mardi 19 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2200515 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CASADEI-JUNG |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 avril 2022, Mme B A demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 3 mars 2022 par laquelle le directeur du centre hospitalier de la Tour Blanche d'Issoudun a mis fin à sa période de stage et prononcé son licenciement à compter du 9 avril 2022 ;
2°) d'enjoindre au centre hospitalier de la Tour Blanche de la réintégrer au sein de l'établissement, de la titulariser au grade d'agent de service hospitalier qualifié à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de quatre-vingts euros par jour de retard, et de créditer son compte-épargne temps du nombre de jours de congés qu'elle a été obligée de prendre avant son licenciement ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de la Tour Blanche une somme de 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la commission administrative paritaire locale qui a émis un avis sur le refus de sa titularisation était irrégulièrement constituée ;
- les dispositions législatives sur lesquelles est fondée la décision étaient abrogées depuis le 1er mars 2022 ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que son inaptitude partielle n'était que temporaire, qu'elle n'a pas fait l'objet d'arrêts pour cause de maladie pendant sa période de stage et que sa manière de servir donnait satisfaction à sa hiérarchie ;
- elle est victime de discriminations, le centre hospitalier ne lui a pas proposé de rencontrer un référent handicap, ne lui a pas proposé de formation en vue d'un reclassement et lui a notifié concomitamment son accord pour un temps partiel thérapeutique et son refus de titularisation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2022, le centre hospitalier de la Tour Blanche, représenté par Me Rainaud, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la fonction publique ;
- le décret n°88-386 du 19 avril 1988 ;
- le décret n°97-487 du 12 mai 1997 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Crosnier,
- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,
- et les observations de Me Malle, représentant le centre hospitalier de la Tour Blanche.
Une note en délibéré, enregistrée le 5 mars 2024, a été produite par Me Tissier-Lotz pour le centre hospitalier de la Tour Blanche.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A a été recrutée en qualité d'agent de service hospitalier qualifié dans de cadre de contrats à durée déterminée pour exercer ses fonctions au sein de l'EHPAD " les reflets d'argent ", rattaché au centre hospitalier de la Tour Blanche à Issoudun (Indre) et a été nommée stagiaire à compter du 1er octobre 2020 au sein de cet établissement. Après avis du médecin du travail, elle a sollicité l'octroi d'un temps partiel thérapeutique le 23 septembre 2021 qui lui sera accordé pour une période de trois mois à compter du 21 février 2022. Par une décision du 3 mars 2022, le directeur du centre hospitalier a refusé de prononcer sa titularisation au motif de son inaptitude physique. Mme A conteste cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. D'une part, aux termes de l'article 5 du décret du 24 décembre 2021 portant statut particulier des corps de la filière soignante de la catégorie C de la fonction publique hospitalière : " Les agents des services hospitaliers qualifiés sont chargés de l'entretien et de l'hygiène des locaux de soins et participent aux tâches permettant d'assurer le confort des malades. Ils effectuent également les travaux que nécessite la prophylaxie des maladies contagieuses et assurent la désinfection des locaux, des vêtements et du matériel. ". Aux termes de l'article 3 du décret du 12 mai 1997 fixant les dispositions communes applicables aux agents stagiaires de la fonction publique hospitalière : " Les agents stagiaires accomplissent les missions habituellement dévolues aux agents titulaires du corps dans lequel ils ont vocation à être titularisés, sous le contrôle et la responsabilité de leur hiérarchie directe. (). ". L'article 9 du même décret dispose : " L'agent stagiaire ne peut être licencié pour insuffisance professionnelle que lorsqu'il a accompli un temps au moins égal à la moitié de la durée normale du stage. / La décision de licenciement est prise après avis de la commission administrative paritaire prévue à l'article 34 du présent décret, sauf dans le cas où l'aptitude professionnelle doit être appréciée par un jury. () ". Enfin, aux termes de l'article 31 de ce décret : " Sauf lorsqu'il se trouve placé dans l'une des positions de congé prévues aux articles 26 à 29 du présent décret, l'agent stagiaire a droit au congé de maladie, au congé de longue maladie et au congé de longue durée mentionnés aux 2°, 3° et 4° de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée, dans les conditions fixées par les dispositions législatives et réglementaires applicables aux agents titulaires de la fonction publique hospitalière, sous réserve des dispositions suivantes : () 2° Lorsque, à l'expiration des droits à congé avec traitement ou d'une période de congé sans traitement accordés pour raison de santé, l'agent stagiaire est reconnu par la commission de réforme inapte à reprendre ses fonctions de façon définitive et absolue, il est licencié () ".
4. D'autre part, l'article 21-1 du même décret dispose : " Sauf le cas où le stage comporte un enseignement professionnel ou doit être accompli dans un établissement de formation, le fonctionnaire stagiaire a droit à accomplir un service à temps partiel pour raison thérapeutique dans les conditions fixées au titre II bis du décret n° 88-386 du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière. () ". Aux termes de l'article 13-1 du décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière : " Le fonctionnaire adresse à l'administration qui l'emploie une demande d'autorisation de servir à temps partiel pour raison thérapeutique accompagnée d'un certificat médical qui mentionne la quotité de temps de travail, la durée et les modalités d'exercice des fonctions à temps partiel pour raison thérapeutique prescrites. / La durée de la quotité de temps de travail est fixée à 50 %, 60 %, 70 %, 80 % ou 90 % de la durée du service hebdomadaire que les fonctionnaires à temps plein exerçant les mêmes fonctions doivent effectuer. ".
