mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2200175 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | PASCAL AUDREY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 février 2022, M. A B, représenté par Me Pascal, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 novembre 2021 par lequel la préfète de la Corrèze a prononcé son expulsion du territoire français et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Corrèze de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans les deux mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation sur le risque de récidive.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2022, la préfète de la Corrèze conclut au rejet de la requête comme non fondée.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 janvier 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées :
- le rapport de M. Christophe, rapporteur,
- les conclusions de Mme Siquier, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant nigérian né en 1975, est entré en France en 2011, selon ses déclarations. Le 29 décembre 2014, il s'est vu remettre un titre de séjour " vie privée et familiale " en raison de sa relation avec une compatriote avec laquelle il était, à cette date, parents d'un enfant mineur. Ce titre a été renouvelé jusqu'au 26 janvier 2019. Le 14 août 2019, M. B a été condamné à une peine de sept ans d'emprisonnement par la cour d'appel de Rennes pour des faits de proxénétisme aggravé par pluralité de victimes, traite d'être humain commise à l'égard de plusieurs personnes et blanchiment, faits commis du 1er janvier 2016 au 4 janvier 2017. Réunie le 19 novembre 2021, la commission départementale d'expulsion a rendu un avis favorable à l'expulsion de M. B. Par un arrêté du 23 novembre 2021 dont il demande l'annulation, la préfète de la Corrèze a prononcé son expulsion du territoire français et a fixé le pays de renvoi.
Sur la demande à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3. ".
3. L'autorité compétente, pour prononcer une mesure de police administrative sur le fondement de ces dispositions, qui ont pour objet de prévenir les atteintes à l'ordre public qui pourraient résulter du maintien d'un étranger sur le territoire français, doit caractériser l'existence d'une menace grave au vu du comportement de l'intéressé et des risques objectifs que celui-ci fait peser sur l'ordre public. Les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure d'expulsion et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace grave pour l'ordre public. Lorsque l'administration se fonde sur l'existence d'une telle menace pour prononcer l'expulsion d'un étranger, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.
4. Il ressort des pièces du dossier, notamment du casier judiciaire du requérant que par un arrêt de la cour d'appel de Rennes rendu le 14 août 2019, M. B a été reconnu coupable de faits de proxénétisme aggravé par pluralité de victimes, traite d'être humain commise à l'égard de plusieurs personnes, blanchiment : concours à une opération de placement, dissimulation ou conversion du produit d'un délit puni d'une peine n'excédant pas cinq ans. Dans le cadre de la procédure administrative d'expulsion, la commission d'expulsion réunie le 19 novembre 2021 a rendu un avis favorable à son expulsion.
5. Si le requérant fait valoir que l'arrêté contesté " lui fait un procès d'intention " et constitue une double peine en raison d'une erreur d'appréciation sur le risque de récidive, cet élément n'est pas de nature à remettre en cause la matérialité et la gravité des faits ayant donné lieu à la condamnation prononcée en appel à son encontre, d'autant plus qu'il n'est pas contesté que M. B apparaît comme étant l'un des principaux instigateurs d'un vaste réseau de proxénétisme où il est intervenu à tous les niveaux notamment en recrutant de nombreuses compatriotes, en les accueillant, les hébergeant et les incitant à se prostituer à son profit. Au demeurant, M. B ne produit aucune pièce de nature à justifier qu'il présente des gages sérieux de réinsertion sociale et professionnelle actant de sa volonté de sortir de la délinquance et de nature à prévenir un risque de récidive. Dans ces conditions, eu égard à la nature et à la gravité des faits reprochés qui se sont poursuivis sur une période d'un an, ainsi qu'à la fragilité des gages de réinsertion professionnelle et sociale qu'il présente attestant ainsi d'un risque de récidive, relevé par la commission d'expulsion, la préfète de la Corrèze a pu estimer sans commettre d'erreur d'appréciation que la présence en France de M. B constituait une menace grave et actuelle pour l'ordre public.
6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. M. B se prévaut de l'ancienneté de son séjour sur le territoire français depuis 2011, de sa relation depuis plus de dix ans avec une compatriote titulaire d'une carte de résident de dix ans ainsi que de la présence de ses deux enfants mineurs de nationalité nigériane et de la fille de sa conjointe, de nationalité française, issue d'une précédente union, pour soutenir que la décision de la préfète de la Corrèze porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il résiderait régulièrement en France depuis plus de dix ans, sa période de détention accomplie à la suite de peines privatives de liberté ne pouvant être prise en compte dans le calcul de la durée de sa résidence en France. De même, aucun élément ne vient établir la réalité d'une vie de couple depuis plus de dix ans à l'exception d'une attestation récente de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Vienne pour des prestations perçues en octobre 2021 ainsi qu'une facture EDF du même mois et de la même année à son nom et celui de sa conjointe. L'attestation de logement établie le 9 novembre 2021 par le bailleur de sa conjointe précise qu'elle est locataire depuis le 15 janvier 2015, sans faire mention de sa présence sur ce même bail alors même que le requérant soutient qu'ils ont un logement en commun depuis plusieurs années. Depuis son incarcération le 20 janvier 2017, aucun parloir n'a été sollicité par sa conjointe afin que ses enfants puissent continuer d'entretenir une relation avec leur père. Si le requérant justifie avoir pris la décision de ne plus les voir durant son emprisonnement dans le but de les protéger, une telle décision est contradictoire avec l'affirmation selon laquelle cette incarcération ne l'a pas éloigné de sa famille. De même, il ne justifie pas davantage avoir, comme il le prétend, contribué à leur entretien en envoyant l'intégralité des sommes qu'il percevait en prison alors qu'il a non seulement déclaré au moment de son incarcération être sans ressource mais qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait occupé un emploi pendant qu'il effectuait sa peine. Il ne produit aucun élément de nature à démontrer la perspective d'une quelconque réinsertion sociale et professionnelle stable. Par ailleurs, comme cela a été indiqué au point 5 du présent jugement, sa présence en France est constitutive d'une menace grave pour l'ordre public, sans que M. B n'établisse, sur une durée suffisamment longue et probante, que la menace à l'ordre public que représente son comportement aurait cessé. Enfin, l'intéressé, âgé de 46 ans à la date de la décision attaquée, a vécu au Nigéria jusqu'à l'âge de 32 ans et n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans ce pays, où résident sa mère ainsi que ses trois frères et sœurs. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte excédant ce qui était nécessaire à la défense de l'ordre public et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B à l'encontre de l'arrêté du 23 novembre 2021 par lequel la préfète de la Corrèze a prononcé son expulsion doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.
Sur les frais du litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B demande au titre des frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Pascal et au préfet de la Corrèze.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024 où siégeaient :
- M. Revel, président,
- M. Crosnier, premier conseiller,
- M. Christophe, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.
Le rapporteur,
F. CHRISTOPHE
Le président,
F-J. REVEL
La greffière,
M. DUCOURTIOUX
La République mande et ordonne
au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour la Greffière en Chef,
La Greffière,
M. DUCOURTIOUX
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026