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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2200247

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200247

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2200247
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantTIERNEY-HANCOCK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 février 2022, M. C A, représenté par Me Tierney-Hancock, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 décembre 2021 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a notifié la cessation de ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) de le rétablir dans le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du mois de décembre 2021.

Il soutient que la décision attaquée :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile viole l'article 20 de la directive 2013/33/UE en ce qu'il le prive du bénéfice de soins adéquats et d'un niveau de vie digne ;

- n'a pas pris en compte sa vulnérabilité en méconnaissance de l'article D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 avril 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) conclut au rejet de la requête comme non fondée.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du parlement européen et du conseil 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Christophe a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant somalien né en 1996, s'est présenté au guichet unique des demandeurs d'asile de la préfecture de la Haute-Vienne le 25 novembre 2021 pour y solliciter l'asile. Par une décision du 21 décembre 2021 dont il demande l'annulation, la directrice territoriale de l'Ofii lui a notifié la cessation de ses conditions matérielles d'accueil dès lors qu'il avait déjà obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire en Grèce.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par la décision NOR : INTV2111810S du 26 avril 2021 portant délégation de signature, régulièrement publiée sur le site internet de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii), délégation a été donnée à Mme B D, directrice territoriale de l'Ofii à Limoges à l'effet de signer toute décision se rapportant aux missions dévolues à la direction de Limoges. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. L'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 prévoit que : " 1. Les Etats membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur : () ; ou b) ne respecte pas l'obligation de se présenter aux autorités, ne répond pas aux demandes d'information ou ne se rend pas aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile dans un délai raisonnable fixé par le droit national ; ()./ 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les Etats membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs. / (). ".

4. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. (). "

5. M. A soutient qu'il ne pouvait se voir opposer les dispositions de l'article

L. 744-8 recodifié depuis le 1er mai 2021 à l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elles ne sont pas conformes aux stipulations de la directive 2013/33/UE qui précisent que, quand bien même le bénéfice des conditions matérielles d'accueil pourrait être limité ou retiré " les états membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux et garantissent un niveau de vie digne ". Toutefois, par une décision n° 428530 du 31 juillet 2019, le Conseil d'État a jugé que les cas de retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues par les dispositions de l'article L .744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, issues de la loi du 29 juillet 2015 transposant en droit interne la directive précitée, aujourd'hui transposées à l'article L. 551-16 du même code, correspondaient aux hypothèses, fixées à l'article 20 de cette directive, dans lesquelles les États membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui écartent toute automaticité de refus du bénéfice des conditions matérielles d'accueil et imposent un examen particulier de la situation du demandeur d'asile, en particulier de sa vulnérabilité, ne peuvent être regardées comme ayant procédé à une transposition incorrecte de la directive. Par suite, en l'absence d'incompatibilité avec les dispositions précitées de la directive n° 2013/33 UE du 26 juin 2013, les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pouvaient légalement fonder la décision contestée.

6. D'une part, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables () ". Aux termes de l'article L. 522-2 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. ". Enfin, l'article L. 522-3 du code précité dispose : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".

7. D'autre part, aux termes de l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur et précédemment codifié à l'article D. 744-38 jusqu'au 1er mai 2021 : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature. "

8. L'Office français de l'immigration et de l'intégration n'est tenu par l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de procéder, dans les conditions prévues à l'article L. 522-2 du même code, à un entretien personnel d'évaluation de vulnérabilité avec le demandeur d'asile qu'à l'occasion de l'enregistrement de la première demande d'asile de celui-ci. Il ressort des pièces du dossier que cet entretien a bien été réalisé le 25 novembre 2021 lors de la présentation de M. A au guichet unique des demandeurs d'asile comme en attestent les fiches d'évaluation de vulnérabilité et de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil datées du même jour et produites en défense par l'Ofii. Lors de l'enregistrement de sa demande d'asile le 25 novembre 2021, M. A a ainsi pu bénéficier d'un entretien avec un auditeur de l'Office formé spécifiquement et dans une langue qu'il comprend, en l'espèce le somali, au cours duquel sa situation a été évaluée. Il ressort de la fiche d'évaluation de vulnérabilité établie à cette occasion qu'à la question de savoir si le requérant bénéficiait d'un hébergement ce dernier a répondu par la négative tout comme à celle de savoir s'il avait fait état spontanément d'un problème de santé. Le même jour, une offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil lui était attribuée et l'intéressé certifiait avoir bénéficié d'un entretien d'évaluation de sa vulnérabilité par l'Ofii dans une langue qu'il comprend. Dès lors, l'office qui n'était pas dans l'obligation de procéder à un nouvel entretien à l'occasion de la notification de sa décision du 21 décembre 2021, n'a pas méconnu les dispositions de l'article D. 551-18 précitées.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 21 décembre 2021 par laquelle la directrice territoriale de l'Ofii a décidé la cessation des conditions matérielles d'accueil à M. A doivent être rejetées, de même que par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. A est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Tierney Hancock et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024 où siégeaient :

- M. Revel, président,

- M. Boschet, premier conseiller,

- M. Christophe, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

Le rapporteur,

F. CHRISTOPHE

Le président,

F-J. REVEL

La greffière,

M. DUCOURTIOUX

La République mande et ordonne

au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour la Greffière en Chef,

La Greffière,

M. DUCOURTIOUX

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