mardi 2 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2200601 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CHRISTIAN DELPY AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces enregistrés le 29 avril 2022, le 27 juillet 2022, le 6 septembre et le 18 novembre 2022, Mme E D, représentée par Me Delpy, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 mars 2022 par laquelle la rectrice de l'académie de Limoges a rejeté son recours gracieux formé à l'encontre de la décision du 20 décembre 2021 par laquelle cette autorité administrative a fixé la date de consolidation des séquelles de sa maladie professionnelle au 9 novembre 2021 et a fixé un taux d'IPP à 10% ;
2°) désigner avant dire droit un expert ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'expertise du docteur C, médecin expert, en date du 16 février 2022, n'est pas probante dès lors que cette expertise a été " bâclée " et que ses résultats sont incohérents avec les conclusions du docteur B rendues le 9 novembre 2021 ainsi qu'avec la teneur de l'avis de la commission de réforme du 13 décembre 2021 ;
- sa date de consolidation est entachée d'erreur d'appréciation ;
- le taux d'IPP fixé à 10% doit être réévalué ;
- le poste adapté qu'elle occupait depuis septembre 2020 lui a été refusé pour l'année 2022-2023 ;
- le stress post-traumatique qu'elle a subi à compter du dernier trimestre de l'année 2021 se rattache à la maladie professionnelle reconnue en 2014 ; son arrêt de travail depuis le 7 décembre 2021 doit être pris en compte au titre de la maladie professionnelle au même titre que les soins médicaux que son état de santé nécessite.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 juillet 2022, la rectrice de l'académie de Limoges conclut au rejet de la requête comme non fondée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Martha
- et les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D occupait un poste d'assistante chef de travaux au Lycée Danton à Brive. Elle a été reconnue en maladie professionnelle le 8 avril 2014 en raison d'une dépression et placée en congé pour raisons de santé. Elle a repris une activité professionnelle en septembre 2020 dans le cadre d'une reconversion en tant que conseillère en validation des acquis de l'expérience (VAE), sur un poste adapté. A la suite du rapport d'expertise rendu le 9 novembre 2021 par le docteur B, médecin psychiatre agrée, puis de l'avis rendu par la commission de réforme, la rectrice de l'académie de Limoges, par une décision du 20 décembre 2021, a fixé la date de consolidation des séquelles de Mme D au 9 novembre 2021 et a fixé un taux d'IPP à 10%. Par un courrier du 14 janvier 2022, Mme D a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision, sollicitant le réexamen de la date de consolidation et du taux d'IPP. Par une décision du 4 mars 2022, la rectrice a rejeté ce recours gracieux. Mme D doit être regardée comme demandant l'annulation des décisions du 20 décembre 2021 et du 4 mars 2022.
Sur la fixation de la date de consolidation :
2. La date de consolidation correspond au moment où les lésions se fixent et se stabilisent et acquièrent un caractère permanent, ce qui permet alors d'apprécier un taux d'incapacité permanente partielle (IPP) résultant d'une pathologie ou d'un accident. La consolidation de l'état de santé ne peut, en revanche, être assimilée à la guérison et ne constitue pas davantage une circonstance impliquant nécessairement la fin des soins nécessités par cette pathologie ou cet accident.
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme D a été placée en arrêt de travail pour maladie professionnelle, en raison d'un état dépressif, entre 2014 et 2020. Elle a repris le travail sur un poste adapté à 50% en septembre 2020, avant que sa quotité de travail ne soit portée à 60% à compter du 1er septembre 2021 sur des fonctions incluant 4 à 5 heures d'entretiens téléphoniques et visio-conférences. L'intéressée soutient que l'exercice de ces fonctions selon de telles modalités a majoré les problèmes d'acouphènes droits dont elle souffre depuis une fracture du rocher qu'elle a subie quand elle avait 18 ans conduisant à une hypoacousie, une aggravation de son état anxio-dépressif, une anxiété, une fatigabilité, des troubles de la concentration et de la mémoire, des migraines et des pertes d'équilibre ayant conduit à la prescription d'arrêts de travail à compter du 7 décembre 2021 par son médecin traitant.
