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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2200505

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200505

mardi 19 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2200505
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantAARPI THEMIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 avril 2022, M. A B C, représenté par l'Aarpi Thémis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 février 2022 par laquelle la directrice de la maison centrale de Saint-Maur a ordonné son placement en cellule d'isolement pour une durée de trois mois ;

2°) d'enjoindre à la directrice de la maison centrale de Saint-Maur d'ordonner la mainlevée de son placement en cellule d'isolement dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et d'assortir cette injonction d'une astreinte d'un montant de 100 euros par jours de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision :

- méconnait les droits de la défense dès lors qu'il n'a pu bénéficier de l'assistance d'un avocat, malgré sa demande, lors de l'audience du 18 février 2022 ;

- est fondé sur des faits matériellement inexacts et est entachée d'une erreur d'appréciation.

M. B C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 mai 2022.

La clôture de l'instruction a été fixée au 10 octobre 2024 par une ordonnance du 10 septembre 2024.

Le garde des sceaux a produit le 28 octobre 2024, après la clôture de l'instruction, un mémoire qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique à laquelle aucune partie n'était présente ni représentée :

- le rapport de M. Gazeyeff ;

- les conclusions de Mme Siquier, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 18 février 2022, la directrice de la maison centrale de Saint- Maur a ordonné le placement de M. B C pour une durée de trois mois en cellule d'isolement au motif que cette mesure constituait le seul moyen de maintenir l'ordre au sein de l'établissement et afin de garantir la sécurité tant des personnels que des personnes détenues, après la découverte dans la cellule de l'intéressé d'un téléphone portable et de quatre outils de fabrication artisanale. M. B C demande l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article R. 57-7-64 du code de procédure pénale, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " Lorsqu'une décision d'isolement d'office initial ou de prolongation est envisagée, la personne détenue est informée, par écrit, des motifs invoqués par l'administration, du déroulement de la procédure et du délai dont elle dispose pour préparer ses observations. Le délai dont elle dispose ne peut être inférieur à trois heures à partir du moment où elle est mise en mesure de consulter les éléments de la procédure, en présence de son avocat, si elle en fait la demande () Les observations de la personne détenue et, le cas échéant, celles de son avocat sont jointes au dossier de la procédure. Si la personne détenue présente des observations orales, elles font l'objet d'un compte rendu écrit signé par elle () ". Aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et les administrations, applicable aux procédures disciplinaires engagées à l'encontre de détenus : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix () ". Si ces dispositions impliquent que l'intéressé ait été informé en temps utile de la possibilité de se faire assister d'un avocat, possibilité dont il appartient à l'administration pénitentiaire d'assurer la mise en œuvre lorsqu'un détenu en fait la demande, la circonstance que l'avocat dont l'intéressé a ainsi obtenu l'assistance ne soit pas présent lors de la réunion de la commission de discipline, dès lors que cette absence n'est pas imputable à l'administration, ne peut avoir pour conséquence de rendre la procédure irrégulière.

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B C a émis, le 16 février 2022, le souhait d'être assisté par un avocat désigné par le bâtonnier et qu'en conséquence l'administration a sollicité, par un courriel envoyé le 16 février à 11 heures 45 l'ordre des avocats au barreau de Châteauroux. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme ayant accompli suffisamment de diligences afin de satisfaire à ses obligations d'assurer la mise en œuvre de la procédure d'assistance d'un avocat commis d'office. Par suite, M. B C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure l'ayant privé d'une garantie.

4. Aux termes de l'article R. 57-7-62 du code de procédure pénale alors en vigueur : " La mise à l'isolement d'une personne détenue, par mesure de protection ou de sécurité, qu'elle soit prise d'office ou sur la demande de la personne détenue, ne constitue pas une mesure disciplinaire ". Selon l'article R. 57-7-73 de ce même code : " Tant pour la décision initiale que pour les décisions ultérieures de prolongation, il est tenu compte de la personnalité de la personne détenue, de sa dangerosité ou de sa vulnérabilité particulière, et de son état de santé ". Saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision de mise à l'isolement, le juge administratif ne peut censurer l'appréciation portée par l'administration pénitentiaire quant à la nécessité d'une telle mesure qu'en cas d'erreur manifeste.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B C, détenu particulièrement signalé, a été condamné à une peine de trente ans de réclusion criminelle assortie d'une période de sureté de vingt ans par la cour d'assise de Guyanne le 17 juin 2011 pour des faits de meurtre, accompagné ou suivi d'un autre crime et participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un crime, et à quatre autres reprises pour des faits d'évasion ou de tentative d'évasion. Il ressort également des pièces du dossier, notamment du rapport d'enquête établi le 31 janvier 2022 et des comptes rendus d'incidents rédigés le 27 janvier 2022 et le 31 janvier 2022 qu'après des fouilles de la cellule de M. B C, une clef USB, trois tournevis de fabrication artisanale, un ciseau à bois, sept cartes SIM et un téléphone portable ont été trouvé dans la cellule occupée par M. B C. Au vu de l'ensemble de ces éléments, la décision du 18 février 2022 ordonnant le placement à l'isolement de M. B C, qui apparait comme l'unique moyen d'assurer la sécurité des personnes et de l'établissement, n'est pas entachée d'inexactitude matérielle des faits ni d'erreur manifeste d'appréciation. Ces moyens doivent par la suite être écartés.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B C à fin d'annulation de la décision du 18 février 2022 par laquelle la directrice de la maison centrale de Saint-Maur a ordonné son placement en cellule d'isolement pour une durée de trois mois doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à ce qu'il soit mis fin à cette mesure et ses conclusions relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B C, à l'Aarpi Thémis et au garde des Sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024 où siégeaient :

- M. Revel, président,

- M. Christophe, premier conseiller

- M. Gazeyeff, conseiller

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024.

Le rapporteur,

D. GAZEYEFF

Le président,

F-J. REVEL

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne

au garde des Sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme,

La greffière,

M. Djb

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