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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2200628

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200628

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2200628
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantKARAKUS-GURSAL HANIFE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 mai 2022, M. D B, représenté par Me Karakus, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler, d'une part, l'arrêté du 22 mars 2022 par lequel la préfète de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et, d'autre part, l'arrêté du 3 mai 2022 par lequel la préfète de la Haute-Vienne l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de 45 jours ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation de son conseil au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux est entaché d'incompétence ;

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est le père d'un enfant français et qu'il contribue à son entretien et à son éducation ;

- les décisions litigieuses méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mai 2022, la préfète de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Par une ordonnance du 25 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 juin 2022.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

2. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 mai 2022. Par suite, ses conclusions tendant à ce qu'il soit admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur l'étendue du litige :

3. Par un jugement du 11 mai 2022, le président du tribunal a, d'une part, rejeté les conclusions de la requête dirigées contre la décision du 22 mars 2022 par laquelle la préfète de la Haute-Vienne a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai et contre l'arrêté du 3 mai 2022 l'assignant à résidence et a renvoyé à une formation collégiale du tribunal l'examen des conclusions dirigées contre la décision de refus de titre de séjour.

4. Par suite, il n'y a lieu, dans la présente instance, que de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour contenue dans l'arrêté du 22 octobre 2021 et sur les conclusions accessoires afférentes.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, M. F A, directeur de cabinet de la préfète de la Haute-Vienne, et signataire de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français et de l'arrêté portant assignation à résidence, bénéficiait d'une délégation de signature de la préfète de la Haute-Vienne du 25 octobre 2021, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs n° 87-2021-124 du même jour, à l'effet de signer " les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile " en cas d'absence ou d'empêchement de M. Jérôme Decours, secrétaire général. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés attaqués manque en fait et doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

7. L'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé et M. B ne fait état d'aucun élément particulier que la préfète n'aurait pas pris en considération. Par suite, l'arrêté attaqué est suffisamment motivé et le moyen tiré de son défaut de motivation doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L.423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

9. S'il ressort des pièces du dossier que le requérant est père d'un enfant français né le 4 mars 2021, qui vit avec sa mère à Reims, l'intéressé ne justifie pas, en soutenant qu'il bénéficie d'un droit de visite un samedi sur deux chez la mère de l'enfant et en se bornant à produire un ticket de caisse d'achats réalisés à Reims, un billet de train en direction de Reims et des photographies avec sa fille, contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de celle-ci depuis sa naissance, alors même qu'il ne disposait que de faibles ressources. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré, selon ses déclarations, irrégulièrement en France en décembre 2012, que sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 13 février 2014, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 23 juillet 2014. Il a notamment fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire français, respectivement les 10 janvier 2018 et le 20 août 2019 qui n'ont pas été exécutées. Le 20 août 2019, il a été assigné à résidence mais n'a pas respecté ses obligations de pointage. Le 6 juillet 2021, M. B a sollicité un titre de séjour mais n'a pas déposé les pièces qui lui ont été alors réclamées. Comme il a été dit au point 9, le requérant n'établit pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de sa fille depuis sa naissance, alors même qu'il ne disposait que de faibles ressources. En outre, si le requérant soutient qu'il fait preuve d'une intégration associative et que ses compétences professionnelles lui permettraient de trouver un emploi facilement, il ne produit toutefois aucune pièce au soutien de ses allégations et ne justifie ainsi d'aucune intégration sociale ou professionnelle particulière. Dans ces conditions, M. B, qui n'établit pas avoir transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux en France, n'est pas fondé à soutenir que la préfète de la Haute-Vienne aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'elle aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision du 22 mars 2022 par laquelle la préfète de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquences, les conclusions aux fins d'injonction, d'astreinte ainsi que celles liées aux frais du procès doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2:Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3:Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Karakus et à la préfète de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022 où siégeaient :

- Mme Mège, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Benzaid, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

La rapporteure,

H. E

Le président,

C. MEGE

Le greffier,

M. C

La République mande et ordonne

à la préfète de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

aj

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