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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2200142

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200142

mercredi 19 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2200142
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique 1
Avocat requérantDE CAUMONT ERIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er février et 24 octobre 2022, M. B C demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision " 48 SI " du 6 décembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire pour solde de points nul ainsi que les décisions portant retrait de points à laquelle elle se réfère, à la suite des infractions commises le 21 mars 2015 (6 points), le 29 décembre 2016 (1 point) , le 18 avril 2017 à 11h03 (2 points) et à 12h01 (1 point), le 28 août 2017 (1 point), le 8 juillet 2017 (1 point), le 20 septembre 2019 (1 point), le 8 janvier 2021 (1 point) et le 13 juillet 2021 (1 point).

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son permis de conduire doté de son capital de points, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'ensemble des informations préalables obligatoires prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ne lui ont pas été délivrées lors de la constatation des infractions litigieuses, le ministre de l'intérieur doit démontrer avoir satisfait à cette obligation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le moyen de la requête n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de procédure pénale,

- le code de la route,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Par décision " 48 SI " du 6 décembre 2021, le ministre de l'intérieur, prenant acte des retraits de points opérés sur le permis de conduire de M. C, a prononcé l'invalidation de son permis pour solde de points nul. Par la présente requête, M. C demande au tribunal l'annulation des différents retraits de points opérés sur son permis de conduire et de la décision " 48 SI " dont il a subséquemment fait l'objet.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral que le point retiré du permis de conduire de M. C à la suite des infractions constatées les 29 décembre 2016, 8 juillet 2017 et 20 septembre 2019 ont été restitués les 26 octobre 2017, 14 mai 2018 et 2 juin 2020, soit antérieurement à la date d'introduction de la requête. Par suite, les conclusions dirigées contre les décisions de retrait de points afférentes aux infractions des 29 décembre 2016, 8 juillet 2017 et 20 septembre 2019 doivent être rejetées comme irrecevables. Par voie de conséquence, les conclusions accessoires à fin d'injonction de restitution de ces points doivent donc également être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur le moyen tiré du défaut de délivrance de l'information préalable :

3. Il résulte des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'accomplissement de la formalité substantielle prescrite par ces dispositions, qui constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal, conditionne la régularité de la procédure suivie et, partant, la légalité du retrait de points. L'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document lui permettant de constater la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, de la remise d'un tel document.

S'agissant de l'infraction commise le 21 mars 2015 (6 points) :

4. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.

5. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral du 19 octobre 2022 que l'infraction commise le 21 mars 2015 a été verbalisée par le moyen de procès-verbal électronique et que M. C s'est acquitté du paiement de l'amende forfaitaire correspondant à cette infraction. M. C a dès lors nécessairement reçu à l'adresse de son domicile un avis de contravention rédigé selon un modèle type comportant toutes les informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, en particulier le retrait de points à intervenir et les conséquences du paiement de l'amende. Le moyen tiré de ce qu'il n'aurait pas reçu l'ensemble de l'information prescrite par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route s'agissant de l'infraction commise le 21 mars 2015, doit, par suite, être écarté.

S'agissant des infractions commises les 18 avril 2017 à 12h01 (1 point) et 8 janvier 2021 (1 point) :

6. En application du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale, en l'absence de paiement ou de requête en exonération dans le délai de quarante-cinq jours suivant, selon les cas, la date de constatation de l'infraction ou la date d'envoi de l'avis de contravention, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public. Le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration contient des indications mettant le contrevenant en mesure de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende il serait procédé au retrait de points et portait à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dans ces conditions, lorsque l'administration établit qu'elle a dûment notifié ce formulaire, elle s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

7. Le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée prévue par le second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale implique nécessairement qu'il a préalablement reçu l'avis d'amende forfaitaire majorée. Tant avant qu'elles ne soient rendues obligatoires par un arrêté du 13 mai 2011 introduisant dans le code de procédure pénale un article A. 37-28 que depuis l'entrée en vigueur de cet arrêté, le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration est revêtu de mentions qui permettent au contrevenant de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende, il sera procédé au retrait de points et qui portent à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ainsi, le paiement de l'amende forfaitaire majorée suffit à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre que cet avis était inexact ou incomplet. Il en va autrement si le contrevenant, qui conteste les éléments du relevé d'information intégral et l'attestation de paiement établie par le comptable public produite en défense par le ministre, apporte la preuve que le paiement de l'amende forfaitaire majorée est intervenu par la voie du recouvrement forcé engagée par le comptable public.

