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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2200260

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200260

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2200260
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantDAURIAC - PAULIAT-DEFAYE BOUCHERLE-MAGNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 23 février 2022 et 20 avril 2023, M. B A, représenté par Me Mons-Bariaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a implicitement rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé devant la commission des recours des militaires à l'encontre de l'ordre de mutation du 2 août 2021 par lequel le général, commandant de la région gendarmerie du Centre Val-de-Loire et du groupement de gendarmerie départementale du Loiret l'a affecté en qualité de " rédacteur OE " à la compagnie de gendarmerie départementale du Blanc à compter du 16 août 2021 ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 25 000 euros en réparation de son préjudice moral ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'ordre de mutation du 2 août 2021 ;

- le contexte dans lequel cet ordre de mutation est intervenu " permet de comprendre que cet ordre () est manifestement illégal " ; il est devenu " le pion " de sa hiérarchie, " sans poste où pouvoir l'affecter " ; aucun égard n'a été apporté à ses excellentes appréciations et notations ; les missions relatives à son poste de " rédacteur OE " demeurent inconnues ;

- cet ordre de mutation s'apparente à une sanction déguisée dès lors qu'en l'affectant sur un emploi de " rédacteur OE ", l'administration lui fait subir un changement de poste brutal car le commandement C lui a été illégalement retiré ; ce retrait illégal est lié à une faute de gestion des ressources humaines, et surtout au recours administratif exercé par l'adjudant-chef Paruch, qui occupait avant lui l'emploi du commandant C, et qui était insatisfait de ne pas avoir obtenu sa mutation à Tahiti.

Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :

- une faute de gestion a été commise dans son affectation ;

- il est fondé à demander le versement d'une somme de 25 000 euros en réparation de son préjudice moral.

La procédure a été communiquée au ministre de l'intérieur, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 3 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 4 mai 2023.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions aux fins d'indemnisation présentées par M. A à défaut de décision de rejet d'une réclamation indemnitaire préalable.

Le 10 avril 2024, M. A a produit ses observations sur ce moyen relevé d'office.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la défense ;

- le décret n° 2008-952 du 12 septembre 2008 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Boschet,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,

- et les observations de Me Mons-Bariaud, pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Adjudant-chef occupant les fonctions d'adjoint au commandant D de E à compter du 1er septembre 2014, M. A a été affecté, sur sa demande, par un ordre de mutation du 12 juin 2020, en qualité de commandant C. Par un ordre de mutation du 2 août 2021, remplaçant un précédent ordre de mutation du 22 juillet 2021 l'affectant en qualité de " sous-officier de CG compagnie GD " au groupe de commandement de la gendarmerie départementale du Blanc, M. A a été affecté en qualité de " rédacteur OE " à la compagnie de gendarmerie départementale du Blanc. Par un courrier du 13 août 2021, reçu le 18 août 2021, M. A a, par l'intermédiaire de son conseil, formé un recours administratif préalable devant la commission des recours des militaires dans lequel il a contesté cet ordre de mutation du 2 août 2021. Une décision implicite de rejet de ce recours est intervenue quatre mois après sa réception, soit le 18 décembre 2021. Par cette requête, M. A demande l'annulation de cette décision implicite de rejet du 18 décembre 2021 du ministre de l'intérieur et la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 25 000 euros en réparation de son préjudice moral.

Sur l'étendue du litige :

2. Si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

3. Par une décision du 8 juin 2022, le ministre de l'intérieur a, à la suite de l'avis émis par la commission des recours des militaires, expressément rejeté le recours administratif préalable formé par M. A à l'encontre de l'ordre de mutation du 2 août 2021. Compte tenu de ce qui a été indiqué au point 2, les conclusions aux fins d'annulation présentées par l'intéressé doivent être regardées comme dirigées contre cette décision expresse qui s'est substituée à la décision implicite née le 18 décembre 2021.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. M. A fait valoir, sans être contredit par le ministre de l'intérieur qui n'a pas produit de mémoire en défense, que le poste de " rédacteur OE " sur lequel il a été affecté par l'ordre de mutation du 2 août 2021 ne correspondait à aucune tâche concrète et qu'à la date d'introduction de sa requête, " les missions relatives [à son] nouveau poste () [demeuraient] inconnues ". Si la décision du 8 juin 2022 relève que " dans le cadre de ses missions actuelles, [M. A] est chargé de l'organisation et de la dispense de la formation en intervention professionnelle (IP) des unités de la compagnie de gendarmerie départementale du Blanc ", il ne ressort pas des pièces du dossier que ces " missions actuelles " de " formation " se seraient traduites par des applications concrètes ou qu'elles correspondaient, à la date de l'ordre de mutation litigieux, à des missions effectivement confiées au requérant dans le cadre de son poste de " rédacteur OE ". A cet égard, le récépissé que M. A a signé le 6 août 2021 lors de la réception de l'ordre de mutation du 2 août 2021 précise expressément, pour ce qui concerne le poste de " rédacteur OE " : " poste aux missions à ce jour encore inconnues ". Dans ces conditions, cet ordre de mutation a eu pour effet de priver M. A du droit qu'il tenait de son statut de recevoir une affectation effective correspondant à son grade.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête soulevés à l'appui des conclusions aux fins d'annulation, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 8 juin 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté expressément le recours administratif préalable qu'il a formé devant la commission des recours des militaires à l'encontre de l'ordre de mutation du 2 août 2021.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. Comme le demande le requérant, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen de sa situation. Ce réexamen devra intervenir dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :

7. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".

8. Il ne résulte pas de l'instruction que M. A aurait, avant de saisir la commission de recours des militaires, préalablement saisi l'administration d'une réclamation indemnitaire. En l'absence de liaison du contentieux, ses conclusions indemnitaires sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, qui est la partie perdante, une somme de 1 200 euros à verser à M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 8 juin 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté le recours administratif préalable formé par M. A devant la commission des recours des militaires à l'encontre de l'ordre de mutation du 2 août 2021 l'affectant en qualité de " rédacteur OE " à la compagnie de gendarmerie départementale du Blanc à compter du 16 août 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de réexaminer la situation de M. A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 200 euros à M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 16 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Artus, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Boschet, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

Le rapporteur,

J.B. BOSCHET

Le président,

D. ARTUSLa greffière en chef,

A. BLANCHON

La République mande et ordonne

au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La greffière en chef,

A. BLANCHON

mf

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