5. Un agent public ayant, à la suite de son recrutement ou dans le cadre de la formation qui lui est dispensée, la qualité de stagiaire se trouve dans une situation probatoire et provisoire. La décision de ne pas le titulariser en fin de stage est fondée sur l'appréciation portée par l'autorité compétente sur son aptitude à exercer les fonctions auxquelles il peut être appelé et, de manière générale, sur sa manière de servir.
6. Pour apprécier la légalité d'une décision de refus de titularisation, il incombe au juge administratif de vérifier qu'elle ne repose pas sur des faits matériellement inexacts, qu'elle n'est entachée ni d'erreur de droit ni d'erreur manifeste dans l'appréciation de l'insuffisance professionnelle de l'intéressée, qu'elle ne revêt pas le caractère d'une sanction disciplinaire et n'est entachée d'aucun détournement de pouvoir.
7. En l'espèce, la nomination en qualité de stagiaire de Mme A a pris effet le 1er octobre 2020 et, à la date de la décision attaquée, elle conservait la qualité de stagiaire. Pour refuser la titularisation de Mme A, le directeur du centre hospitalier s'est fondé sur l'avis de la CAPL du 23 février 2022 et a considéré qu'elle était inapte à remplir les fonctions d'agent hospitalier au regard des restrictions liées à son état de santé.
8. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a donné entière satisfaction dans l'exercice de ses fonctions, tant en qualité d'agent contractuel que pendant sa période de stage. La synthèse de ses évaluations au titre des années 2020 et 2021 mentionnent respectivement " Adaptation importante au niveau de l'outil informatique qu'elle est en capacité de maîtriser au niveau des repas et des plans de soins. Très bonne participation sur les groupes de travail et implication au niveau de l'atelier couture et de la gestion du linge des résidents. Mme A présente des capacités pour intégrer l'IFAS, elle est en attente de sa mise en stage. Excellent travail sur l'EHPAD. " et " Mme A s'est beaucoup investie cette année, d'une part au niveau de l'alimentation (travail avec la diététicienne, commande repas, mise à jour des goûts des résidents) et, d'autre part, au niveau de l'atelier linge et couture auprès des résidents. Elle s'est découvert des compétences au niveau de l'animation et souhaite réorienter son projet professionnel dans ce sens. Très disponible pour la continuité de service, elle fait partie des leaders positifs qui contribuent à développer une bonne ambiance au sein de l'équipe. ".
9. En transmettant le 23 septembre 2021, soit sept jours avant la fin théorique de sa période de stage, une demande de temps partiel thérapeutique pour une durée de six mois établie par son médecin traitant limitant le port de charges lourdes, dont le bienfondé sera confirmé le 30 novembre 2021 par le médecin agréé du centre hospitalier, la requérante a entendu se prévaloir des dispositions de l'article 21-1 du décret du 12 mai 1997 cité au point 3. Au regard de ces avis, le centre hospitalier a octroyé à la requérante un temps partiel thérapeutique de 50 % à compter du 21 février 2022 pour une durée de trois mois et en a déduit, après avoir recueilli l'avis de la CAPL le 23 février 2022, que cette restriction temporaire qui devait pourtant être réévaluée régulièrement, ne permettait pas de prononcer la titularisation de Mme A.
10. Dans ces conditions la décision du 3 mars 2022 n'a pas été prise dans le cadre d'une procédure de licenciement d'un stagiaire pour inaptitude physique, laquelle aurait nécessité la consultation de la commission de réforme conformément aux dispositions de l'article 31 du décret du 12 mai 1997 précité, mais s'est placée dans le cadre d'un licenciement pour insuffisance professionnelle prévu à l'article 9 du décret du 12 mai 1997 alors qu'au regard de ce qui a été dit au point 7, la requérante donnait entière satisfaction dans l'exercice de ses fonctions. Par suite, Mme A est fondée à soutenir que cette décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation et à en demander l'annulation.
11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête que la décision n°519 du 3 mars 2022 par laquelle le directeur du centre hospitalier de la Tour Blanche a mis fin au stage de Mme A, l'a radiée des effectifs et a prononcé son licenciement doit être annulée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
12. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".
13. L'annulation de la décision du 3 mars 2022 implique nécessairement qu'il soit enjoint au directeur du centre hospitalier de la Tour Blanche, sauf à ce que Mme A y renonce, de procéder à un réexamen de sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le centre hospitalier de la Tour Blanche demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge du centre hospitalier de la Tour Blanche le versement de la somme de 500 euros que Mme A demande au titre de ce même article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 3 mars 2022 par laquelle le directeur du centre hospitalier de la Tour Blanche a licencié Mme A à l'issue de son stage est annulée.
Article 2 : Sauf à ce que Mme A y renonce, il est enjoint au centre hospitalier de la Tour Blanche, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de procéder à un nouvel examen de la situation de la requérante.
Article 3 : Le centre hospitalier de la Tour Blanche versera à Mme A une somme de 500 (cinq cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de la Tour Blanche sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier de la Tour Blanche.
Délibéré après l'audience du 5 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Artus, président,
M. Crosnier, premier conseiller,
M. Martha, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mars 2024.
Le rapporteur,
Y. CROSNIER
Le président,
D. ARTUS La greffière en chef,
A. BLANCHON
La République mande et ordonne au préfet de l'Indre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière en chef,
A. BLANCHON
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026