mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2200585 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | FRUGIER JOËL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 avril 2022, M. B A, représenté par Me Frugier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 avril 2022 par lequel la préfète de la Creuse a suspendu à titre conservatoire son agrément de contrôleur technique pour une durée de deux mois à compter du 27 avril 2022 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté du 22 avril 2022 de la préfète de la Creuse n'est pas suffisamment motivé ; contrairement à ce qui est mentionné dans cet arrêté, le rapport de visite de surveillance établi le 28 mars 2022 par les services de la DREAL de Nouvelle-Aquitaine, au vu duquel la suspension de son agrément de contrôleur technique a été décidée, n'y était pas joint ;
- l'arrêté du 22 avril 2022 de la préfète de la Creuse a été pris sans qu'une procédure contradictoire préalable ait été mise en œuvre, en méconnaissance de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et du IV de l'article R. 323-18 du code de la route ;
- la préfète de la Creuse a commis une erreur d'appréciation dès lors que, pour suspendre son agrément de contrôleur technique, elle s'est fondée sur des anomalies, relevées lors de la visite de surveillance du 8 mars 2022, concernant un seul véhicule alors même qu'au titre de l'année 2021, près de 1 900 contrôles techniques ont été effectués dans son centre de contrôle technique et qu'à la date de l'arrêté en litige, il exerçait l'activité de contrôleur technique depuis 18 ans.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 juin 2022, la préfète de la Creuse conclut au rejet de la requête comme non-fondée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la route ;
- l'arrêté du 18 juin 1991 relatif à la mise en place et à l'organisation du contrôle technique des véhicules dont le poids n'excède pas 3,5 tonnes.
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Boschet,
- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Gérant de la SARL Contrôle Technique Damien, qui exploitait un centre de contrôle technique pour véhicules de moins de 3,5 tonnes à La Souterraine, M. A s'est vu délivrer, par une décision du 15 juillet 2004, un agrément pour exercer l'activité de contrôleur technique. Par deux arrêtés du 22 avril 2022, pris à la suite de visites de surveillance effectuées les 8 et 10 mars 2022 par les services de la Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (Dreal) Nouvelle-Aquitaine, la préfète de la Creuse a suspendu, pour une durée de deux mois à compter du 27 avril 2022, les agréments du centre de contrôle technique et de M. A. Par cette requête, M. A demande l'annulation de l'arrêté du 22 avril 2022 prononçant la suspension à titre conservatoire de son agrément de contrôleur technique.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / 2° Infligent une sanction ". Selon l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 211-6 du même code : " Lorsque l'urgence absolue a empêché qu'une décision soit motivée, le défaut de motivation n'entache pas d'illégalité cette décision. Toutefois, si l'intéressé en fait la demande, dans les délais du recours contentieux, l'autorité qui a pris la décision devra, dans un délai d'un mois, lui en communiquer les motifs ".
3. A supposer même, comme le soutient le requérant qui ne justifie cependant pas avoir accompli des démarches pour en obtenir la communication, que le rapport établi le 28 mars 2022 par les services de la DREAL Nouvelle Aquitaine à la suite des visites de surveillance effectuées les 8 et 10 mars 2022 n'aurait pas été annexé à l'arrêté contesté du 22 avril 2022 contrairement à ce qui y est mentionné, cet arrêté, qui reprend notamment dans ses motifs les éléments essentiels figurant dans ce rapport quant aux non-conformités constatées, comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté du 22 avril 2022 doit être écarté.
4. En second lieu, aux termes de l'article L. 323-1 du code de la route : " I.- Lorsqu'en application du présent code, des véhicules sont astreints à un contrôle technique, celui-ci est effectué par les services de l'Etat ou par des contrôleurs agréés par l'Etat dans des installations agréées. () / Un décret en Conseil d'Etat fixe les modalités de fonctionnement du système de contrôle et en particulier les conditions d'agrément des contrôleurs, des installations nécessaires au contrôle et des réseaux mentionnés au deuxième alinéa ". Aux termes de l'article R. 323-18 de ce code : " I.- L'agrément d'un contrôleur est délivré par le préfet de département où est implanté le centre de contrôle auquel il est rattaché. () / IV.- L'agrément d'un contrôleur peut être suspendu ou retiré pour tout ou partie des catégories de contrôles techniques qu'il concerne si les conditions posées lors de sa délivrance ne sont plus respectées ou s'il est constaté un manquement aux règles fixant l'exercice de l'activité du contrôleur. / La décision de suspension ou de retrait n'intervient qu'après que la personne intéressée a été entendue et mise à même de présenter des observations écrites ou orales. / En cas d'urgence, l'agrément d'un contrôleur peut être suspendu immédiatement pour une durée maximale de deux mois ". Aux termes de l'article 13-1 de l'arrêté du 18 juin 1991 susvisé : " L'agrément du contrôleur peut être retiré ou suspendu conformément aux dispositions du IV de l'article R. 323-18 du code de la route (). Les mesures de retrait ou de suspension sont notamment applicables en cas de carence de qualification, en cas de réalisation non conforme d'un contrôle technique, notamment dans les points à contrôler, les modalités et méthodes de contrôles, les formalités finales ou conclusions dans le résultat du contrôle technique. () / Avant toute décision, le préfet de département informe par écrit le contrôleur () de son intention de suspendre ou de retirer l'agrément du contrôleur en indiquant les faits qui lui sont reprochés et en lui communiquant ou en lui permettant d'accéder au dossier sur la base duquel la procédure est initiée. / Le contrôleur, le titulaire de l'agrément du centre de contrôle où les faits ont été constatés ainsi que le titulaire de l'agrément du centre de contrôle de rattachement du contrôleur et les réseaux éventuellement concernés disposent d'un délai d'un mois, à compter de la présentation du courrier, pour faire part de leurs observations par écrit. / () ". Selon l'article 13-2 de cet arrêté : " En cas d'urgence le préfet peut suspendre à titre conservatoire et avec effet immédiat, l'agrément du contrôleur pour une durée maximum de deux mois dans l'attente de la décision prise en application des dispositions de l'article 13-1 ".
