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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2200442

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200442

mercredi 19 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2200442
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique 1
Avocat requérantBROUSSARD EMELINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 mars 2022 et le 17 juin 2022, M. C B, représenté par Me Broussard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er mars 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande d'échange de son permis de conduire algérien contre un permis de conduire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un permis de conduire français dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande d'échange de permis de conduire étranger dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 700 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux a été pris par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de fait.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 3 mai 2022 et le 9 août 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- l'arrêté interministériel du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;

- le code de justice administrative.

Le président a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant algérien, a demandé, le 9 avril 2021, au préfet de la Loire-Atlantique l'échange de son permis de conduire délivré le 11 juillet 2017 par les autorités algériennes contre un permis de conduire français. Par un arrêté du 1er mars 2022, dont M. B demande l'annulation au tribunal, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande au motif que son permis de conduire algérien était un document falsifié.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé, pour le préfet de la Loire Atlantique, par Mme D E, directrice du centre d'expertise et de ressources titres échange de permis de conduire étrangers de la préfecture de la Loire Atlantique, qui disposait, à cet effet, d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet de la Loire Atlantique du 12 octobre 2020, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 126. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision en litige ne peut, dès lors, qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. En l'espèce, en indiquant, dans l'arrêté litigieux, que la demande d'échange de permis de conduire présentée par M. B était refusée au motif que son permis de conduire ne répondait pas aux caractéristiques principales de fabrication et de sécurisation des permis de conduire provenant d'Algérie puisqu'il est falsifié, en visant l'article R. 222-3 du code de la route et l'article 7 de l'arrêté susvisé du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne ni à l'Espace économique européen, le préfet de la Loire-Atlantique a suffisamment motivé en droit et en fait son arrêté. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de la Communauté européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article R. 221-3. Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé des transports () ". Selon l'article 7 de l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen : " Lorsque l'authenticité et la validité du titre sont établies lors du dépôt du dossier complet et sous réserve de satisfaire aux autres conditions prévues par le présent arrêté, le titre de conduite est échangé. / En cas de doute sur l'authenticité du titre dont l'échange est demandé, le préfet conserve le titre de conduite et fait procéder à son analyse, le cas échéant avec l'aide d'un service compétent, afin de s'assurer de son authenticité. Dans ce cas, une attestation de dépôt, sécurisée, est délivrée à son titulaire. Elle est valable pour une durée maximale de deux mois et est inscrite au fichier national du permis de conduire. Elle est retirée à l'issue de la procédure d'échange. / Si l'authenticité est confirmée, le titre de conduite peut être échangé sous réserve de satisfaire aux autres conditions. Si le caractère frauduleux est confirmé, l'échange n'a pas lieu et le titre est retiré par le préfet, qui saisit le procureur de la République en le lui transmettant. / Le préfet peut compléter son analyse en consultant l'autorité étrangère ayant délivré le titre afin de s'assurer des droits de conduite de son titulaire. () ".

6. Il résulte de ces dispositions que si l'authenticité du permis de conduire présenté à l'échange lui apparaît douteuse, le préfet saisit le service compétent qui procède alors à son analyse pour déterminer ou non son authenticité. L'échange ne peut pas avoir lieu si le caractère frauduleux du permis de conduire présenté à l'échange a été confirmé. L'intéressé peut, lors de l'instruction de sa demande par l'administration comme à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision refusant l'échange pour défaut d'authenticité du titre, apporter la preuve de son authenticité par tout moyen présentant des garanties suffisantes.

7. En l'espèce, en application des dispositions précitées, le préfet de la Loire-Atlantique a procédé à la consultation de la division de l'expertise en fraude documentaire et à l'identité, rattachée à la direction centrale de la police aux frontières, laquelle a estimé dans son rapport établi le 9 février 2022 que le permis de conduire de l'intéressé " présente les caractéristiques d'une falsification documentaire par substitution de la photographie du titulaire " car il est possible de constater, au verso du document, " la présence d'une double perforation au niveau des rivets de fixation de la photographie du titulaire " et, au recto du document, " un décalage entre le cachet sec de sécurisation figurant sur la photographie et celui figurant sur le support dans la partie adjacente à cette dernière ". La production par le requérant d'un certificat de capacité de permis de conduire qu'il s'est lui-même procuré, en dehors de la voie diplomatique prévue par les dispositions de l'article 7 de l'arrêté susvisé, seule à même d'apporter les garanties d'authenticité requises, ne permet pas de remettre en cause les conclusions de l'analyse circonstanciée et étayée par des documents photographiques des rapports de la direction centrale de la police aux frontières. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse serait entachée d'une erreur d'appréciation ou d'une erreur de fait.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées sur le fondement de ces dispositions par M. B.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. B est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Une copie en sera adressée pour information au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2023.

Le président,

D. A

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour Le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

mf

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