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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2200160

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200160

mardi 19 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2200160
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantAARPI THEMIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 février 2022, M. F C, représenté par l'Aarpi Thémis, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 décembre 2021 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a rejeté le recours administratif préalable obligatoire qu'il a formé à l'encontre de la sanction qui lui a été infligée le 15 novembre 2021 par la commission de discipline de la maison centrale de Saint-Maur ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors que son placement à titre préventif en cellule d'isolement a duré plus de deux jours, en méconnaissance de l'article R. 57- 7-19 du code de procédure pénale ;

- l'autorité ayant décidé des poursuites n'était pas compétente pour le faire, en méconnaissance de l'article R. 57-7-15 du code de procédure pénale ;

- il n'est pas établi que l'autorité ayant signé le rapport d'enquête appartienne au personnel de commandement de l'administration pénitentiaire ;

- la composition de la commission de discipline est irrégulière en l'absence d'un second assesseur ; la compétence du président de la commission de discipline n'est pas établie ; il n'est pas établi que le premier assesseur ne soit pas le rédacteur du compte rendu d'incident ;

- la décision méconnait les droits de la défense, dès lors qu'il n'est pas établi que la décision de renvoi devant la commission de discipline rappelle les faits reprochés à l'exposant et leur qualification retenue par l'autorité de poursuite ; qu'il n'est pas établi qu'il ait pu consulter son dossier avant l'audience disciplinaire du 15 novembre 2021 ; qu'il n'a pas pu conserver une copie du dossier après l'audience disciplinaire ;

- la décision est entachée d'une inexactitude matérielle des faits, il n'a jamais tenté d'agresser un surveillant pénitentiaire ;

- la sanction contestée est disproportionnée et est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2024, le garde des Sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 février 2022.

La clôture de l'instruction a été fixée au 30 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique à laquelle aucune partie n'était présente ni représentée :

- le rapport de M. Gazeyeff ;

- les conclusions de Mme Siquier, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, écroué depuis le 20 janvier 2012, a été incarcéré à la maison centrale de Saint-Maur pour une première période du 7 octobre 2020 au 30 septembre 2021, puis une seconde période du 10 novembre 2021 au 13 janvier 2022. Entre le 10 et le 12 novembre 2021, il a fait l'objet de trois comptes-rendus d'incidents, le premier faisant état des menaces qu'il aurait proféré à l'encontre du personnel pénitentiaire lorsqu'il était raccompagné au quartier disciplinaire, le deuxième indiquant qu'à l'ouverture de sa cellule, il aurait menacé le personnel pénitentiaire à l'aide d'une arme artisanale et le dernier faisant état de ce qu'il aurait tenté d'agresser le personnel pénitentiaire lors de la fouille visant à récupérer cette arme. Le président de la commission de discipline, réunie le 15 novembre 2021, a par une décision du même jour prononcé à l'encontre de l'intéressé une sanction de vingt jours de cellule disciplinaire dont trois jours de prévention. Par un courrier du 24 novembre 2021, M. C, par l'intermédiaire de son conseil, a formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette sanction. Par une décision du 16 décembre 2021, le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a relaxé M. C des faits de tentative de violences sur un membre du personnel de l'établissement et partiellement réformé la décision du 15 novembre 2021 de la commission de discipline en ramenant la sanction à dix-huit jours de cellule disciplinaire. M. C doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision du 16 décembre 2021.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " La personne détenue qui entend contester la sanction prononcée à son encontre par la commission de discipline doit, dans le délai de quinze jours à compter du jour de la notification de la décision, la déférer au directeur interrégional des services pénitentiaires préalablement à tout recours contentieux. () ". L'institution, par ces dispositions, d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale et elle est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité. En outre, si l'exercice d'un tel recours a pour but de permettre à l'autorité administrative, dans la limite de ses compétences, de remédier aux illégalités dont pourrait être entachée la décision initiale, sans attendre l'intervention du juge, la décision prise sur le recours n'en demeure pas moins soumise elle-même au principe de légalité et si le requérant ne peut invoquer utilement des moyens tirés des vices propres à la décision initiale, lesquels ont nécessairement disparu avec elle, il est recevable à exciper de l'irrégularité de la procédure suivie devant la commission de discipline.

