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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2200378

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200378

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2200378
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantTIERNEY-HANCOCK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 mars 2022, M. C A, représenté par Me Tierney-Hancock, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 janvier 2022 par laquelle la directrice territoriale de l'Ofii à Limoges a mis fin à sa prise en charge dans le lieu d'hébergement dont il bénéficiait jusqu'alors en sa qualité de demandeur d'asile ;

2°) d'enjoindre à l'Ofii de réexaminer sa situation ;

3°) de le rétablir dans le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter de la date d'introduction de sa requête ;

4°) de mettre à la charge de l'Ofii une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de Mme D pour prendre la décision du 25 janvier 2022 ;

- la décision du 25 janvier 2022, qui se borne à rappeler les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sans faire mention des motifs de droit et de fait sur lesquels elle se fonde et sans faire état de l'évaluation de sa vulnérabilité, est insuffisamment motivée ;

- alors que, pour pouvoir retirer les conditions matérielles d'accueil, l'Ofii doit au préalable informer le demandeur, dans une langue qu'il comprend, des modalités des conditions matérielles d'accueil, de la nécessité d'accepter l'offre faite et des possibilités de les retirer ou de les refuser, cette information ne lui a pas été donnée ;

- il n'a pas été procédé à un examen individuel de sa situation, notamment de sa vulnérabilité ;

- il ne pouvait se voir opposer les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que leur application conduit à le priver d'un niveau de vie digne, en méconnaissance du paragraphe 5 de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 avril 2024, l'Ofii conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- M. A ne soulève aucun moyen susceptible d'entraîner l'annulation de la décision du 25 janvier 2022 ;

- s'agissant des conclusions aux fins d'injonction, dans la mesure où le requérant s'est vu reconnaître le statut de réfugié par une décision du 6 janvier 2023 de l'OFPRA, il n'est plus éligible aux conditions matérielles d'accueil depuis le 1er mars 2023.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité de la requête dès lors que la décision du 25 janvier 2022 de la directrice territoriale de l'Ofii ne fait pas grief au requérant.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Boschet a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant turc né le 17 janvier 1988, M. A a déposé, ainsi que son épouse, une demande d'asile à la préfecture de la Haute-Vienne le 24 janvier 2022. Dans le cadre des conditions matérielles d'accueil qui leur ont été proposées, et qu'ils ont alors acceptées, ils ont été admis au bénéfice d'un hébergement au CADA ARSL au 95 rue de Fourgeras à Limoges. Par une décision du 25 janvier 2022, la directrice territoriale de l'Ofii à Limoges a indiqué à M. A et à son épouse qu'il était mis fin à leur prise en charge dans ce lieu d'hébergement. M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision du 25 janvier 2022 de la directrice territoriale de l'Ofii a été prise après que M. A, ainsi que son épouse, aient remis un courrier daté du même jour par lequel ils ont expressément déclaré " renoncer à l'hébergement proposé au CADA ARSL à compter de ce jour ". Alors que ce document mentionne expressément, d'une part, qu'ils ont " été informés des conséquences de [leur] décision, entraînant la fin des conditions matérielles d'accueil ", d'autre part, que ce courrier leur a été " lu et traduit en présence d'un interprète ", il ne ressort d'aucune des pièces du dossier qu'ils n'auraient pas librement établi ce courrier. Dès lors, et alors au demeurant que les difficultés qu'il indique avoir rencontrées avec sa famille dans l'hébergement accordé le 24 janvier 2022 ne sont étayées par aucun élément, la décision du 25 janvier 2022 de la directrice territoriale de l'Ofii ne peut pas être regardée comme faisant grief au requérant, de sorte qu'il est dépourvu d'intérêt pour en demander l'annulation. Par suite, les conclusions de M. A tendant à l'annulation de cette décision sont manifestement irrecevables et doivent être rejetées. Il y a également lieu, par voie de conséquence, de rejeter les autres conclusions présentées par l'intéressé et son conseil.

3. En second lieu, aux termes de l'article 50 de la loi du 10 juillet 1991 : " Sans préjudice des sanctions prévues à l'article 441-7 du code pénal, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat est retiré, en tout ou partie, même après l'instance ou l'accomplissement des actes pour lesquels il a été accordé, dans les cas suivants : [] /4° Lorsque la procédure engagée par le demandeur bénéficiant de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat a été jugée dilatoire, abusive, ou manifestement irrecevable ; / [] ". L'article 51 de cette loi précise que : " Le retrait de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat peut intervenir jusqu'à quatre ans après la fin de l'instance ou de la mesure. Il peut être demandé par tout intéressé. Il peut également intervenir d'office. / [] 2° Par la juridiction saisie dans le cas mentionné au 4° du même article 50. ".

4. En application de ces dispositions, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, compte tenu du caractère manifestement irrecevable de la requête de M. A, de lui retirer le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le bénéfice de l'aide juridictionnelle est retiré à M. A.

Article 3 : Ce jugement sera notifié à M. C A et à l'Ofii.

Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Revel, président,

M. Boschet, premier conseiller,

M. Gazeyeff, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

Le rapporteur,

J.B. BOSCHET

Le président,

F.J. REVELLa greffière,

M. B

La République mande et ordonne

au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef,

La Greffière

M. B

jb

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