4. Il ressort des pièces du dossier, notamment du compte rendu d'examen du docteur B, médecin psychiatre agréé, du 9 novembre 2021, que Mme D lui a déclaré que le travail qu'elle exerce depuis septembre 2020 " lui convient très bien " même si la reprise en présentiel a été émotionnellement difficile après une période de télétravail. Cet expert souligne également que l'intéressée " ne décrit pas de symptôme dépressif actif caractérisé ", se plaint " d'acouphènes et d'un problème d'hormones parathyroïdiennes depuis l'intervention chirurgicale " avant de préciser qu'il existe " des séquelles de sa dépression à type de lenteur et de troubles mnésiques mais la symptomatologie semble stable depuis plus d'un an sans élément dépressif actif ". Au vu de ces éléments, et eu égard à la stabilité symptomatique présentée par Mme D, le docteur B a fixé une date de consolidation au 9 novembre 2021. Le docteur C, médecin psychiatre agréé, dans un rapport d'expertise du 21 février 2022 retient une analyse concordante avec celle du docteur B en fixant, elle aussi, la date de consolidation au 9 novembre 2021, indiquant qu'il " n'y a pas d'éléments supplémentaires à l'entretien psychiatrique, l'humeur n'est pas totalement décompensée, il n'y a pas d'angoisses majeures, pas de ralentissement psychomoteur, pas de douleur morale. ". Elle rajoute que " les plaintes sont essentiellement somatiques et d'ailleurs le traitement du Docteur A n'a pas été réajusté, () Il n'y a donc pas d'éléments nouveaux concernant la maladie professionnelle d'ordre psychiatrique. Les phénomènes migraineux, d'acouphènes, de vertiges, ne sont pas d'origine spécifiquement psychogène et ne doivent pas être attribués à l'état psychiatrique de Mme D ". Au vu de ces éléments médicaux concordants et nonobstant l'avis médical du docteur A du 4 février 2022 indiquant une aggravation de l'état anxio-dépressif de Mme D depuis septembre 2021 liée à une souffrance au travail, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la rectrice de l'académie de Limoges a retenu une date de consolidation de la dépression de Mme D au 9 novembre 2021.
Sur le taux d'IPP :
5. Alors que le docteur B, le docteur C et la commission de réforme ont retenu un taux d'IPP de 10%, Mme D n'apporte à l'instance aucun élément de nature à établir que sa situation séquellaire, à la date de consolidation, justifierait un taux d'IPP supérieur à 10%. Par suite, sa demande tendant à ce qu'un taux supérieur lui soit accordé doit être rejetée.
Sur le refus de prendre en charge les arrêts de travail postérieurs au 7 décembre 2021 et les soins inhérents aux troubles de santé intervenus à compter de cette date :
6. Aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat applicables au litige : Le fonctionnaire en activité a droit : 1° A un congé annuel avec traitement dont la durée est fixée par décret en Conseil d'Etat ; 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévues en application de l'article 35. Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident ".
7. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le droit de conserver l'intégralité du traitement est soumis à la condition que la maladie mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'accomplir son service soit en lien direct, mais non nécessairement exclusif, avec un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de ses fonctions, et, d'autre part, que doivent être pris en charge au titre de l'accident de service les honoraires médicaux et frais directement entraînés par celui-ci, y compris, le cas échéant, s'ils sont exposés postérieurement à la date de consolidation constatée par l'autorité compétente.
8. Il ressort de leurs termes mêmes que les décisions du 20 décembre 2021 et du 4 mars 2022 se bornent à prendre position sur la date de consolidation de l'état pathologique de Mme D et le taux d'IPP reconnu à son profit. A cet égard, si la décision du 4 mars 2022, qui rejette le recours gracieux formé par Mme D le 14 janvier 2022 tendant exclusivement au réexamen de la date de consolidation et du taux d'IPP, fait état de ce que dans son rapport le docteur C " précise également que l'arrêt de travail et les soins ne doivent pas être pris en charge au titre de la maladie professionnelle ", cette mention n'a été formulée qu'à titre informatif, alors, d'une part, que la rectrice indique explicitement confirmer sa décision du 20 décembre 2021 qui se borne à fixer un taux d'IPP de 10% et une consolidation à la date du 9 novembre 2021, d'autre part, que Mme D ne produit pas les arrêts de travail qui lui auraient été accordés à compter du 7 décembre 2021 ni ne justifie de la communication à la rectrice de l'académie de Limoges des frais ou honoraires médicaux qu'elle aurait été amenée à exposer postérieurement au 7 décembre 2021. Dans ces conditions, les conclusions tendant à voir annuler les décisions critiquées en tant qu'elles ont refusé de prendre en charge les arrêts de travail de Mme D à compter du 7 décembre 2021 et des soins afférents doivent être rejetées.
Sur le refus d'accorder un poste adapté à Mme D pour l'année scolaire 2022-2023 :
9. Les deux décisions contestées ne se prononcent pas sur un tel refus. Par suite, les conclusions dirigées contre un prétendu refus d'accorder à Mme D un poste adapté pour l'année scolaire 2022-2023 ne peuvent qu'être rejetées.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner l'expertise sollicitée par Mme D, que la requête de cette dernière doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de Mme D est rejetée.
Article 2:Le présent jugement sera notifié à Mme D et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Une copie en sera adressée pour information à la rectrice de l'académie de Limoges.
Délibéré après l'audience du 19 mars 2024 où siégeaient :
- M. Artus, président,
- M. Crosnier, premier conseiller,
- M. Martha, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.
Le rapporteur,
F. MARTHA
Le président,
D. ARTUS
La greffière en chef,
A. BLANCHON
La République mande et ordonne
au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La greffière en chef,
A. BLANCHON
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026