jeudi 15 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2200810 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | MARTY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 juin 2022, M. A C, représenté par Me Marty, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 3 mai 2022 par lequel la préfète de la Creuse l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Creuse, à titre de principal, de lui délivrer un titre de séjour et de travail dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de procéder à un réexamen de sa demande, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'arrêté ne porte pas refus de titre de séjour ; la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français en se fondant uniquement sur les dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est privée de base légale ;
- il remplit les conditions de délivrance de plein droit d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- il remplit les conditions de délivrance d'une carte de résident sur le fondement de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la préfète a méconnu les dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle n'a pas saisi la commission du titre de séjour.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 juillet 2022, la préfète de la Creuse conclut, à titre principal, au non- lieu à statuer, à titre subsidiaire, au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- elle a retiré, par son arrêté du 29 juin 2022, la décision attaquée ;
- aucun des moyens soulevés par M. C n'est fondé.
Par une ordonnance du 14 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 août 2022.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La rapporteure publique, sur sa proposition, a été dispensée de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
Sur le non-lieu à statuer :
1. Par arrêté du 29 juin 2022, postérieur à l'introduction de la requête, la préfète de la Creuse a rapporté la décision attaquée. Ce retrait est devenu définitif. Dès lors, les conclusions tendant à son annulation pour excès de pouvoir sont devenues sans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.
2. L'arrêté du 29 juin 2022 portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours, et fixant le pays de destination ayant repris une décision de même portée que celle contenue dans l'arrêté qui du 3 mai 2022, les conclusions du requérant tendant à l'annulation de l'arrêté du 3 mai 2022 doivent être regardées comme dirigées contre l'arrêté du 29 juin 2022.
Sur le refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de résident prévue à l'article L. 424-1, délivrée à l'étranger reconnu réfugié, est également délivrée à : () 4° Ses parents si l'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection est un mineur non marié, sans que la condition de régularité du séjour ne soit exigée. / L'enfant visé au présent article s'entend de l'enfant ayant une filiation légalement établie, y compris l'enfant adopté, en vertu d'une décision d'adoption, sous réserve de la vérification par le ministère public de la régularité de cette décision lorsqu'elle a été prononcée à l'étranger. ". Selon l'article L. 561-3 de ce code : " La réunification familiale est refusée : 1° Au membre de la famille dont la présence en France constituerait une menace pour l'ordre public ou lorsqu'il est établi qu'il est instigateur, auteur ou complice des persécutions et atteintes graves qui ont justifié l'octroi d'une protection au titre de l'asile ;(). ".
4. La Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a accordé le 15 mai 2019 à E C, fille de M. C, âgée à la date de la décision litigieuse de 8 ans, la qualité de réfugiée en raison du risque d'excision auquel elle est exposée en cas de retour dans son pays du fait des pressions exercées par la famille de M. C. Il ressort de cette décision que, pour échapper à son mari et protéger sa fille, la mère d'Uyiosa Victory a dû fuir l'Italie en juillet 2015 où la famille résidait, puis l'Allemagne en avril 2017 afin de gagner la France. Si le requérant produit une attestation de la mère de l'enfant selon laquelle seule la famille de ce dernier exerçait des pressions en vue d'exciser leur fille et qu'il n'entretient plus aucune relation avec celle-ci, cette attestation, peu circonstanciée, n'est pas de nature à contredire les éléments présentés lors de l'audience à la CNDA, lors de laquelle la mère d'Uyiosa Victory a pu s'exprimer en étant accompagnée d'un traducteur en langue anglaise. Le seul fait que M. C accompagne ses enfants lors de leurs activités scolaires et extra-scolaires ne permet pas d'établir que l'intéressé ne représente pas un danger et qu'il ne déciderait pas de faire exciser sa fille. Dans ces conditions, M. C, qui constitue l'une des causes ayant conduit à la protection internationale de sa fille, doit être regardé comme étant co-auteur ou complice des persécutions qui ont imposé que sa fille bénéficie du statut de réfugié. Ainsi, c'est à bon droit que la préfète de la Creuse s'est fondée sur l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant pour refuser à M. C le titre de séjour demandé. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et des dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
5. En deuxième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". L'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose, quant à lui, que : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Pour l'application des dispositions et stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
6. M. C, ressortissant nigérian, est entré irrégulièrement en France, selon ses dires en 2020 pour rejoindre sa femme et sa fille E C. Comme il a été rappelé au point 4, la CNDA a accordé, le 15 mai 2019, à cette dernière la qualité de réfugiée en raison du risque d'excision auxquelles elle est exposée en cas de retour dans son pays du fait des pressions exercées par la famille de M. C, que, pour échapper à son mari et protéger sa fille, la mère d'Uyiosa Victory a dû fuir l'Italie en juillet 2015 où la famille résidait puis l'Allemagne en avril 2017 afin de gagner la France. De plus, la protection dont bénéficie E n'a pas été levée. Dans ces conditions, la préfète de la Corrèze n'a méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En troisième lieu, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa vie personnelle doit être écarté.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; (). ". Le préfet n'est tenu, en application des articles L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions permettant d'obtenir de plein droit un titre de séjour, et non de tous les étrangers qui sollicitent un tel titre.
9. Il résulte de ce qui précède que M. C n'établit pas être en situation de bénéficier de plein droit d'un titre de séjour en France. Par suite, la préfète de la Creuse n'était pas tenue de saisir la commission du titre de séjour.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
10. Comme il a été dit au point 1, la préfète de la Creuse a rapporté la décision attaquée du 3 mai 2022 et a, par arrêté du 29 juin 2022, refusé de délivrer à M. C le titre de séjour demandé. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision en l'absence de refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C contre les décisions du 29 juin 2022 par lesquelles la préfète de la Creuse a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de renvoi doivent être rejetées. Par voie de conséquences, les conclusions à fin d'injonction ainsi que les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de M. C est rejetée.
Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Marty et à la préfète de la Creuse.
Délibéré après l'audience du 1er septembre 2022 où siégeaient :
- Mme Mège, président,
- Mme Siquier, première conseillère,
- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.
La rapporteure,
H. D
Le président,
C. MEGE
Le greffier en chef,
S. CHATANDEAU
La République mande et ordonne
à la préfète de la Creuse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
Le Greffier
M. B
aj
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026