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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2200159

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200159

mardi 19 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2200159
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantAARPI THEMIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 février 2022, M. D B, représenté par l'Aarpi Thémis, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 janvier 2022 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a confirmé la sanction disciplinaire qui lui a été infligée le 15 décembre 2021 par la commission de discipline de la maison centrale de Saint-Maur ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'autorité ayant décidé des poursuites n'était pas compétente pour le faire, en méconnaissance de l'article R. 57-7-15 du code de procédure pénale ;

- il n'est pas établi que l'autorité ayant signé le rapport d'enquête appartienne au personnel de commandement de l'administration pénitentiaire ;

- la composition de la commission de discipline est irrégulière en l'absence d'un second assesseur ; la compétence du président de la commission de discipline n'est pas établie ; il n'est pas établi que le premier assesseur ne soit pas le rédacteur du compte rendu d'incident ;

- la décision méconnait les droits de la défense, dès lors qu'il n'est pas établi que la décision de renvoi devant la commission de discipline rappelle les faits reprochés à l'exposant et leur qualification retenue par l'autorité de poursuite ; qu'il n'est pas établi qu'il ait pu consulter son dossier plus de trois heures avant l'audience disciplinaire du 15 décembre 2021 ; qu'il n'a pas pu conserver une copie du dossier après l'audience disciplinaire ;

- il n'a pas pu, malgré sa demande, bénéficier de l'assistance d'un avocat lors de l'audience disciplinaire du 15 décembre 2021 ;

- la décision est entachée d'une inexactitude matérielle des faits ;

- la décision est entachée d'erreur de qualification juridique ;

- la sanction contestée est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2024, le garde des Sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 février 2022.

La clôture de l'instruction a été fixée au 30 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique à laquelle aucune partie n'était présente ni représentée :

- le rapport de M. Gazeyeff ;

- les conclusions de Mme Siquier, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, écroué depuis le 20 janvier 2012, a été incarcéré à la maison centrale de Saint-Maur pour une première période du 7 octobre 2020 au 30 septembre 2021, puis une seconde période du 10 novembre 2021 au 13 janvier 2022. Le 13 décembre 2021, il a fait l'objet de deux comptes-rendus d'incident, le premier faisant état de dégradations commises par M. B et du caractère insalubre de sa cellule au sein du quartier d'isolement et le second mentionnant son refus de sortir de cette dernière, lors de la fouille. Le président de la commission de discipline, réunie le 15 décembre 2021, a par une décision du même jour prononcé à l'encontre de l'intéressé une sanction de douze jours de cellule disciplinaire dont deux jours de prévention. Par un courrier du 21 décembre 2021, M. B, par l'intermédiaire de son conseil, a formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette sanction. Par une décision du 27 janvier 2022, le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a expressément rejeté son recours. M. B doit être regardé comme demandant l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " La personne détenue qui entend contester la sanction prononcée à son encontre par la commission de discipline doit, dans le délai de quinze jours à compter du jour de la notification de la décision, la déférer au directeur interrégional des services pénitentiaires préalablement à tout recours contentieux. () ". L'institution, par ces dispositions, d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale et elle est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité. En outre, si l'exercice d'un tel recours a pour but de permettre à l'autorité administrative, dans la limite de ses compétences, de remédier aux illégalités dont pourrait être entachée la décision initiale, sans attendre l'intervention du juge, la décision prise sur le recours n'en demeure pas moins soumise elle-même au principe de légalité et si le requérant ne peut invoquer utilement des moyens tirés des vices propres à la décision initiale, lesquels ont nécessairement disparu avec elle, il est recevable à exciper de l'irrégularité de la procédure suivie devant la commission de discipline.

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-15 du code de procédure pénale alors en vigueur : " Le chef d'établissement ou son délégataire apprécie, au vu des rapports et après s'être fait communiquer, le cas échéant, tout élément d'information complémentaire, l'opportunité de poursuivre la procédure () ".

4. En vertu de l'article 7 d'une décision du 10 janvier 2021 de la cheffe d'établissement de la maison centrale de Saint-Maur, et du tableau annexé, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Indre n° 36-2021-126 du 12 octobre 2021, M. Christophe C était, en sa qualité de commandant, compétent pour décider, le 23 décembre 2021, de l'engagement des poursuites disciplinaires contre M. B en application de l'article R. 57-7-15 du code de procédure pénale. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision d'engagement des poursuites manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-14 du code de procédure pénale : " A la suite de ce compte rendu d'incident, un rapport est établi par un membre du personnel de commandement du personnel de surveillance, un major pénitentiaire ou un premier surveillant et adressé au chef d'établissement. Ce rapport comporte tout élément d'information utile sur les circonstances des faits reprochés à la personne détenue et sur la personnalité de celle-ci. L'auteur de ce rapport ne peut siéger en commission de discipline () ". Aux termes de l'article 20 dans sa rédaction alors en vigueur du décret du 14 avril 2006 portant statut particulier des corps du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire : " Il est créé un corps de commandement du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire régi par les dispositions de l'ordonnance du 6 août 1958 et du décret du 21 novembre 1966 susvisés ainsi que par les dispositions du présent titre ". Aux termes de l'article 21 de ce même décret : " Le corps de commandement comprend deux grades : 1° Un grade de lieutenant et capitaine pénitentiaires, qui comporte un échelon d'élève et onze échelons ; () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le rapport d'enquête établi le 14 décembre 2021 émane d'un rédacteur ayant la qualité de capitaine, par ailleurs adjoint au chef de bâtiment, par suite, le moyen tiré de ce que la procédure serait irrégulière en raison de l'incompétence de l'autorité ayant procédé à l'enquête doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-6 du code de procédure pénale alors en vigueur : " La commission de discipline comprend, outre le chef d'établissement ou son délégataire, président, deux membres assesseurs ".

