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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2200746

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200746

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2200746
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantAKAKPOVIE EKOUE DIDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er juin 2022, Mme B A, représentée par Me Akakpovie, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 janvier 2022 par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra) a refusé de lui reconnaître la qualité d'apatride ;

2°) d'enjoindre à l'Ofpra de lui reconnaître la qualité d'apatride ;

3°) de mettre à la charge de l'Ofpra une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision du 20 janvier 2022 du directeur général de l'Ofpra méconnaît l'article1er de la convention de New-York du 28 septembre 1954 et est entachée d'erreurs de droit et d'appréciation ;

- les pièces qu'elle a produit devant l'Ofpra, confirmées par celles produites à l'appui de sa requête, établissent son identité ;

- alors qu'il appartenait à l'Ofpra, " organisme responsable de l'Etat ", de solliciter des documents complémentaires, elle justifie par ailleurs que les autorités serbes ne la reconnaissent pas comme une de ses ressortissants ;

- s'agissant de ses origines familiales, ses parents résident en France en qualité de réfugiés kosovares, et non serbes ; elle ne peut pas se voir reconnaître la nationalité kosovare puisque cette hypothèse suppose que ses parents eussent déjà fait des démarches en ce sens durant sa minorité ; aucune démarche n'est possible auprès des autorités kosovares, de sa part comme de celle de ses parents, en raison d'un risque de traitement contraire à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 avril 2023, l'Ofpra conclut au rejet de la requête comme non-fondée.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de New York du 28 septembre 1954 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Boschet a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A indique être née le 17 juin 1999 en Allemagne, avoir vécu dans ce pays jusqu'en 2009, puis en Italie jusqu'en 2015, année au cours de laquelle elle déclare être entrée sur le territoire français avec son époux de nationalité italienne. Elle a déposé une demande d'asile en France, qui a été rejetée par une décision du 20 décembre 2018 du directeur général de l'Ofpra et une ordonnance du 23 mai 2019 de la CNDA. Le 20 juillet 2021, elle a demandé à se voir reconnaître la qualité d'apatride. Par une décision du 20 janvier 2022, le directeur général de l'Ofpra a rejeté cette demande. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cette décision du 20 janvier 2022.

2. Aux termes du paragraphe 1er de l'article 1er de la convention de New York du 28 septembre 1954 : " Aux fins de la présente Convention, le terme " apatride " désigne une personne qu'aucun Etat ne considère comme son ressortissant par application de sa législation () ". Aux termes de l'article L. 582-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La qualité d'apatride est reconnue à toute personne qui répond à la définition de l'article 1er de la convention de New York du 28 septembre 1954 relative au statut des apatrides. Ces personnes sont régies par les dispositions applicables aux apatrides en vertu de cette convention ". La reconnaissance de la qualité d'apatride implique d'établir que l'Etat susceptible de regarder une personne comme son ressortissant par application de sa législation ne le considère pas comme tel. A cet égard, il incombe à toute personne se prévalant de la qualité d'apatride d'apporter la preuve qu'en dépit de démarches répétées et assidues, l'Etat de la nationalité duquel elle est susceptible d'être regardée comme son ressortissant a refusé de donner suite à ses démarches.

3. D'une part, si Mme A produit une attestation établie le 8 novembre 2021 par un agent du département de l'administration générale au sein de l'administration communale de la ville de Kraljevo, selon laquelle elle " n'est pas inscrite dans les registres des naissances et des citoyens de la République de Serbie dressés par la commune de Kosovska Mitrovica et au sein [de ce département] ", cette attestation ne révèle pas l'existence de démarches répétées et assidues de la requérante tendant à ce que la Serbie, dont elle s'est prévalue de la nationalité dans le cadre de sa demande d'asile en France, la reconnaisse comme une de ses ressortissants en application de sa législation nationale. D'autre part, Mme A n'établit pas non plus avoir engagé des démarches répétées et assidues aux mêmes fins auprès des autorités du Kosovo, pays dont ses deux parents, admis au séjour en France en qualité de réfugiés kosovares, auraient la nationalité. A cet égard, la seule circonstance invoquée sans davantage de précision que ses parents sont réfugiés ne saurait suffire pour considérer que l'engagement de telles démarches auprès des autorités kosovares serait, par lui-même, impossible au motif, non démontré, que cela exposerait la requérante ou ses parents à des risques de traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, et à supposer même que les documents produits par Mme A soient effectivement de nature à justifier de son état civil, le directeur général de l'Ofpra pouvait, pour le seul motif tiré de l'absence de démarches répétées et assidues auprès des autorités serbes et kosovares en vue d'obtenir la reconnaissance par ces deux pays de sa nationalité, refuser de reconnaître à la requérante la qualité d'apatride sans méconnaître l'article 1er de la convention de New-York du 28 septembre 1954 ni commettre d'erreur de droit ou d'appréciation.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 20 janvier 2022 du directeur général de l'Ofpra et, par voie de conséquence, les autres conclusions présentées par Mme A et son conseil doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Ce jugement sera notifié à Mme B A, à l'Ofpra et à Me Akakpovie.

Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Revel, président,

M. Boschet, premier conseiller,

M. Gazeyeff, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

Le rapporteur,

J.B. BOSCHET

Le président,

FJ. REVELLa greffière,

M. C

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef,

La Greffière

M. C

jb

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