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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2200334

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200334

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2200334
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantAVELIA AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 mars 2022 et le 8 juillet 2024, Mme F D, représentée par Me Raynal, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 20 janvier 2022 par laquelle le préfet de l'Indre a saisi définitivement ses armes et munitions ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Indre la restitution immédiate, et sous astreinte, des 22 armes et munitions saisies administrativement le 28 juin 2017 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision attaquée :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2024, le préfet de l'Indre conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées :

- le rapport de M. Christophe,

- les conclusions de Mme Siquier, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. A l'occasion d'une perquisition chez Mme D le 15 mai 2017, ordonnée dans le cadre d'une procédure judiciaire, les services de gendarmerie ont découvert de nombreuses armes et munitions. Connue de ces mêmes services pour ses menaces de suicide, les armes et munitions de l'intéressée ont fait l'objet dans un premier temps d'une saisine à titre conservatoire par un arrêté du 28 juin 2017, puis définitive par un nouvel arrêté du 30 novembre 2018. Ce dernier a été annulé par un jugement du tribunal administratif de Limoges du 1er juillet 2021 pour défaut de motivation avec injonction au réexamen de la situation de la requérante. Par un nouvel arrêté du 20 janvier 2022 dont elle demande l'annulation, le préfet de l'Indre a prononcé la saisine définitive des armes et munitions de Mme D.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que par un arrêté du 7 janvier 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 36-2022-005 du 11 janvier 2022 de la préfecture de l'Indre, le préfet de ce même département a donné délégation à M. A E, chef du bureau de l'ordre public et de la prévention de la délinquance, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme C B, directrice des services du cabinet, à l'effet de signer les arrêtés ordonnant le dessaisissement d'armes et/ou de munitions sans précision de leur catégorie. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision est entachée d'incompétence.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'à la suite du jugement rendu par le tribunal administratif de Limoges le 1er juillet 2021 prononçant l'annulation de son arrêté du 30 novembre 2018 et lui enjoignant de réexaminer la situation de Mme D dans le délai d'un mois, le préfet de l'Indre a invité cette dernière par un courrier du 5 juillet 2021 dont elle ne conteste pas la réception, à lui faire savoir avant le 26 juillet 2021, si elle souhaitait la restitution de ses armes et munitions ou si elle les abandonnait à l'Etat. Dans le cas d'une restitution, la requérante devait faire part de ses observations accompagnées notamment d'un certificat médical de moins d'un mois justifiant que son état de santé physique et psychique ne présente pas un danger grave et immédiat pour elle-même ou autrui et qu'il n'est pas incompatible avec la détention d'armes et de munitions. Sans réponse de l'intéressée, le préfet de l'Indre par lettre du 27 juillet 2021, a informé Mme D qu'après réexamen de son dossier et sur la base d'un rapport administratif du 21 juillet 2021 de la gendarmerie de Saint-Gaultier saisie par ses soins et dont il ressortait qu'elle faisait l'objet de 35 mentions au fichier du traitement des antécédents judiciaires, l'absence de validation de son permis de chasse pour l'année 2021, son refus d'honorer les convocations de la gendarmerie, l'absence d'une adresse certaine, ses menaces de suicide en 2016 et 2017 et la non production d'un certificat médical, il opposait un refus à la restitution de ses armes et munitions. Ce courrier notifié à l'adresse de la requérante a été retourné à la préfecture de l'Indre le 17 août 2021 avec la mention " pli avisé et non réclamé ". Par un arrêté du 20 janvier 2022 visant expressément le rapport de gendarmerie du 21 juillet 2021, le préfet de l'Indre a prononcé la saisie définitive d'armes à feu et de munitions appartenant à Madame D. Eu égard à la circonstance que la requérante a, antérieurement à l'intervention de l'arrêté ordonnant la saisie définitive de ses armes et de ses munitions, été informée des faits qui lui étaient reprochés et des dispositions applicables, la motivation de l'arrêté du 20 janvier 2022, qui se borne à faire référence aux articles du code de la sécurité intérieure, doit être regardée comme suffisante. Dès lors, le moyen selon lequel la décision attaquée serait dépourvue de toute motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 312-7 du code de la sécurité intérieure : " Si le comportement ou l'état de santé d'une personne détentrice d'armes, de munitions et de leurs éléments présente un danger grave pour elle-même ou pour autrui, le représentant de l'État dans le département peut lui ordonner, sans formalité préalable ni procédure contradictoire, de les remettre à l'autorité administrative, quelle que soit leur catégorie ". Aux termes de l'article L. 312-9 du même code : " La conservation de l'arme, des munitions et de leurs éléments remis ou saisis est confiée pendant une durée maximale d'un an aux services de la police nationale ou de la gendarmerie nationale territorialement compétents. / Durant cette période, le représentant de l'Etat dans le département décide, après que la personne intéressée a été mise à même de présenter ses observations, soit la restitution de l'arme, des munitions et de leurs éléments, soit leur saisie définitive. (). ". Aux termes de l'article R. 312-69 du même code : " Avant de prendre la décision prévue au deuxième alinéa de l'article L. 312-9, le préfet invite la personne qui détenait l'arme et les munitions à présenter ses observations, notamment quant à son souhait de les détenir à nouveau et quant aux éléments propres à établir que son comportement ou son état de santé ne présente plus de danger grave et immédiat pour elle-même ou pour autrui, au vu d'un certificat médical délivré par un médecin spécialiste mentionné à l'article R. 312-6. ". Aux termes de l'article R. 312-6 du même code : " Le certificat prévu au deuxième alinéa de l'article L. 312-6 ne peut être délivré que par l'un des médecins psychiatres suivants : /1° Praticiens hospitaliers exerçant ou ayant exercé dans un établissement de santé public ou privé accueillant des malades atteints de troubles mentaux et médecins psychiatres exerçant dans les centres médico-psychologiques ; / 2° Enseignants de psychiatrie des unités de formation et de recherche médicales ; / 3° Médecins de l'infirmerie psychiatrique de la préfecture de police ; / 4° Experts agréés par les tribunaux en matière psychiatrique ; / 5° Médecins spécialisés titulaires du certificat d'études spéciales ou du diplôme d'études spécialisées en psychiatrie. / () Le certificat attestant que l'état de santé psychique et physique est compatible avec l'acquisition et la détention d'une arme a une durée de validité limitée à un mois à partir de la date de son établissement. ".

