mardi 1 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2200129 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | TSARANAZY NOMENJANAHARY |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 28 janvier 2022, enregistrée le 31 janvier 2022, le vice-président du tribunal administratif de Caen a renvoyé au tribunal administratif de Limoges la requête de M. A B, enregistrée le 27 janvier 2022.
Par cette requête, M. A B, représenté par Me Tsaranazy, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision révélée par le message du 17 janvier 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a clôturé sa demande d'autorisation de travail et refusé de lui délivrer une autorisation de travail formée à son bénéfice par la société Intertransports ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de lui délivrer une autorisation provisoire de travail dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 1 500 euros, au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative
Il soutient que la décision attaquée :
- est entachée d'un vice de forme en l'absence de la signature et de l'identité de son auteur ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 5221-1 du code du travail alors qu'il remplit toutes les conditions exigées pour se voir délivrer une autorisation de travail ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
Par un mémoire, enregistré le 7 juillet 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a informé le tribunal que la demande introduite en ligne via un téléservice du ministère de l'intérieur relève pour son instruction du préfet de l'Indre, seul compétent.
Une mise en demeure a été adressée le 7 mai 2024 au préfet de l'Indre qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- l'arrêté du 1er avril 2021 relatif à la délivrance, sans opposition de la situation de l'emploi, des autorisations de travail aux étrangers non ressortissants d'un État membre de l'Union européenne, d'un autre État partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Christophe a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain né en 1989, est entré en France le 31 août 2016 sous couvert d'un visa de long séjour " vie privée et familiale " en tant que conjoint d'une ressortissante française. Titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle, valable du 26 août 2019 au 25 août 2021, il a sollicité le 9 août 2021 sur la plate-forme dédiée du ministère de l'intérieur, une demande d'autorisation de travail afin de changer son statut en " salarié ". Le 17 janvier 2022, le ministère de l'intérieur lui a adressé un courriel l'informant que son dossier de demande d'autorisation de travail avait été clôturé automatiquement en l'absence d'action effectuée dessus après un mois. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision.
Sur l'acquiescement aux faits :
Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ". Si, lorsque le défendeur n'a produit aucun mémoire, le juge administratif n'est pas tenu de procéder à une telle mise en demeure avant de statuer, il doit, s'il y procède, en tirer toutes les conséquences de droit et il lui appartient seulement, lorsque les dispositions précitées sont applicables, de vérifier que l'inexactitude matérielle des faits exposés dans les mémoires du requérant ne ressort d'aucune pièce du dossier.
Malgré la mise en demeure de produire des observations en réponse à la requête de M. B, qui lui a été adressée le 11 juillet 2023, le préfet de l'Indre, n'a pas produit de mémoire en défense. Il est ainsi réputé avoir acquiescé aux faits exposés par le requérant dans ses écritures, sous réserve que leur inexactitude ne ressorte pas des pièces du dossier.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. ". Aux termes de l'article R. 5221-1 du code du travail : " I.- Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail lorsqu'elles sont employées conformément aux dispositions du présent code : 1° Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ; (). II.- La demande d'autorisation de travail est faite par l'employeur. (). La demande peut également être présentée par une personne habilitée à cet effet par un mandat écrit de l'employeur ou de l'entreprise. () ". L'article R. 5221-15 du même code dispose pour sa part : " La demande d'autorisation de travail mentionnée au I de l'article R. 5221-1 est adressée au moyen d'un téléservice au préfet du département dans lequel l'établissement employeur a son siège ou le particulier employeur sa résidence. ". Et en vertu de l'article R. 5221-17 du même code : " La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée au I de l'article R. 5221-1 est prise par le préfet. Elle est notifiée à l'employeur ou au mandataire qui a présenté la demande, ainsi qu'à l'étranger. ".
5. Il résulte de ces dispositions que la demande d'autorisation de travail présentée pour un étranger qui est déjà présent sur le territoire national doit être adressée au préfet, autorité investie du pouvoir décisionnel, par l'employeur et que, dans l'hypothèse où les services de la préfecture ou les services chargés de l'emploi ont été saisis d'une telle demande, le préfet ne peut refuser l'admission au séjour de l'intéressé au motif que ce dernier ne produit pas d'autorisation de travail ou de contrat de travail visé par l'autorité compétente. En pareille hypothèse, il appartient en effet au préfet de faire instruire la demande d'autorisation de travail par ses services avant de statuer sur la demande d'admission au séjour.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. B a conclu le 29 avril 2021 avec la société SAS Intertransports dont le siège est situé à Châteauroux, un contrat de travail à durée indéterminée avec effet au 3 mai 2021, en qualité de conducteur routier pour des transports régionaux et nationaux. Le 9 août 2021, son employeur par l'intermédiaire de Me Tsaranazy, mandaté à cet effet comme le prévoit les dispositions de l'article R. 5221-1 du code du travail précitées, a déposé une demande d'autorisation de travail dont une confirmation de dépôt sera délivrée le même jour. L'imprimé indique que cette demande sera examinée par le service interrégional compétent et que son auteur sera informé de la suite donnée à sa démarche par courrier électronique. Une demande de pièces complémentaires à fournir sous quatorze jours a été adressée au conseil du requérant le 11 août 2021, à laquelle il sera répondu le 19 août 2021. Dans le même temps et avant l'échéance de son titre de séjour " vie privée et familiale " le 25 août 2021, M. B a déposé le 23 août 2021 sur la plateforme " démarches simplifiées " sa demande de changement de statut sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a été accusé réception le même jour. En vertu des dispositions précitées des articles R. 5221-15 et R. 5221-17 du code du travail, le traitement de sa demande d'autorisation de travail relève de la compétence du préfet du département dans lequel l'établissement employeur a son siège, soit, dans la mesure où le siège de la société SAS Intertransports est situé à Châteauroux, du préfet de l'Indre. Or il ne ressort pas des pièces du dossier que cette autorité aurait notifié à Me Tsaranazy, mandataire de la SAS Intertransports, comme le prévoient les dispositions précitées de l'article R. 5221-17 du code du travail, la décision relative à la demande d'autorisation de travail qu'il a déposée, pas plus au demeurant qu'à M. B, qui aurait également dû être destinataire de cette décision. Dans ces conditions, le préfet de l'Indre, en ne répondant pas à la demande d'autorisation de travail, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait été incomplète et alors que la profession de conducteur routier au titre de laquelle ladite demande a été déposée est reconnue comme métier en tension dans la région Centre-Val de Loire, a entaché sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de M. B.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision de refus de délivrance d'une autorisation de travail révélée par le courriel du 17 janvier 2022 doit être annulée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant d'un délai d'exécution ".
9. Eu égard aux motifs du présent jugement, son exécution implique seulement le réexamen de la situation de M. B. Il y a lieu, en conséquence, d'enjoindre au préfet de l'Indre de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er: La décision révélée par le message du 17 janvier 2022 est annulée.
Article 2:Il est enjoint au préfet de l'Indre de procéder au réexamen de la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3:L'Etat versera la somme de 1 200 (mille deux cents) euros à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4:Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur. Une copie en sera adressée pour information au préfet de l'Indre et à la société SAS Intertransports.
Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024 où siégeaient :
- M. Revel, président,
- M. Christophe, premier conseiller,
- Mme Chambellant, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.
Le rapporteur,
F. CHRISTOPHE
Le président,
F-J. REVEL
La greffière,
M. DUCOURTIOUX
La République mande et ordonne
au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour la Greffière en Chef,
La Greffière,
M. DUCOURTIOUX
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026