lundi 4 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2200645 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique 2 |
| Avocat requérant | OUANGARI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 9 et 25 mai et 16 juin 2022, M. B C, représenté par Me Ouangari, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 avril 2022 par lequel la préfète de la Corrèze l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Corrèze, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et de travail et, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 920 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de l'article 37 et de l'article 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
La décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :
- est entachée d'une erreur d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- est entachée d'une erreur de droit dès lors que la préfète s'est estimée en situation de compétence liée ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant.
La décision fixant le pays de renvoi :
- est entachée d'une erreur d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant.
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il est entré régulièrement sur le territoire français, contrairement à ce que fait valoir la préfète ;
- est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juin 2022, la préfète de la Corrèze conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
Mme Christine Mège, vice-président, a été désignée par le président du tribunal pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1 et R. 776-13-1 à R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- et les observations de Me Ouangari, représentant M. C.
Une note en délibéré présentée par Me Ouangari, représentant M. C, a été enregistrée le 16 juin 2022.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :
1. En premier lieu, M. B C, ressortissant égyptien, est entré en France le 23 décembre 2019 sous couvert d'un visa court séjour, accompagné de son épouse, une compatriote également sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français, et leurs demandes d'asile ont été rejetées en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 17 décembre 2021. Il soutient que la décision contestée est entachée d'une erreur d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. D'une part, il fait valoir à ce titre qu'il est condamné à mort par un jugement du tribunal militaire du Caire en date du 18 janvier 2020 pour avoir participé à une représentation théâtrale dénonçant les abus du pouvoir militaire égyptien. Si le jugement original de condamnation à mort, sa version traduite en français par une traductrice assermentée auprès des tribunaux français, une attestation de l'avocat l'ayant défendu en Egypte, un témoignage d'un des participants de la pièce de théâtre et le visa que ce dernier a obtenu des autorités américaines pour oppression politique ont été portés à la connaissance de ce tribunal, ces éléments sont sans incidence sur la décision portant obligation de quitter le territoire français dès lors qu'elle n'impose pas, par elle-même, le retour de l'intéressé en Egypte. D'autre part, le requérant soutient qu'il parle français, qu'il a fait ses études en France, que lui et sa famille sont hébergés gracieusement par la commune de Meynac, au sein de laquelle il affirme qu'ils sont bien intégrés et que sa fille est inscrite à l'école primaire de cette commune. Néanmoins, ces circonstances, qui sont assorties de pièces justificatives, ne permettent pas à elles seules de démontrer une insertion particulière de M. C dans la société. Par ailleurs, il n'établit pas avoir tissé des liens familiaux et personnels, forts et stables en France et ne fait pas état d'obstacles empêchant la reconstitution de sa cellule familiale en dehors du territoire français. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle du requérant doit être écarté comme infondé.
2. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
3. M. C soutient qu'il est dans l'intérêt supérieur de sa fille de poursuivre sa scolarité en France et de ne pas retourner en Egypte, dès lors qu'il y est condamné à mort. Cependant, le requérant n'établit pas que la scolarisation de sa fille ne puisse pas être poursuivie hors de France et rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale soit reconstituée dans un autre pays que la France, dans lequel M. C et sa famille seraient légalement admissibles. Par ailleurs, comme il l'a été dit au point précédent, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'impose pas, par elle-même, le retour du requérant et donc celui de sa fille en Egypte. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté comme infondé.
4. En dernier lieu, M. C soutient que la préfète de la Corrèze s'est estimée à tort en situation de compétence liée pour l'obliger à quitter le territoire français. Toutefois, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des motifs de la décision attaquée que la préfète, qui a apprécié la situation de l'intéressé, se serait crue liée, sans faire usage de son pouvoir d'appréciation, par les décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) et de la CNDA rejetant la demande d'asile du requérant. Ainsi, ce moyen doit être écarté comme infondé.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
5. En premier lieu, le requérant soutient que la décision fixant l'Egypte comme pays de renvoi est entachée d'une erreur d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle dès lors qu'il est condamné à mort par le tribunal militaire du Caire pour avoir participé à une représentation théâtrale dénonçant les abus du pouvoir miliaire égyptien. Comme il l'a été dit au point 1, le jugement du tribunal militaire du Caire en date du 18 janvier 2020, traduit en français par une traductrice assermentée auprès des tribunaux français, sa version originale, l'attestation de l'avocat l'ayant défendu en Egypte, le témoignage d'un des participants de la pièce de théâtre et le visa qui a été accordé à ce dernier par les Etats-Unis d'Amérique pour oppression politique, qui, pour la majorité des pièces, n'ont pas été produites devant l'Ofpra et la CNDA, permettent de corroborer la véracité des allégations de M. C. Dans ces conditions, la préfète a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.
6. En second lieu, M. C soutient qu'il est dans l'intérêt supérieur de sa fille de poursuivre sa scolarité en France et de ne pas retourner en Egypte, puisqu'il y est condamné à mort. Eu égard à ce qui a été dit au point 5 et compte tenu du fait que la décision contestée impose le retour du requérant en Egypte, et par conséquent celui de sa fille, la préfète a également méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relatives aux droits de l'enfant. Cette erreur de droit est de nature à justifier l'annulation de la décision attaquée.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
7. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes des dispositions de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
8. Il résulte des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Toutefois, si, après examen des critères relatifs à l'existence d'une mesure d'éloignement précédente et à la menace pour l'ordre public, elle ne retient pas ces circonstances au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
9. Il ressort des pièces du dossier que M. C est présent sur le territoire français depuis moins de trois ans. Toutefois, il ne s'est pas soustrait à une précédente mesure d'éloignement et ne représente pas une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, et eu égard à ce qui a été dit précédemment, la préfète a entaché son arrêté d'une erreur d'appréciation en interdisant au requérant de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an. Par suite, cette décision doit être annulée.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi et de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an prononcées à son encontre.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par M. C doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Ouangari de la somme de 1 500 euros sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
D E C I D E :
Article 1er: La décision en date du 15 avril 2022 par laquelle la préfète de la Corrèze a fixé le pays de renvoi est annulée.
Article 2:La décision en date du 15 avril 2022 par laquelle la préfète de la Corrèze a interdit M. C de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est annulée.
Article 3:L'Etat versera à Me Ouangari une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.
Article 4: Le surplus des conclusions est rejeté.
Article 5: Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Ouangari et à la préfète de la Corrèze.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2022.
Le magistrat désigné,
C. MEGE
Le greffier,
M. D
La République mande et ordonne
à la préfète de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour Le Greffier en Chef
Le Greffier
G. JOURDAN-VIALLARD
aj
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026