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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2200148

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200148

jeudi 4 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2200148
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantMARCHE CAETANO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 2 février et 8 juin 2022, l'EURL A, agissant par son gérant M. B A et représentée par Me Marche, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 janvier 2022 par laquelle la directrice générale adjointe de l'agence régionale de santé (ARS) Nouvelle-Aquitaine a prononcé le retrait définitif à compter du 15 mars 2022 de son agrément pour effectuer des transports sanitaires terrestres ;

2°) de mettre à la charge de l'ARS Nouvelle-Aquitaine une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) de condamner l'ARS Nouvelle-Aquitaine aux entiers dépens.

Elle soutient que :

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article R. 6312-19 du code de la santé publique, dès lors qu'elle n'avait plus les moyens d'assurer ses obligations de garde départementale et que la possibilité de créer un groupement d'intérêt économique reste une faculté et non une obligation ;

- les manquements qui lui sont reprochés ne sont pas justifiés ;

- cette décision est " infondée, injustifiée et disproportionnée ".

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mai 2022, l'ARS Nouvelle-Aquitaine conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Après une première audience tenue le 9 juin 2022, le dossier a été radié du rôle et a été renvoyé à une audience ultérieure.

A la suite d'une mesure d'instruction diligentée le 9 juin 2022, un mémoire en défense a été enregistré le 16 juin 2022 et a été communiqué.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,

- les observations de Me Marche, représentant l'EURL A,

- et les observations de Mme D, représentant l'ARS Nouvelle-Aquitaine.

Considérant ce qui suit :

1. L'EURL A, dirigée par son gérant M. B A, exerce son activité sur le secteur 2 de la garde ambulancière, en Corrèze. Elle dispose, dans le cadre de son agrément de transport sanitaire n° 110 datant de mars 2005, d'un parc de véhicules autorisés composé d'une ambulance de catégorie Al type B, de deux ambulances de catégorie Cl type A et de quatre VSL. Par une décision du 11 janvier 2022, le directeur général de l'ARS Nouvelle-Aquitaine a prononcé le retrait définitif de l'agrément de transport sanitaire de cette entreprise avec prise d'effet au 15 mars 2022. L'EURL A demande au tribunal d'annuler cette décision.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 6312-2 du code de la santé publique : " Toute personne effectuant un transport sanitaire doit avoir été préalablement agréée par le directeur général de l'agence régionale de santé. () ", l'article L. 6312-5 de ce code prévoyant que sont déterminées par décret en Conseil d'Etat " les conditions " de cet agrément ainsi que " les modalités " de sa délivrance et de son retrait par l'agence régionale de santé. Le paragraphe " conditions de délivrance de l'agrément " de la partie réglementaire de ce code regroupe les articles R. 6312-6 à R. 6312-10, l'article R. 6312-6 disposant notamment que : " L'agrément est délivré aux personnes physiques ou morales qui disposent : / 1° Des personnels nécessaires pour garantir la présence à bord de tout véhicule en service d'un équipage conforme aux normes définies à l'article R. 6312-10 ; / 2° De véhicules, appartenant aux catégories A, B, C ou D mentionnées à l'article R. 6312-8, véhicules dont elles ont un usage exclusif ". En vertu de l'article R. 6312-11 du même code, l'agrément est délivré dans tous les cas au titre de l'aide médicale urgente et peut être délivré au surplus au titre des transports effectués sur prescription médicale. L'article R. 6312-13 prévoit que l'agrément ne peut être délivré à ces deux titres à la fois qu'aux personnes ou établissements qui, outre qu'elles satisfont à des conditions relatives à la qualification de leur personnel et à leurs installations matérielles, disposent " d'au moins deux véhicules des catégories A, C ou D mentionnées à l'article R. 6312-8, dont au moins un véhicule des catégories A ou C ". Selon l'article R. 6312-8 de ce code : " Les véhicules spécialement adaptés au transport sanitaire ressortissent aux catégories suivantes : / 1° Véhicules spécialement aménagés : / a) Catégorie A : ambulance de secours et de soins d'urgence "ASSU" ; / b) Catégorie B : voiture de secours aux asphyxiés et blessés "VSAB" ; / c) Catégorie C : ambulance ; / 2° Autres véhicules affectés au transport sanitaire terrestre : / - catégorie D : véhicule sanitaire léger () ". Enfin, aux termes de l'article R. 6312-19 du même code : " Les entreprises de transports sanitaires agréées pour l'accomplissement des transports mentionnés aux 1° et 2° de l'article R. 6312-11 sont tenues de participer à la garde départementale en fonction de leurs moyens matériels et humains. Par dérogation aux dispositions du 2 de l'article R 6312-6, elles peuvent, pour assurer leur obligation de garde, créer un groupement d'intérêt économique afin de mettre en commun leurs moyens () ".

3. Pour prendre sa décision de retirer définitivement l'agrément détenu par l'EURL A, l'autorité administrative s'est fondée, d'une part, sur le motif que cette entreprise ne participe pas à la garde départementale, d'autre part, sur celui qu'elle ne dispose pas des moyens matériels pour effectuer la garde et ne prend aucune mesure permettant de répondre à ce manque, enfin sur la commission de nombreux manquements professionnels lors de ses gardes départementales.

