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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2200640

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200640

mardi 4 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2200640
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantDOUNIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces enregistrées les 7 mai 2022 et 27 juin 2022, M. D A, représenté par Me Dounies, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 mars 2022 par lequel la maire de la commune d'Ambazac lui a infligé la sanction de la révocation ;

2°) d'enjoindre à la commune d'Ambazac de le réintégrer et de reconstituer sa carrière, ou de prendre " une décision plus proportionnée ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Ambazac une somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté du 7 mars 2022 est insuffisamment motivé en droit et en fait ;

- l'arrêté du 7 mars 2022 a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière ; en premier lieu, les témoignages sur lesquels l'autorité disciplinaire s'est fondée ont tous été anonymisés dans le cadre de la procédure disciplinaire, de sorte que la commune d'Ambazac a méconnu son obligation de loyauté dans l'administration de la preuve ; en deuxième lieu, il n'a pas disposé, avant la réunion du conseil de discipline, d'un délai suffisant pour prendre connaissance de son dossier individuel et pour se défendre ; en troisième lieu, les attestations en sa faveur, notamment celle établie par l'ancien maire de la commune d'Ambazac, n'ont pas été transmises aux membres du conseil de discipline alors qu'il les avait communiquées huit jours avant la tenue de ce conseil ;

- la sanction de la révocation prononcée à son encontre repose sur des faits matériellement inexacts et est disproportionnée.

Par des mémoires en défense enregistrés les 8 et 11 juillet 2022, la commune d'Ambazac conclut au rejet de la requête comme non-fondée et demande qu'il soit mis à la charge de M. A une somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 89-677 du 18 septembre 1989 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Boschet,

- et les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Adjoint technique principal de 2ème classe à la commune d'Ambazac, M. D A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 mars 2022 par lequel la maire de la commune d'Ambazac lui a infligé la sanction disciplinaire de la révocation.

Sur les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et d'astreinte :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 532-5 du code général de la fonction publique : " () la décision prononçant une sanction disciplinaire doi[t] être motivé[e] ". Selon l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. D'une part, l'arrêté du 7 mars 2022 de la maire de la commune d'Ambazac vise les textes sur lesquels il se fonde, en particulier le titre III du livre V du code général de la fonction publique. D'autre part, cet arrêté précise qu'il est retenu, à l'encontre de M. A, des faits de " nuisance au bon fonctionnement du service ", de " non-respect des collègues et des insultes fréquentes et répétées ", d'" agression physique " et de " harcèlement d'un collègue ". Dans ces conditions, et contrairement à ce que soutient le requérant, cet arrêté comporte l'énoncé des motifs de droit et de fait sur lesquels il se fonde, conformément aux dispositions citées au point 2. Il s'en suit que le moyen tiré de l'insuffisante motivation en droit et en fait de l'arrêté du 7 mars 2022 qui lui inflige la sanction de la révocation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa version applicable jusqu'au 28 février 2022 : " Le fonctionnaire à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes et à l'assistance de défenseurs de son choix. L'administration doit informer le fonctionnaire de son droit à communication du dossier. Aucune sanction disciplinaire autre que celles classées dans le premier groupe par les dispositions statutaires relatives aux fonctions publiques de l'Etat, territoriale et hospitalière ne peut être prononcée sans consultation préalable d'un organisme siégeant en conseil de discipline dans lequel le personnel est représenté ". Aux termes de l'article 4 du décret du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux : " L'autorité investie du pouvoir disciplinaire informe par écrit l'intéressé de la procédure disciplinaire engagée contre lui, lui précise les faits qui lui sont reprochés et lui indique qu'il a le droit d'obtenir la communication intégrale de son dossier individuel au siège de l'autorité territoriale et la possibilité de se faire assister par un ou plusieurs conseils de son choix. / L'intéressé doit disposer d'un délai suffisant pour prendre connaissance de ce dossier et organiser sa défense. Les pièces du dossier et les documents annexés doivent être numérotés ". Aux termes de l'article 6 de ce décret : " Le fonctionnaire poursuivi est convoqué par le président du conseil de discipline, quinze jours au moins avant la date de la réunion, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. / Il peut présenter devant le conseil de discipline des observations écrites ou orales, citer des témoins et se faire assister par un ou plusieurs conseils de son choix ".

5. Premièrement, il ressort des pièces du dossier que, le 7 janvier 2022, soit un mois et quatorze jours avant la réunion du conseil de discipline du 21 février 2022 qui s'est prononcé en faveur d'une révocation, M. A a reçu le courrier du 5 janvier 2022 du maire de la commune d'Ambazac l'informant de l'engagement d'une procédure disciplinaire à son encontre et de son droit à la communication de son dossier. Le 20 janvier 2022, soit plus d'un mois avant la réunion du conseil de discipline, M. A a pris connaissance de son dossier, lequel comprenait, entre autres, les éléments sur le fondement desquels une sanction disciplinaire était envisagée. Dans ces conditions, et alors qu'il est constant que M. A a été convoqué plus de quinze jours avant la réunion du conseil de discipline conformément à l'article 6 du décret du 18 septembre 1989, il n'est pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas eu un délai suffisant pour prendre connaissance des éléments de son dossier et préparer sa défense avant la réunion du conseil de discipline.

