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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2200500

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200500

mardi 19 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2200500
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantMALABRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 avril 2022, M. A C, représenté par Me Malabre, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 décembre 2021 par laquelle la préfète de la Haute-Vienne lui a refusé le regroupement familial au bénéfice de ses deux enfants ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui accorder une autorisation de regroupement familial au bénéfice de ses deux enfants, à titre subsidiaire, de statuer à nouveau sur sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 2 400 euros, à verser à son conseil, en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, ce dernier ayant renoncé à percevoir l'indemnité d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- il appartiendra à la préfète de justifier des enquêtes et avis compétemment signés du maire et de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- la préfète s'est crue à tort liée par la seule insuffisance des ressources du couple sans prendre en compte sa vie privée et familiale ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait dans le montant de ses ressources pour l'année 2021 et d'une erreur de droit en ce que les ressources de son épouse n'ont pas été prises en considération en méconnaissance de l'article L. 434-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 23 du pacte international relatifs aux droits civils et politiques ;

- viole l'intérêt supérieur de ses enfants en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2022, la préfète de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le pacte international relatif aux droits civils et politiques ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Christophe a été entendu au cours de l'audience publique au cours de laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant camerounais né en 1974 et entré en France en 2006, est titulaire d'une carte de résident de 10 ans valable jusqu'au 10 mars 2025. Le 8 juin 2021, il a déposé une demande de regroupement familial au bénéfice de ses deux enfants mineurs âgés de 12 et 16 ans issus de sa relation avec une compatriote ayant depuis acquis la nationalité française. Par une décision du 22 décembre 2021 dont il demande l'annulation, la préfète de la Haute-Vienne lui a opposé un refus.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 434-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorisation d'entrer en France dans le cadre de la procédure du regroupement familial est donnée par l'autorité administrative compétente après vérification des conditions de logement et de ressources par le maire de la commune de résidence de l'étranger ou le maire de la commune où il envisage de s'établir ". Aux termes de l'article R. 434-13 de ce même code : " Après vérification des pièces du dossier de demande de regroupement familial et délivrance à l'intéressé de l'attestation de dépôt de sa demande, les services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration transmettent une copie du dossier au maire de la commune de résidence de l'étranger ou au maire de la commune où l'étranger envisage de s'établir ". Aux termes de l'article R. 434-20 de ce code : " Le recours du maire aux services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, mentionné à l'article R. 434-19, peut faire l'objet d'une convention d'organisation conclue avec le directeur général de l'office. ". Aux termes de l'article R. 434-23 de ce même code : " A l'issue des vérifications sur les ressources et le logement du demandeur du regroupement familial, le maire de la commune où doit résider la famille transmet à l'Office français de l'immigration et de l'intégration le dossier accompagné des résultats de ces vérifications et de son avis motivé. En l'absence de réponse du maire à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la communication du dossier, cet avis est réputé favorable ".

3. Il ressort des pièces du dossier que tant le maire de la commune de résidence du requérant que l'Ofii qui en vertu d'une convention avec le préfet et le maire de la commune de Feytiat a reçu de ce dernier la compétence pour la réalisation des enquêtes logement et ressources, ont émis un avis concernant le logement et les conditions de ressources de M. C. Ces deux avis ont été respectivement signés par le maire de la commune de Feytiat et la directrice territoriale de Limoges de l'Ofii. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, en particulier des visas et des termes mêmes de la décision contestée qui précise que les revenus moyens mensuels de M. C sont inférieurs au minimum exigé et indique " au vu des enquêtes effectuées par l'Ofii, en prenant en compte l'ensemble des éléments de votre dossier ", que la préfète de la Haute-Vienne se serait crue à tort en situation de compétence liée pour rejeter cette demande. Ainsi, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'erreur de droit doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. Aux termes de l'article R. 434-4 du même code : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : 1° Cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ; 2° Cette moyenne majorée d'un dixième pour une famille de quatre ou cinq personnes ; () ".

6. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que le caractère suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur une période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) au cours de cette même période, même s'il est toujours possible, pour le préfet, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande.

7. Il ressort des termes de la décision contestée que, pour rejeter la demande de regroupement familial présentée par M. C, la préfète de la Haute-Vienne s'est fondée sur la circonstance que l'intéressé ne justifiait pas de ressources suffisantes pour la période de référence de douze mois précédant la date du dépôt de sa demande, soit de juin 2020 à mai 2021. Il ressort du récapitulatif des revenus, réalisé par l'Ofii que le montant des salaires de M. C, employé alors comme chauffeur livreur en contrat à durée déterminée depuis le 8 décembre 2020, a été sur la période considérée de 5 576,63 euros. Les revenus de sa conjointe issues essentiellement de l'aide au retour à l'emploi ont été évaluées pour la même période à 7 570,41 euros. Le montant global des ressources du couple pour l'année de référence était ainsi de 13 147, 04 euros, soit une moyenne mensuelle de 1 095, 68 euros, inférieure à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance de 1 346,40 euros requis pour une famille de quatre personnes. Si le requérant soutient que le montant retenu de ses ressources ne correspond pas à la réalité, il ne l'établit pas. De même, contrairement à ses affirmations, les revenus de sa conjointe ont bien été pris en compte dans le calcul des revenus mensuels du couple comme en atteste l'enquête ressources du 30 juin 2021 réalisée par les services de l'Ofii. Dans ces circonstances, la préfète de la Haute-Vienne, en relevant que les ressources de M. C étaient inférieures au montant minimum défini à l'article R. 411-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a pas entaché sa décision d'une erreur de fait ni d'une erreur de droit.

8. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. - 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Aux termes de l'article 23 du pacte international relatif aux droits civils et politique : " 1. La famille est l'élément naturel et fondamental de la société et a droit à la protection de la société et de l'Etat. (). "

9. Il ressort des pièces du dossier que M. C n'a présenté sa demande de regroupement familial que quinze ans après son entrée en France où il est titulaire depuis 2014 d'une carte de résident de dix ans, après avoir bénéficié de titres de séjour en raison de son état de santé entre 2008 et 2014. Ses deux enfants sont nés au Cameroun en 2005 et 2009 où ils vivent aux cotés de leurs grands-parents paternels à qui ils ont été confiés par le requérant et sa conjointe. Ils ont ainsi vécu sans interruption depuis leur naissance en compagnie de leurs grands-parents et le requérant n'établit pas avoir depuis participé à leur entretien et leur éducation, ni leur avoir rendu visite et avoir par conséquent maintenu et préservé des liens réguliers et d'une particulière intensité avec ses enfants. De plus, rien ne fait obstacle à ce que M. C se rende au Cameroun pour les voir. En outre, si le requérant soutient que ses parents ne sont plus en âge de s'occuper de ses enfants, il ne l'établit pas. Dans ces circonstances, M. C ne justifie pas de la nécessité d'un regroupement familial alors qu'il est entré sur le territoire français le 28 mai 2006, soit quinze ans avant la demande de regroupement familial. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaitrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 23 du pacte international relatifs aux droits civils et politiques et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. C aux fins d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. C est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Malabre et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024 où siégeaient :

- M. Revel, président,

- M. Christophe, premier conseiller,

- Mme Chambellant, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024.

Le rapporteur,

F. CHRISTOPHE

Le président,

F-J. REVEL

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour la Greffière en Chef,

La Greffière,

M. B

jb

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