5. Il résulte de ces dispositions que le préfet doit apprécier si le comportement ou l'état de santé de l'intéressé présente toujours un danger grave pour lui-même ou pour autrui. Il appartient dans ce cadre au requérant d'indiquer s'il souhaite détenir à nouveau ses armes et, si tel est le cas, de justifier que son comportement ne présente plus de danger en fournissant un certificat médical en ce sens.

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que par lettre du 5 juillet 2021, le préfet de l'Indre a informé Mme D qu'il lui appartenait de prendre une décision de restitution des armes et munitions saisies ou de procéder à leur saisie définitive en application des dispositions de l'article L. 312-9 du code de la sécurité intérieure. Par cette même lettre, il l'a invitée à faire connaître ses observations avant le 26 juillet 2021 et, dans l'hypothèse où elle souhaitait demander la restitution de ses armes, de produire un certificat médical de moins d'un mois établi par un médecin spécialiste. Mme D qui ne conteste pas ne pas avoir reçu ce courrier n'a présenté aucune observation ni fourni de certificat médical. Si elle se prévaut d'un certificat médical émanant d'un psychiatre attestant de l'absence de " symptomatologie contre-indiquant la restitution de ses armes de chasse " ce document daté du 31 octobre 2018, fourni dans le cadre du premier arrêté de dessaisissement annulé, n'était plus valide au sens de l'article R. 312-6 du code de sécurité intérieure, étant antérieur de plus d'un mois, à la date de l'arrêté prononçant la saisie définitive. Dans ces circonstances, le préfet a pu à bon droit décider que la requérante, en l'absence de certificat médical, n'établissait pas que son comportement ou son état de santé ne présentait plus de danger grave et immédiat pour elle-même ou pour autrui et donc ordonner la saisie définitive des armes alors même que ses déclarations d'intentions suicidaires remontées à 2016 et 2017. Par suite, en l'absence d'observations de la requérante et de certificat médical récent, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard des éléments dont il disposait.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête présentées par Mme D ne peuvent qu'être rejetées y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme D est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à Mme F D et au préfet de l'Indre.

Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024 où siégeaient :

- M. Revel, président,

- M. Bochet, premier conseiller,

- M. Christophe, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.

Le rapporteur,

F. CHRISTOPHE

Le président,

F-J. REVEL

La greffière,

M. DUCOURTIOUX

La République mande et ordonne

au préfet de l'Indre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour la Greffière en Chef,

La Greffière,

M.DUCOURTIOUX

jb

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