5. Il résulte de ces dispositions que le préfet compétent peut suspendre ou retirer un agrément accordé à un contrôleur technique si les conditions posées lors de sa délivrance ne sont plus respectées ou s'il est constaté un manquement aux règles fixant l'exercice de l'activité du contrôleur. Sauf en cas d'urgence, une telle possibilité n'est ouverte qu'après respect d'une procédure contradictoire visant notamment à recueillir les observations de la personne bénéficiaire de l'agrément.
6. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Selon l'article L. 121-2 de ce code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; () / 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière ".
7. Premièrement, il ressort du rapport établi le 28 mars 2022 par les services de la DREAL Nouvelle-Aquitaine que, lors de la visite de surveillance du 8 mars 2022, plusieurs non conformités ont été constatées dans la réalisation par M. A d'un contrôle technique concernant un véhicule de type Fiat Brava. A cet égard, alors que M. A avait dressé un procès-verbal de contrôle sans aucun motif de contre-visite, les auteurs de ce rapport ont relevé qu'au moins une défaillance dite " critique " et huit défaillances dites " majeures " devaient être retenues. Outre ces non conformités relatives au contrôle technique de ce véhicule, il ressort de ce même rapport que la visite de surveillance du 10 mars 2022 a brutalement été arrêtée par M. A au prétexte de " raisons personnelles " et que de nombreuses bouteilles d'alcool pleines étaient présentes dans le centre de contrôle technique, le requérant indiquant expressément que ces bouteilles lui avaient été remises " par des clients en guise de remerciements ". Il ressort aussi des pièces du dossier que les non conformités mentionnées dans ce rapport, qui ne sont aucunement contestées, font suite à trois précédentes suspensions de l'agrément de M. A prononcées au titre des périodes du 30 décembre 2012 au 6 janvier 2013, du 7 au 21 octobre 2013 et du 17 mars au 17 novembre 2017, fondées en partie sur des défaillances analogues à celles constatées en mars 2022, et que, par un courrier du 7 juillet 2020, les services de la préfecture de la Creuse avaient déjà adressé au requérant un avertissement quant à sa manière de réaliser ses contrôles techniques de véhicules légers. Compte tenu de la nature et de la répétition des défaillances de M. A dans son activité de contrôleur technique, qui sont susceptibles de nuire gravement à la sécurité routière, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la préfète de la Creuse a estimé qu'il y avait lieu, sur le fondement du dernier alinéa du IV de l'article R. 323-18 du code de la route et de l'article 13-2 de l'arrêté du 18 juin 1991, de prononcer, en urgence, la suspension de son agrément de contrôleur technique pour une durée de deux mois à compter du 27 avril 2022.
8. Deuxièmement, d'une part, dès lors que la suspension de l'agrément de M. A a été décidée compte tenu d'une situation d'urgence sur le fondement du dernier alinéa du IV de l'article R. 323-18 du code de la route et de l'article 13-2 de l'arrêté du 18 juin 1991, cette suspension a pu être prononcée sans mise en œuvre de la procédure contradictoire préalable spécifiquement prévue par les dispositions citées au point 4, laquelle s'applique aux mesures de suspension d'agréments hors situation d'urgence. D'autre part, et alors que la procédure contradictoire préalable prévue à l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration n'est pas applicable en cas d'urgence, M. A ne saurait en tout état de cause pas utilement invoquer une violation de ces dispositions dès lors qu'il résulte du 3° de cet article et de l'article L. 323-1 du code de la route que le législateur a renvoyé au pouvoir réglementaire le soin de préciser par les dispositions de l'article R. 323-18 du code de la route, les règles de procédure administrative auxquelles sont soumises les décisions de retrait et de suspension des agréments de contrôleur technique et, par suite, exclure l'application des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 22 avril 2022 par lequel la préfète de la Creuse a suspendu son agrément de contrôleur technique pour une durée de deux mois à compter du 27 avril 2022 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de la Creuse.
Délibéré après l'audience du 16 avril 2024 où siégeaient :
- M. Artus, président,
- M. Crosnier, premier conseiller,
- M. Boschet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.
Le rapporteur,
J.B. BOSCHET
Le président,
D. ARTUS
La greffière en chef,
A. BLANCHON
La République mande et ordonne
à la préfète de la Creuse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La greffière en chef,
A. BLANCHON
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026