8. Il ressort des pièces du dossier et des mentions du relevé intégral d'information de M. C que les infractions commises les 18 avril 2017 à 12h01 et 8 janvier 2021 par l'intéressé ont été relevées par l'intermédiaire d'un radar automatique et ont donné lieu à l'émission de titres exécutoires d'amendes forfaitaires majorées devenue définitives le 12 septembre 2017 et 5 juillet 2021. Le ministre produit des attestations du trésorier du contrôle automatisé, datées du 1er avril et 6 octobre 2022 certifiant l'encaissement des amendes forfaitaires majorées correspondant à ces deux infractions. M. C n'avance aucun élément de nature à mettre en doute les faits ainsi attestés par ces documents qui présentent un caractère probant. L'intéressé a ainsi nécessairement reçu le formulaire d'avis de contravention pour les infractions commises les 18 avril 2017 à 12h01 et 8 janvier 2021 dont il n'est pas établi qu'il aurait été inexact ou incomplet, qui comporte une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

S'agissant des infractions commises les 28 août 2017 (1 point) et 13 juillet 2021 (1 point) :

9. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises en vertu des dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

10. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des mentions du relevé intégral de M. C que les infractions ont été constatées par l'intermédiaire d'un radar automatique et que l'intéressé a payé les amendes forfaitaires émises à l'issue de ces infractions. Ce paiement permet d'établir que M. C a bien reçu l'avis d'amende forfaitaire dont le formulaire reprend l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Le contrevenant n'établit pas que l'avis reçu n'aurait pas comporté cette information. Le moyen tiré d'un défaut d'information doit, par suite, être écarté.

S'agissant de l'infraction commise le 18 avril 2017 à 11h03 (2 points) :

11. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. C que l'infraction relevée le 18 avril 2017 à 11h03 a fait l'objet de l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée, lequel établit la réalité des infractions en application des dispositions de l'article L. 223-1 du code la route. Toutefois, ces mentions ne permettent pas, à elles seules et en l'absence, notamment, de production d'une attestation de paiement ou d'un bordereau de situation émanant du comptable public, d'établir que l'intéressé se serait acquitté de l'amende forfaitaire correspondante. Le ministre n'établit pas davantage que, comme il l'allègue, l'avis de contravention correspondant à cette infraction aurait été effectivement reçu par M. C. Par suite, le ministre n'apporte pas la preuve que le requérant a reçu, à l'occasion de cette infraction, les informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Cette infraction, correspondant à un excès de vitesse d'au moins 20 km/h et inférieur à 30 km/h, n'est pas de même nature que l'infraction commise le 29 décembre 2016. Le ministre n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que M. C aurait, de fait, bénéficié à l'occasion de cette infraction précédente de l'ensemble des informations légalement exigées. Le requérant est dès lors fondé à soutenir que la décision par laquelle le ministre a retiré deux points du capital de son permis de conduire, à la suite de l'infraction constatée le 18 avril 2017 à 11h03 est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière, et à en demander, pour ce motif, l'annulation, tout comme, par voie de conséquence, celle de la décision référencée " 48 SI " du 6 décembre 2021.

12. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que l'administration restitue à M. C les deux points retirés à la suite de l'infraction constatée le 18 avril 2017 à 11h03. Il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à cette restitution, de déterminer en conséquence le nombre de points attaché au permis de conduire de M. C, compte tenu d'éventuelles infractions ultérieures, et de restituer le permis si le solde est positif dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. C au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: La décision par laquelle le ministre de l'intérieur a retiré deux points du permis de conduire de M. C à la suite de l'infraction relevée le 18 avril 2017 à 11h03 et la décision référencée " 48 SI " du 6 décembre 2021 sont annulées.

Article 2:Il est enjoint au ministre de l'intérieur de procéder à la reconstitution de deux points sur le permis de conduire de M. C, de déterminer en conséquence le nombre de points attachés au permis de conduire, compte tenu d'éventuelles infractions ultérieures et de le restituer à l'intéressé si le solde est positif, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article3 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2023.

Le président,

D. A

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour Le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

mf

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