3. En deuxième lieu, la sanction disciplinaire dont M. C a fait l'objet n'est pas prise pour l'application de la décision de placement provisoire de l'intéressé en cellule disciplinaire, laquelle ne constitue pas la base légale de cette sanction. M. C ne peut donc utilement invoquer, à l'encontre de la sanction de dix-huit jours de cellule disciplinaire, l'illégalité de la décision du 12 novembre 2021 par laquelle il a été placé à titre provisoire en cellule disciplinaire.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-15 du code de procédure pénale alors en vigueur : " Le chef d'établissement ou son délégataire apprécie, au vu des rapports et après s'être fait communiquer, le cas échéant, tout élément d'information complémentaire, l'opportunité de poursuivre la procédure () ".

5. En vertu de l'article 6 d'une décision du 10 janvier 2021 de la cheffe d'établissement de la maison centrale de Saint-Maur, et du tableau annexé, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Indre n° 36-2021-126 du 12 octobre 2021, M. G A était, en sa qualité de commandant, compétent pour décider, le 12 novembre 2021, de l'engagement des poursuites disciplinaires contre M. C en application de l'article R. 57-7-15 du code de procédure pénale. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision d'engagement des poursuites manque en fait et doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-14 du code de procédure pénale alors en vigueur : " A la suite de ce compte rendu d'incident, un rapport est établi par un membre du personnel de commandement du personnel de surveillance, un major pénitentiaire ou un premier surveillant et adressé au chef d'établissement. Ce rapport comporte tout élément d'information utile sur les circonstances des faits reprochés à la personne détenue et sur la personnalité de celle-ci. L'auteur de ce rapport ne peut siéger en commission de discipline ".

7. Il ressort des pièces du dossier que le rapport d'enquête établi le 12 novembre 2021 émane d'un rédacteur ayant la qualité de premier surveillant, par suite, le moyen tiré de ce que la procédure serait irrégulière en raison de l'incompétence de l'autorité ayant procédé à l'enquête doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-6 du code de procédure pénale alors en vigueur : " La commission de discipline comprend, outre le chef d'établissement ou son délégataire, président, deux membres assesseurs ".

9. D'une part, en vertu de l'article 2 d'une décision du 10 janvier 2021 de la cheffe d'établissement de la maison centrale de Saint-Maur, et du tableau annexé, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Indre du 12 octobre 2021, M. B D, en sa qualité de directeur adjoint, disposait, d'une délégation de signature pour présider la commission de discipline de l'établissement. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, en particulier du registre de la commission de discipline du 15 novembre 2021, que M. D était assisté de deux assesseurs, Mme E, en qualité d'assesseure extérieure à l'administration pénitentiaire, et un autre assesseur dont les initiales sont " JF " qui n'est pas l'auteur des comptes-rendus d'incident dès lors que ceux-ci ont été rédigés par des membres de l'administrations pénitentiaires dont les initiales sont " RS ", " HN " et " OL ". Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité la composition de la commission de discipline, dans toutes ses branches, ainsi que le moyen tiré de l'incompétence de la présidente de la commission de discipline doivent être écartés.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 57-6-9 du code de procédure pénale, dans sa version applicable au litige : " Pour l'application des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration aux décisions mentionnées à l'article précédent, la personne détenue dispose d'un délai pour préparer ses observations qui ne peut être inférieur à trois heures à partir du moment où elle est mise en mesure de consulter les éléments de la procédure, en présence de son avocat ou du mandataire agréé, si elle en fait la demande ". Selon l'article R. 57-7-16 de ce code : " I. - En cas d'engagement des poursuites disciplinaires, les faits reprochés ainsi que leur qualification juridique sont portés à la connaissance de la personne détenue. / La personne détenue est informée de la date et de l'heure de sa comparution devant la commission de discipline ainsi que du délai dont elle dispose pour préparer sa défense. Ce délai ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. () III. - La personne détenue, ou son avocat, peut consulter l'ensemble des pièces de la procédure disciplinaire, sous réserve que cette consultation ne porte pas atteinte à la sécurité publique ou à celle des personnes ". Aux termes de l'article R. 57-7-17 du même code : " La personne détenue est convoquée par écrit devant la commission de discipline () ".

