mardi 29 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2200597 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | MARTY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 avril 2022, Mme C D épouse B, représentée par Me Marty, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 24 janvier 2022 par laquelle la préfète de la Haute-Vienne a refusé de faire droit à la demande de regroupement familiale qu'elle avait présentée en faveur de son époux, M. F B ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne d'autoriser le regroupement familial en faveur de son époux, ou de prendre une nouvelle décision, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision du 24 janvier 2022 est insuffisamment motivée ;
- la préfète de la Haute-Vienne a entaché sa décision d'une erreur de droit dès lors qu'elle s'est crue liée par la condition de revenus suffisants ;
- la préfète de la Haute-Vienne a commis une erreur d'appréciation en estimant qu'elle ne disposait pas de revenus suffisants ;
- la décision du 24 janvier 2022 méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- la décision du 24 janvier 2022 méconnaît le 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 mai 2022, la préfète de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non-fondée.
Mme D épouse B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Boschet a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissante ivoirienne née le 16 juillet 1994, Mme D est entrée en France en 2008. En raison de sa qualité de réfugiée, elle s'est vu délivrer une carte de résident de dix ans qui était valable du 19 mars 2013 au 18 mars 2023. Le 25 août 2021, elle a présenté une demande de regroupement familial en faveur de M. B, ressortissant ivoirien résidant alors au Togo, qu'elle a épousé le 26 décembre 2019. Par une décision du 24 janvier 2022, la préfète de la Haute-Vienne a rejeté cette demande. Par cette requête, Mme D demande l'annulation de cette décision du 24 janvier 2022. Elle doit également être regardée comme demandant l'annulation de la décision du 5 mai 2022 portant rejet de son recours gracieux.
2. En premier lieu, contrairement à ce que soutient Mme D, la décision du 24 janvier 2022 rejetant la demande de regroupement familial qu'elle a présentée en faveur de son époux comporte l'exposé des motifs de droit et de fait sur lesquels elle se fonde. Par suite, et alors que la préfète de la Haute-Vienne n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation de la requérante, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort des motifs de la décision du 24 janvier 2022 que, pour rejeter la demande de regroupement familial présentée par Mme D, la préfète de la Haute-Vienne s'est fondée sur le motif qu'elle ne justifiait pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Mais il ressort également de ces mêmes motifs que la préfète de la Haute-Vienne a pris cette décision de rejet après avoir notamment procédé à un " examen attentif [de la demande] " au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et " en prenant en compte l'ensemble des éléments " du dossier de Mme D. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que la préfète de la Haute-Vienne se serait crue à tort en situation de compétence liée pour rejeter la demande de Mme D au seul motif qu'elle ne remplissait pas la condition de ressources stables et suffisantes doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ". Aux termes de l'article L. 434-7 de ce code : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ". Selon l'article L. 434-8 du même code : " Pour l'appréciation des ressources mentionnées au 1° de l'article L. 434-7 toutes les ressources du demandeur et de son conjoint sont prises en compte, indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. / Ces ressources doivent atteindre un montant, fixé par décret en Conseil d'Etat, qui tient compte de la taille de la famille du demandeur et doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième ". Aux termes de l'article R. 434-4 du même code : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : / 1° Cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ".
5. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que le caractère suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance au cours de cette même période.
6. Compte tenu de la date à laquelle Mme D a déposé sa demande de regroupement familial, la période de référence pour apprécier si la condition de ressources stables et suffisantes était remplie s'étendait du 25 août 2020 au 25 août 2021. Or, alors qu'aucun élément n'est apporté pour justifier de ressources éventuellement perçues par l'époux de Mme D, il ressort des pièces du dossier, notamment de son avis d'impôt sur les revenus perçus en 2020 et de ses fiches de paie en qualité d'ouvrière agricole en intérim d'avril à juillet 2021, que les ressources de la requérante pendant la période de référence étaient inférieures à la moyenne du salaire minimum interprofessionnel de croissance au cours de cette même période. Par suite, sans qu'ait d'incidence la circonstance invoquée par Mme D qu'elle a été enceinte pendant une partie de la période de référence, c'est sans commettre d'erreur de fait ou d'erreur d'appréciation que la préfète de la Haute-Vienne lui a opposé que la condition de ressources stables et suffisantes n'était pas remplie.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
8. Si le préfet est en droit de rejeter une demande de regroupement familial au motif que l'étranger ne remplirait pas l'une ou l'autre des conditions légales requises, il dispose toutefois d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu de rejeter la demande en pareil cas s'il est porté une atteinte excessive au droit de l'étranger de mener une vie familiale normale, tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ou lorsqu'il est porté atteinte à l'intérêt supérieur d'un enfant, tel que protégé par les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant.
9. S'il est constant que Mme D et son époux se sont mariés le 26 décembre 2019, aucun élément n'est apporté pour justifier de la nature et de l'intensité des liens qu'ils auraient eus avant ce mariage. En outre, si les cachets apposés sur le passeport de Mme D révèlent qu'elle s'est rendue au Togo du 25 novembre au 30 décembre 2019 et du 15 décembre 2020 au 26 janvier 2021, il ressort des pièces du dossier qu'à l'exception de ces courtes périodes, la requérante a vécu séparée de son époux, et elle ne démontre pas qu'en dépit du mode de vie séparé qu'ils ont adopté depuis leur mariage, ils auraient entretenu des liens d'une particulière intensité. Par ailleurs, s'il ressort des pièces du dossier, notamment des copies de messages par téléphone échangés entre Mme D et son époux que ce dernier prenait des nouvelles de leur fils A né le 3 septembre 2021 à Limoges, ces éléments ne suffisent pas pour établir qu'à la date de la décision du 24 janvier 2022, M. B, qui n'avait pas encore rencontré A physiquement, aurait contribué à l'entretien et à l'éducation de cet enfant. Dans ces conditions, et alors que sa décision ne faisait pas obstacle à ce que M. B sollicite un visa pour rendre visite à son épouse ou à leur enfant, la préfète de la Haute-Vienne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme D en rejetant sa demande de regroupement familial. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, ce refus n'a pas méconnu l'intérêt supérieur de leur enfant, consacré par le 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation de la requérante.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et, par voie de conséquence, les autres conclusions présentées par Mme D et son avocat doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D épouse B est rejetée.
Article 2 : Ce jugement sera notifié à Mme C D épouse B, au préfet de la Haute-Vienne et à Me Marty.
Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Revel, président,
M. Boschet, premier conseiller,
M. Gazeyeff, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.
Le rapporteur,
J.B. BOSCHET
Le président,
F.J. REVELLa greffière,
M. E
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef,
La Greffière
M. E
jb
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026