4. D'une part, il résulte notamment des articles L. 6312-2, L. 6312-5, R. 6312-6, R. 6312-11, R. 6312-13 et R. 6312-8 du code de la santé publique que tant la délivrance que le maintien de l'agrément de transport sanitaire sont subordonnés aux conditions déterminées par voie réglementaire, lesquelles imposent de disposer de moyens en personnel et en matériel qu'elles définissent, permettant d'assurer les obligations, notamment de participation au service de garde, auxquelles sont soumis les titulaires d'un tel agrément. Lorsque, par suite de circonstances postérieures à la délivrance de l'agrément, lequel a le caractère d'une décision individuelle créatrice de droits, son titulaire cesse d'en remplir les conditions, il incombe au directeur général de l'ARS de l'abroger par une décision qui, en application des articles L. 211-2 et L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, doit être motivée et prise après que le titulaire de l'agrément a été mis à même de présenter ses observations. Le directeur général de l'ARS est dans l'obligation de mettre fin à l'agrément dès lors que son titulaire ne dispose plus du nombre de véhicules auquel cet agrément est subordonné.

5. D'autre part, la société requérante ne conteste pas dans ses écritures que l'article 10 du cahier des charges départemental fixant les conditions d'organisation de la garde sur le territoire de la Corrèze en application de l'article R. 6312-22 du code de la santé publique dans sa version du 28 novembre 2008, dont il n'est contesté au demeurant ni de la légalité, ni de l'applicabilité à la date à laquelle a été prise la décision en litige, imposait le recours à une ambulance de catégorie A pour participer à la garde départementale.

6. Enfin, il résulte des dispositions combinées de l'article R. 612-8 du code de la santé publique et de l'article 9 de l'arrêté du 12 décembre 2017 fixant les caractéristiques et les installations matérielles exigées pour les véhicules affectés aux transports sanitaires terrestres qu'à compter du 1er janvier 2021 tous les véhicules de transports sanitaires terrestres doivent répondre à la norme NF 1789 et qu'une attestation de conformité à cette norme doit être fournie par l'entreprise à l'autorité sanitaire. Cette échéance au 1er janvier 2021 a été reportée au 1er juillet 2021 par un arrêté du 30 décembre 2020.

7. Il ressort des pièces du dossier que le parc de véhicules de l'EURL A était composé d'une ambulance de catégorie A/type B, de deux ambulances de catégorie C/type A et de 4 VSL. Malgré les courriers d'information qui lui ont été adressés, notamment le 1er décembre 2020, le 18 décembre 2020 et le 21 juin 2021, il est constant que l'EURL A, qui n'a passé commande d'un nouveau véhicule de catégorie A/type B en remplacement de celui qui ne répondait plus aux normes en vigueur que le 24 juin 2021 avec une livraison attendue en mars 2022, n'a pas été en mesure de présenter un certificat de conformité pour sa seule ambulance de catégorie A/type B au 1er juillet 2021. Par un courrier du 1er juillet 2021, l'ARS Nouvelle-Aquitaine a refusé à cette entreprise de lui accorder une dérogation jusqu'en mars 2022. Puis, par un courrier du 21 juillet 2021, l'ARS a proposé à l'EURL A de mettre en commun le véhicule de type B de l'EURL Les Croisilles détenue également par M. A ou de solliciter une autorisation de transfert de catégorie C en catégorie A pour l'un de ses véhicules, sans qu'aucune réponse positive ne soit apportée à ces propositions. Au vu de ces éléments, l'EURL A ne disposait plus au 11 janvier 2022 des moyens matériels requis pour assurer la garde départementale.

8. Pour ce seul motif, et dès lors que l'EURL A ne pouvait plus légalement assurer la mission de garde départementale prévue à l'article R. 6312-19 du code de la santé publique, l'autorité sanitaire était dans l'obligation d'abroger l'agrément détenu par cette entreprise. Par suite, et sans qu'il soit utile de se prononcer sur la légalité des autres motifs relevés par l'ARS Nouvelle-Aquitaine tenant, d'une part, à la non-participation de l'EURL A à la garde départementale au cours de la période d'octobre à décembre 2021, d'autre part, à différents manquements reprochés à cette entreprise au regard des dispositions de l'article L. 6312-5 du code de la santé publique, cette autorité était fondée, par sa décision du 11 janvier 2022, à abroger l'agrément transports sanitaires de l'EURL A à compter du 15 mars 2022.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de l'EURL A doit être rejetée, y compris les conclusions accessoires présentées.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de l'EURL A est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifiée à l'EURL A et à l'agence régionale de santé Nouvelle-Aquitaine.

Délibéré après l'audience du 6 juillet 2022 où siégeaient :

- M. Gensac, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Boschet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 août 2022.

Le rapporteur,

F. C

Le président,

P. GENSAC

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Le Greffier en Chef

S. CHATANDEAU

aj

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