11. Il ressort des pièces du dossier, notamment des termes de la décision du 12 novembre 2021 d'engagement des poursuites, que celle-ci comportait un exposé suffisamment précis des faits intervenus le même jour ainsi qu'une description des deux qualifications que ces faits pouvaient éventuellement recevoir au regard des règles que la commission de discipline était chargée d'appliquer. Il ressort également des pièces du dossier, notamment du document intitulé " état des pièces du dossier " que le requérant a pu consulter le dossier de la procédure disciplinaire le 12 novembre 2021 à 18h40, alors que la réunion de la commission de discipline s'est tenue le 15 novembre 2021 à 14h30. Dès lors M. C n'est pas fondé à soutenir qu'il n'a pas pu consulter son dossier dans délai requis par les dispositions précitées de l'article R. 57-6-16 du code de procédure pénale. Enfin, si M. C soutient qu'il n'a pu conserver une copie de son dossier disciplinaire, ce qui aurait porté atteinte aux droits de la défense, aucune disposition législative ou réglementaire ni aucun principe général n'impose à l'administration de permettre au détenu de conserver une copie de son dossier disciplinaire. Par suite, le moyen tiré de la violation des droits de la défense doit être écarté en toutes ses branches.

12. En cinquième lieu, M. C soutient que la matérialité d'une partie des faits n'est pas établie, et conteste avoir commis une tentative d'agression à l'égard des membres de l'administration pénitentiaire. Il ressort cependant des motifs de la décision du 16 décembre 2021 que le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a relaxé M. C des faits de tentative de violences sur un membre du personnel de l'établissement et partiellement réformé la décision du 15 novembre 2021 de la commission de discipline en ramenant la sanction à dix-huit jours de cellule disciplinaire. Dès lors, le moyen tiré de l'inexactitude matérielle de ces faits est inopérant et ne peut qu'être écarté.

13. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale dans sa rédaction alors applicable : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : () 12° De proférer des insultes, des menaces ou des propos outrageants à l'encontre d'un membre du personnel de l'établissement, d'une personne en mission ou en visite au sein de l'établissement pénitentiaire ou des autorités administratives ou judiciaires ; () ". Aux termes de l'article R. 57-7-33 de ce code dans sa rédaction alors applicable : " Lorsque la personne détenue est majeure, peuvent être prononcées les sanctions disciplinaires suivantes : / () 8° La mise en cellule disciplinaire ". En vertu de l'article R. 57- 7-47 du même code dans sa rédaction alors applicable : " Pour les personnes majeures, la durée de la mise en cellule disciplinaire ne peut excéder vingt jours pour une faute disciplinaire du premier degré, quatorze jours pour une faute disciplinaire du deuxième degré et sept jours pour une faute disciplinaire du troisième degré. (). ".

14. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un détenu ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

15. Il ressort des pièces du dossier, en particulier des comptes rendus d'incidents datés du 10 et du 12 novembre, que M. C a proféré des insultes et des menaces à l'encontre des surveillants pénitentiaires notamment dans les termes suivants : " Vas-y avance je te plante " et " enlevez-moi les menottes tout de suite pour qu'on se batte, parce que je ne veux pas rester ici ". Il ressort également de la synthèse des comparutions en commission de discipline de l'intéressé qu'entre son incarcération à la maison centrale de Saint-Maur en octobre 2020 et le 16 décembre 2021, M. C a été sanctionné à huit reprises par la commission de discipline de l'établissement. Compte tenu de ces éléments et du comportement général de l'intéressé, le placement en cellule disciplinaire pour une durée de dix-huit jours n'était pas, en l'espèce, disproportionné au regard des faits commis et du comportement de l'intéressé. Par suite, le moyen selon lequel le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon aurait pris une sanction disproportionnée ou entaché sa décision d'une erreur d'appréciation doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 16 décembre 2021 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a rejeté le recours administratif préalable obligatoire qu'il a formé à l'encontre de la sanction disciplinaire qui lui avait été infligée le 15 novembre 2021 par la commission de discipline de la maison centrale de Saint-Maur. Par suite, la requête de M. C doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. C est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. F C, à l'Aarpi Thémis et au garde des Sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024 où siégeaient :

- M. Revel, président,

- M. Christophe, premier conseiller,

- M. Gazeyeff, conseiller

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024.

Le rapporteur,

D. GAZEYEFF

Le président,

F-J. REVEL

La greffière,

M. H

La République mande et ordonne

au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

La Greffière,

M. Hjb

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