaché son arrêté du 21 janvier 2022 d'illégalité. Par ailleurs, alors que M. A n'établit pas que, pendant les périodes d'exécution de ses précédentes assignations à résidence, il lui aurait effectivement été demandé de se présenter à la brigade de gendarmerie de Buzançais au motif que la brigade de gendarmerie de Mézières-en-Brenne n'était " pas toujours ouverte ", il est constant que l'arrêté litigieux obligeait bien le requérant à se présenter à la brigade de gendarmerie de cette dernière commune, où il avait son domicile, et non à celle de Buzançais. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en l'obligeant à se présenter à la brigade de gendarmerie de Mézières-en-Brenne deux fois par semaine les lundis et jeudis, et non seulement une fois par semaine, le préfet de l'Indre aurait fait peser sur M. A des contraintes excessives et aurait ainsi entaché son arrêté du 21 janvier 2022 d'illégalité. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 2, à supposer qu'il soit regardé comme soulevé, doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article 66 de la Constitution du 4 octobre 1958 : " Nul ne peut être arbitrairement détenu. / L'autorité judiciaire, gardienne de la liberté individuelle, assure le respect de ce principe dans les conditions prévues par la loi ". Une mesure d'assignation à résidence prise sur le fondement du 1° de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne présente pas, par elle-même, le caractère d'une mesure privative de liberté au sens de l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni ne méconnaît les dispositions de l'article 66 de la Constitution. Cependant, il appartient à l'autorité administrative de retenir des conditions et des lieux d'assignation à résidence tenant compte, dans la contrainte qu'ils imposent à l'intéressé, du temps passé sous ce régime et des liens familiaux et personnels noués par ce dernier. Si la mesure d'assignation à résidence est susceptible d'inclure une astreinte à domicile, la plage horaire de cette dernière ne saurait dépasser douze heures par jour sans que l'assignation à résidence soit alors regardée comme une mesure privative de liberté, contraire aux exigences de l'article 66 de la Constitution, dans la mesure où elle n'est pas soumise au contrôle du juge judiciaire.

5. En l'espèce, l'arrêté préfectoral du 21 janvier 2022 assignant M. A à résidence n'ayant ni pour objet ni pour effet de l'astreindre à son domicile pendant au moins douze heures par jour, elle ne constitue pas une mesure privative mais seulement une mesure restrictive de liberté. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 66 de la Constitution du 4 octobre 1958 ne peut qu'être écarté comme inopérant.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 21 janvier 2022 et, par voie de conséquence, les autres conclusions présentées par M. A doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Ce jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Indre.

Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Revel, président,

M. Boschet, premier conseiller,

M. Gazeyeff, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

Le rapporteur,

J.B. BOSCHET

Le président,

F.J. REVELLa greffière,

M. C

La République mande et ordonne

au préfet de l'Indre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef,

La Greffière

M. C

jb

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