7. D'une part, en vertu de l'article 5 d'une décision du 10 janvier 2021 de la cheffe d'établissement de la maison centrale de Saint-Maur, et du tableau annexé, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Indre du 12 octobre 2021, Mme A disposait, en sa qualité de cheffe de détention, de la compétence pour présider la commission de discipline. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, en particulier du registre de la commission de discipline du 15 décembre 2021, que Mme A était assistée de deux assesseures, lesquelles n'étaient pas l'auteur des comptes-rendus d'incidents. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité la composition de la commission de discipline, dans toutes ses branches, ainsi que le moyen tiré de l'incompétence de la présidente de la commission de discipline doivent être écartés.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 57-6-9 du code de procédure pénale, dans sa version applicable au litige : " Pour l'application des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration aux décisions mentionnées à l'article précédent, la personne détenue dispose d'un délai pour préparer ses observations qui ne peut être inférieur à trois heures à partir du moment où elle est mise en mesure de consulter les éléments de la procédure, en présence de son avocat ou du mandataire agréé, si elle en fait la demande ". Selon l'article R. 57-7-16 de ce code : " I. - En cas d'engagement des poursuites disciplinaires, les faits reprochés ainsi que leur qualification juridique sont portés à la connaissance de la personne détenue. / La personne détenue est informée de la date et de l'heure de sa comparution devant la commission de discipline ainsi que du délai dont elle dispose pour préparer sa défense. Ce délai ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. () III. - La personne détenue, ou son avocat, peut consulter l'ensemble des pièces de la procédure disciplinaire, sous réserve que cette consultation ne porte pas atteinte à la sécurité publique ou à celle des personnes ". Aux termes de l'article R. 57-7-17 du même code : " La personne détenue est convoquée par écrit devant la commission de discipline () ".

9. Il ressort des pièces du dossier, notamment des termes de la décision du 13 décembre 2021 d'engagement des poursuites, que celle-ci comportait un exposé suffisamment précis des faits intervenus le même jour ainsi qu'une description des deux qualifications que ces faits pouvaient éventuellement recevoir au regard des règles que la commission de discipline était chargée d'appliquer.

10. M. B soutient qu'il n'a pu conserver une copie de son dossier disciplinaire, ce qui aurait porté atteinte aux droits de la défense. Toutefois, si la consultation de son dossier par l'intéressé avant sa comparution devant la commission de discipline constitue une garantie destinée à lui permettre de préparer sa défense, aucune disposition législative ou réglementaire ni aucun principe général n'impose à l'administration de permettre au détenu de conserver une copie de son dossier disciplinaire.

11. Il ressort également des pièces du dossier, en particulier du document intitulé " état des pièces du dossier ", que le requérant a pu consulter le dossier de la procédure disciplinaire le 14 décembre 2021 à 9h, soit dans le respect du délai prévu par les dispositions précitées.

12. Si les dispositions de l'article R. 57-7-16 du code de procédure pénale impliquent que l'intéressé ait été informé en temps utile de la possibilité de se faire assister d'un avocat, possibilité dont il appartient à l'administration pénitentiaire d'assurer la mise en œuvre lorsqu'un détenu en fait la demande, la circonstance que l'avocat dont l'intéressé a ainsi obtenu l'assistance ne soit pas présent lors de la réunion de la commission de discipline, dès lors que cette absence n'est pas imputable à l'administration, est sans incidence sur la régularité de la procédure. Or, il ressort des pièces du dossier que lors de la notification de sa convocation à la commission disciplinaire, M. B a coché, s'agissant de son assistance par un avocat lors de cette procédure, les cases " un avocat désigné par mes soins ", avec une mention manuscrite précisant " Me Ciaudo, Durançon, Gaucher " et " en cas d'indisponibilité par un avocat désigné par le bâtonnier ". Pour démontrer qu'elle a bien satisfait à ses obligations de transmettre la demande de M. B, l'administration produit en défense un courriel, envoyé le 14 décembre 2021 à 8 heures 54, adressé aux avocats désignés par M. B et à l'ordre des avocats du barreau de Châteauroux. Elle produit également les réponses de Me Ciaudo, Me Gauché et Me Durançon qui indiquent qu'ils ne pourront être présent à la séance de la commission de discipline. Dans ces conditions, l'administration justifie avoir satisfait à ses obligations d'assurer la mise en œuvre de la procédure d'assistance d'un avocat pour la commission de discipline du 15 décembre 2021 au profit de M. B qui en avait fait la demande. Par suite, pour ces motifs et ceux exposés aux trois points précédents, le moyen tiré de la violation des droits de la défense doit être écarté en toutes ses branches.

