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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2200432

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200432

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2200432
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantTIERNEY-HANCOCK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 mars 2022, Mme A B, représentée par Me Tierney-Hancock, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 janvier 2022 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a décidé de mettre immédiatement fin à sa prise en charge dans le lieu d'hébergement au titre des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de procéder au réexamen de sa situation, et de rétablir les conditions matérielles d'accueil à compter de la date d'introduction de la requête ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 200 euros, au titre des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil, ce dernier renonçant à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de toute information délivrée dans une langue qu'elle comprend ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est privée d'un niveau de vie digne en violation de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013.

Par un mémoire en défense enregistré 18 avril 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 mars 2022.

La clôture de l'instruction a été fixée au 21 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Siquier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. En premier lieu, par la décision NOR : INTV2111810S du 26 avril 2021 portant délégation de signature, régulièrement publiée sur le site internet de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii), délégation a été donnée à Mme D F, directrice territoriale de l'Ofii à Limoges à l'effet de signer toutes décision se rapportant aux missions dévolues à la direction de Limoges. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

2. En deuxième lieu, la décision attaquée du 25 janvier 2022 vise les articles L. 552-5, L. 552-14 et suivants et R. 551-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'information donnée par le gestionnaire de l'hébergement selon laquelle la requérante a abandonné son lieu d'hébergement sans autorisation et la nécessité de réorienter sans délai un autre demandeur d'asile vers l'hébergement ainsi laissé vacant. Dans ces conditions, la décision du 25 janvier 2022 est suffisamment motivée en droit et en fait et le moyen tiré de cette insuffisance doit être écarté.

3. En troisième lieu, aux termes de l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature. () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que l'Ofii a procédé, lors d'un entretien le 24 janvier 2022 à l'évaluation de la vulnérabilité de la requérante en présence d'un interprète en langue turque. Si la requérante fait valoir qu'aucun examen particulier de sa situation personnelle n'a été réalisé dès lors qu'il n'a pas été tenu compte de la présence de sa fille âgée de 6 ans, il ressort de la fiche d'évaluation que sa présence a effectivement été prise en compte. Ensuite, si la requérante soutient que la présence au sein de la structure d'hébergement d'une personne dont le comportement était violent à son encontre n'a pas été prise en considération et à l'encontre de sa famille, elle ne l'établit pas. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ne peut qu'être écarté.

5. En quatrième lieu, comme il a été dit au point précédent, l'entretien d'évaluation de vulnérabilité a été mené en présence d'un interprète en langue turque. En outre, le courrier du 25 janvier 2022 par lequel Mme B a déclaré renoncer à l'hébergement proposé au Centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) ARSL à compter du même jour, précise qu'elle a été informée des conséquences de cette décision entrainant la fin des conditions matérielles d'accueil et ce courrier a été lu et traduit en présence d'un interprète. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure en l'absence d'explication sur les conséquences de la décision de la requérante dans une langue qu'elle comprend doit être écarté.

6. En dernier lieu, l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 prévoit que : " 1. Les Etats membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur : a) abandonne le lieu de résidence fixé par l'autorité compétente sans en avoir informé ladite autorité ou, si une autorisation est nécessaire à cet effet, sans l'avoir obtenue ; ou b) ne respecte pas l'obligation de se présenter aux autorités, ne répond pas aux demandes d'information ou ne se rend pas aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile dans un délai raisonnable fixé par le droit national ; ou c) a introduit une demande ultérieure telle que définie à l'article 2, point q), de la directive 2013/32/UE. / En ce qui concerne les cas visés aux points a) et b), lorsque le demandeur est retrouvé ou se présente volontairement aux autorités compétentes, une décision dûment motivée, fondée sur les raisons de sa disparition, est prise quant au rétablissement du bénéfice de certaines ou de l'ensemble des conditions matérielles d'accueil retirées ou réduites (). / 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les Etats membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs. / 6. Les Etats membres veillent à ce que les conditions matérielles d'accueil ne soient pas retirées ou réduites avant qu'une décision soit prise conformément au paragraphe 5 ".

7. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 ; () / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil. ".

8. Mme B soutient qu'elle ne pouvait se voir opposer les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elles ne sont pas conformes aux stipulations de la directive 2013/33/UE qui précise que, quand bien même le bénéfice des conditions matérielles d'accueil pourrait être limité ou retiré " les états membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux et garantissent un niveau de vie digne ". Toutefois d'une part, par une décision n° 428530 du 31 juillet 2019, le Conseil d'État a jugé que les cas de retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues par les dispositions de l'article L .744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, issues de la loi du 29 juillet 2015 transposant en droit interne la directive précitée, aujourd'hui transposées à l'article L. 551-16 du même code, correspondaient aux hypothèses, fixées à l'article 20 de cette directive, dans lesquelles les États membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Les dispositions de l'article L. 511-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui écartent toute automaticité de refus du bénéfice des conditions matérielles d'accueil et imposent un examen particulier de la situation du demandeur d'asile, en particulier de sa vulnérabilité, ne peuvent être regardées comme ayant procédé à une transposition incorrecte de la directive. Par suite, en l'absence d'incompatibilité avec les dispositions précitées de la directive n° 2013/33 UE du 26 juin 2013, les dispositions de l'article L. 511-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pouvaient légalement fonder la décision contestée. D'autre part, Mme B, qui se borne à faire valoir la présence de sa fille âgée de 6 ans et des actes de violence, non établis, à l'encontre d'elle-même et de sa famille au sein de la structure d'hébergement, ne prouve pas être en situation de vulnérabilité. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 25 janvier 2022 par laquelle l'Ofii a décidé de retirer les conditions matérielles d'accueil à Mme B doivent être rejetées, de même que par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme B est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Tierney-Hancock et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.

La rapporteure,

H. SIQUIER

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

La Greffière

M. E

lg

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