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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2200267

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200267

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2200267
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantGHOUNBAJ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 février 2022, M. A B, représenté par Me Ghounbaj, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 novembre 2021 par laquelle la préfète de la Corrèze a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Corrèze de lui délivrer un titre de séjour ou de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour est entachée " d'une erreur manifeste d'appréciation " dès lors qu'il n'a pas demandé le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " travailleur saisonnier " mais un titre de séjour portant la mention " salarié " et qu'eu égard notamment à l'autorisation de travail délivrée à son employeur par le ministre de l'intérieur, il ne pouvait qu'être regardé comme ayant produit un contrat de travail d'une durée d'au moins un an visé par les autorités compétentes ;

- la préfète de la Corrèze a commis une erreur de droit ;

- il remplissait toutes les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ".

La procédure a été communiquée au préfet de la Corrèze, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 17 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord du 9 octobre 1987 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Boschet a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant marocain né le 1er janvier 1992, M. A B a été titulaire d'un titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " valable du 26 janvier 2019 au 26 janvier 2022. Le 23 septembre 2021, il a présenté une demande de changement de statut en vue de se voir délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ". Par une décision du 26 novembre 2021, la préfète de la Corrèze a rejeté cette demande. M. B demande l'annulation de cette décision du 26 novembre 2021. Il doit également être regardé comme demandant l'annulation de la décision du 7 février 2022 portant rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 susvisé : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles ". Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : () 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". Aux termes de l'article L. 5221-5 de ce code : " Un étranger autorisé à séjourner en France ne peut exercer une activité professionnelle salariée en France sans avoir obtenu au préalable l'autorisation de travail mentionnée au 2° de l'article L. 5221-2. () ".

3. L'accord franco-marocain renvoie, sur tous les points qu'il ne traite pas, à la législation nationale, en particulier aux dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du code du travail pour autant qu'elles ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l'accord et nécessaires à sa mise en œuvre. Il en va notamment ainsi pour le titre de séjour " salarié ", mentionné à l'article 3 cité ci-dessus, délivré sur présentation d'un contrat de travail " visé par les autorités compétentes ", c'est-à-dire de l'autorisation de travail prévue par les dispositions des articles L. 5221-2, 2° et L. 5221-5 du code du travail.

4. Il ressort des pièces du dossier que, le 17 février 2021, M. B a conclu avec la société HM Bois un contrat à durée déterminée en qualité de bucheron prenant effet du 17 février au 16 juillet 2021 et que, par un avenant signé à cette dernière date, ce contrat à durée déterminée a été reconduit sous la forme d'un contrat à durée indéterminée à compter du 17 juillet 2021. Il ressort aussi des pièces du dossier que, par une décision du 29 juin 2021, le ministre de l'intérieur a délivré à la société HM Bois une autorisation de travail relative à l'emploi de M. B comme bucheron en contrat à durée indéterminée. Dès lors, eu égard à ce qui a été indiqué au point 3, le contrat de travail à durée indéterminée de M. B a, par l'effet de cette autorisation de travail délivrée par le ministre de l'intérieur, nécessairement été " visé " au sens de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987. Dans ces conditions, et alors, d'une part, qu'il n'est ni établi ni même allégué en défense que ce contrat à durée indéterminée et cette autorisation de travail, qui étaient en tout état de cause joints au recours gracieux, n'auraient pas été produits par M. B à l'appui de sa demande de titre de séjour, d'autre part, que l'autre motif opposé tiré du non-respect des règles applicables au titre de séjour portant la mention " travailleur saisonnier " n'était pas par lui-même de nature à justifier légalement la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ", le requérant est fondé à soutenir qu'en lui refusant la délivrance de ce dernier titre de séjour au motif qu'il ne justifiait pas d'un contrat de travail d'au moins un an visé par les autorités compétentes, la préfète de la Corrèze a entaché ses décisions des 26 novembre 2021 et 7 février 2022 d'illégalité.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 26 novembre 2021 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " et de la décision du 7 février 2022 rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Dans la mesure où il ne résulte pas de l'instruction qu'à la date du présent jugement, M. B remplirait l'ensemble des conditions exigées pour obtenir la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ", l'annulation des décisions litigieuses implique uniquement, compte tenu du motif d'illégalité retenu, qu'il soit enjoint au préfet de la Corrèze de réexaminer la situation du requérant. Le préfet de la Corrèze devra procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois à compter de la notification de ce jugement. Il n'y a en revanche pas lieu d'assorti cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, qui est la partie perdante, une somme de 1 200 euros à verser à M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions des 26 novembre 2021 et 7 février 2022 de la préfète de la Corrèze sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Corrèze de réexaminer la situation de M. B, dans un délai de trois mois à compter de la notification de ce jugement.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 200 (mille deux cents) euros à M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Ce jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Corrèze.

Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Revel, président,

M. Boschet, premier conseiller,

M. Gazeyeff, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024

Le rapporteur,

J.B. BOSCHET

Le président,

F.J. REVELLa greffière,

M. C

La République mande et ordonne

au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef,

La Greffière

M. C

jb

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