13. En cinquième lieu, il ressort des comptes-rendus d'incident, établis le 13 décembre 2021, et du rapport d'enquête, rédigé le 14 décembre à 8h10, lesquels font foi jusqu'à preuve du contraire, que lors de l'ouverture de la cellule de M. B pour réaliser une fouille, les surveillants pénitentiaires ont pu constater l'état insalubre de la cellule et les dégradations commises par M. B, qu'au moment de cette fouille, l'intéressé a, à plusieurs reprises, refusé de sortir de sa cellule malgré les injonctions du personnel pénitentiaire. Si le requérant soutient que les faits reprochés, qu'il conteste formellement, ne sont établis par aucun élément du dossier, les photographies qu'il produit, qui au demeurant attestent de l'insalubrité de sa cellule, ne permettent pas de démontrer l'absence des dégradations constatées par les agents pénitentiaires. Par ailleurs, en se bornant à faire état de ce qu'il n'a jamais refusé de sortir de sa cellule et qu'il aurait seulement demandé un délai supplémentaire, le requérant ne contredit pas sérieusement les constatations ressortant des comptes-rendus et rapport d'enquête précités. Il n'est, par suite, pas fondé à soutenir que la sanction litigieuse reposerait sur des faits inexacts.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-2 du code de procédure pénale dans sa rédaction alors applicable : " Constitue une faute disciplinaire du deuxième degré le fait, pour une personne détenue : 1° De refuser de se soumettre à une mesure de sécurité définie par une disposition législative ou réglementaire, par le règlement intérieur de l'établissement pénitentiaire ou par toute autre instruction de service ou refuser d'obtempérer immédiatement aux injonctions du personnel de l'établissement ; () 9° De causer délibérément un dommage aux locaux ou au matériel affecté à l'établissement, hors le cas prévu au 9° de l'article R. 57-7-1 ; () ". Aux termes de l'article R. 57-7-33 de ce code dans sa rédaction alors applicable : " Lorsque la personne détenue est majeure, peuvent être prononcées les sanctions disciplinaires suivantes : / () 8° La mise en cellule disciplinaire ". En vertu de l'article R. 57-7-47 du même code dans sa rédaction alors applicable : " Pour les personnes majeures, la durée de la mise en cellule disciplinaire ne peut excéder vingt jours pour une faute disciplinaire du premier degré, quatorze jours pour une faute disciplinaire du deuxième degré et sept jours pour une faute disciplinaire du troisième degré. (). ".

15. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un détenu ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

16. Si M. B soutient que la décision attaquée est entachée d'erreur de qualification juridique, dès lors qu'il a seulement demandé un délai supplémentaire avant de sortir de sa cellule, fait qui n'est pas susceptible d'être qualifié de refus d'obtempérer à une injonction d'un membre du personnel, il ressort toutefois du rapport transmis à la directrice de l'établissement concernant la mise en prévention de M. B que ce dernier a, à plusieurs reprises, refusé de sortir de sa cellule et que l'usage de la force a été nécessaire, compte tenu de l'inertie physique du requérant, pour le faire sortir de sa cellule et le conduire au quartier disciplinaire. Dans ces conditions, en estimant que l'intéressé avait commis une faute du deuxième degré, en refusant d'obtempérer à une injonction du personnel de l'établissement, le directeur interrégional des services pénitentiaires a exactement qualifié les faits reprochés au requérant. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse est entachée d'une erreur dans la qualification juridique des faits. Par ailleurs, eu égard à la nature des faits reprochés et au comportement général de l'intéressé caractérisé par une multiplication des procédures disciplinaires, la sanction de douze jours de cellule disciplinaire n'apparait pas disproportionnée.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 27 janvier 2022 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a rejeté le recours administratif préalable obligatoire qu'il a formé à l'encontre de la sanction disciplinaire qui lui avait été infligée le 15 décembre 2021 par la commission de discipline de la maison centrale de Saint-Maur. Par suite, la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. B est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. D B, à l'Aarpi Thémis et au garde des Sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024 où siégeaient :

- M. Revel, président,

- M. Christophe, premier conseiller,

- M. Gazeyeff, conseiller

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024.

Le rapporteur,

D. GAZEYEFF

Le président,

F-J. REVEL

La greffière,

M. E

La République mande et ordonne

au garde des Sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

La Greffière,

M. Ejb

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