6. Deuxièmement, il ressort du procès-verbal du conseil de discipline du 21 février 2022, dans lequel il est notamment indiqué que la présidente a rappelé qu'il " a transmis, dans le cadre de la procédure, des photos et attestations ", que les attestations produites par M. A en vue de la réunion du conseil de discipline ont bien été prises en compte par les membres de l'instance disciplinaire. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'un des membres du conseil de discipline n'aurait pas pu prendre connaissance de ces attestations avant ou pendant la séance. Par suite, le moyen tiré de ce que les attestations produites par M. A en vue de la réunion du conseil de discipline n'auraient pas été transmises aux membres de ce conseil manque en fait et doit ainsi être écarté.

7. En troisième lieu, l'autorité investie du pouvoir disciplinaire peut légalement infliger à un agent une sanction sur le fondement de témoignages qu'elle a anonymisés à la demande des témoins, lorsque la communication de leur identité serait de nature à leur porter préjudice. Il lui appartient cependant, dans le cadre de l'instance contentieuse engagée par l'agent contre cette sanction et si ce dernier conteste l'authenticité des témoignages ou la véracité de leur contenu, de produire tout élément permettant de démontrer que la qualité des témoins correspond à celle qu'elle allègue et tous éléments de nature à corroborer les faits relatés dans les témoignages. La conviction du juge se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

8. En l'absence de disposition législative contraire, l'autorité investie du pouvoir disciplinaire, à laquelle il incombe d'établir les faits sur le fondement desquels elle inflige une sanction à un agent public, peut apporter la preuve de ces faits devant le juge administratif par tout moyen. Toutefois, tout employeur public est tenu, vis-à-vis de ses agents, à une obligation de loyauté. Il ne saurait, par suite, fonder une sanction disciplinaire à l'encontre de l'un de ses agents sur des pièces ou documents qu'il a obtenus en méconnaissance de cette obligation, sauf si un intérêt public majeur le justifie. Il appartient au juge administratif, saisi d'une sanction disciplinaire prononcée à l'encontre d'un agent public, d'en apprécier la légalité au regard des seuls pièces ou documents que l'autorité investie du pouvoir disciplinaire pouvait ainsi retenir.

9. Il ressort des pièces du dossier que, compte tenu notamment des violences verbales et physiques répétées de M. A et des menaces qu'il a proférées à l'encontre de ses collègues, les témoignages sur le fondement desquels la procédure disciplinaire a été menée pouvaient faire l'objet d'une anonymisation afin de protéger les témoins. En outre, si M. A indique que les " témoignages utilisés ont tous été anonymisés ", il ne conteste toutefois utilement ni l'authenticité de ces témoignages ni la véracité de leur contenu, et il ressort des pièces du dossier que ces mêmes témoignages ont été soumis au débat contradictoire, que leur teneur était confortée par plusieurs éléments non anonymisés et qu'ils contenaient des précisions suffisantes sur les faits reprochés pour permettre au requérant de présenter utilement ses observations. Par ailleurs, et alors qu'il n'est ni établi ni même soutenu que les témoignages anonymes auraient été recueillis par l'administration dans des conditions déloyales, la seule circonstance que la maire de la commune d'Ambazac ait fondé la sanction disciplinaire prononcée sur des témoignages anonymes ne saurait, par elle-même, caractériser une méconnaissance de l'obligation de loyauté mentionnée au point 8. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la procédure disciplinaire a été irrégulière au motif que la maire de la commune d'Ambazac s'est fondée sur des témoignages anonymes d'agents et que l'obligation de loyauté à laquelle est tenue tout employeur public à l'égard de ses agents a été méconnue.

10. En quatrième lieu, selon l'article L. 530-1 du code général de la fonction publique : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale ". Aux termes de l'article L. 533-1 de ce code : " Les sanctions disciplinaires pouvant être infligées aux fonctionnaires sont réparties en quatre groupes : () / 4° Quatrième groupe : () / b) La révocation ".

11. Il ressort des pièces du dossier qu'à de multiples reprises, et malgré des alertes dont il n'a aucunement tenu compte sur la nécessité de modifier son comportement, M. A s'est montré violent physiquement et verbalement à l'encontre de plusieurs de ses collègues. Adoptant une attitude inquiétante et menaçante, M. A a également harcelé moralement au moins deux de ses collègues, en particulier Mme C, qu'il suivait " matin, midi et soir ", qu'il a agressé plusieurs fois physiquement en lui infligeant par exemple une gifle sur son lieu de travail et qu'il a insulté à plusieurs reprises, notamment devant ses enfants. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que, sans motif valable, M. A n'a pas exécuté des tâches données par sa hiérarchie et qu'il a quitté son poste de travail, ce qui a nui au fonctionnement normal du service. Eu égard à ces faits, qui sont matériellement établis et qui constituent des fautes disciplinaires, la maire de la commune d'Ambazac n'a pas pris une sanction disproportionnée en révoquant M. A.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 7 mars 2022 de la maire de la commune d'Ambazac et, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction avec astreinte présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des parties tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune d'Ambazac sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et à la commune d'Ambazac.

Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Artus, président,

M. Martha, premier conseiller,

M. Boschet, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juin 2024.

Le rapporteur,

J.B. BOSCHET

Le président,

D. ARTUSLa greffière,

M. GUICHON

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour Le Greffier en Chef

La greffière,

M. GUICHON

mf

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