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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2200825

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200825

jeudi 15 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2200825
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantMOREAU LISE-NADINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés le 15 juin et le 21 juillet 2022, Mme C A, représentée par Me Moreau, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 24 mars 2022 par lequel la préfète de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Vienne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 15 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

Sur le refus de titre de séjour :

- la décision est entachée d'irrégularité à défaut pour la préfète de la Haute-Vienne d'avoir saisi la commission du titre de séjour en application de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision aurait dû être précédée de la saisine pour avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) dès lors que l'administration était informée de ses problèmes de santé ;

- la décision est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité entachant la décision portant refus de titre de séjour qui la fonde ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée pour prononcer une obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît le 9° des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'exécution de cette décision est de nature à emporter sur sa vie privée et familiale des conséquences d'une exceptionnelle gravité ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2022, la préfète de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Par une ordonnance du 17 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 août 2022 à 17h.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

Sur la légalité de la décision de refus de séjour :

1. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Pour l'application des stipulations et des dispositions précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

2. Mme A, ressortissante algérienne, née le 16 novembre 1950 à Tizi-Ouzou, est entrée en France le 29 février 2020 sous couvert d'un visa de court séjour en cours de validité. Elle a disposé d'une attestation provisoire remise par la préfecture le 30 juin 2020, valable jusqu'au 6 janvier 2022. Elle a présenté une première demande de titre de séjour pour raison de santé qui a fait l'objet d'une décision de rejet le 17 aout 2021. Il ressort des pièces du dossier qu'elle est arrivée récemment sur le territoire français, le 29 février 2020, à l'âge de 70 ans, et qu'elle a ainsi passé la majeure partie de sa vie en Algérie. Il ressort également de ses déclarations issues de la demande de titre de séjour en date du 10 septembre 2021 qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident l'un de ses enfants et ses six frères et sœurs. Si Mme A fait valoir qu'elle est veuve et souhaite se rapprocher de trois de ses enfants, et de deux de ses petits-enfants, qui résident en France, il n'est pas établi qu'elle entretiendrait avec eux des liens d'une particulière intensité. Par ailleurs, la circonstance, à la supposer établie, qu'elle soit en conflit avec sa famille résidant en Algérie, n'est pas de nature à établir qu'elle ne pourrait continuer à mener une vie privée et familiale normale dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la préfète de la Haute-Vienne n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa vie personnelle, en rejetant la demande de titre de séjour présentée par Mme A. Pour les mêmes motifs, Mme A ne peut davantage se prévaloir de la méconnaissance, par la préfète de la Haute-Vienne, des stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays ".

4. Lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions de l'accord franco-algérien, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre stipulation de cet accord, même s'il lui est toujours loisible de le faire dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire, en vue de régulariser la situation de l'intéressé.

5. Il ressort des pièces du dossier que si Mme A a fait brièvement état d'un diagnostic de syndrome d'apnée du sommeil au soutien de sa demande formée le 10 septembre 2021, celle-ci tendait expressément à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". En outre, il n'est pas établi que cette demande aurait comporté des éléments suffisamment précis sur la nature et la gravité des troubles dont elle souffrirait. Elle ne peut ainsi raisonnablement être regardée comme ayant présenté sa demande sur le fondement des stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. La préfète de la Haute-Vienne, dès lors qu'elle n'y était pas tenue, n'a pas examiné la situation de la requérante au regard de ces stipulations. Par suite, les moyens, dirigés contre l'arrêté du 24 mars 2022, tirés de la méconnaissance de ces stipulations et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de cet article, doivent être écartés.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ". Ces dispositions s'appliquent aux ressortissants algériens dont la situation est examinée sur le fondement du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Toutefois, il résulte des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par les dispositions visées par ce texte ou les stipulations de l'accord franco-algérien ayant le même objet. Ainsi, compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus, Mme A n'était pas au nombre des étrangers pouvant obtenir de plein droit un titre de séjour. Dès lors, la préfète de la Haute-Vienne n'était pas tenue de soumettre son cas à la commission du titre de séjour avant de statuer sur sa demande.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, eu égard à ce qui a été indiqué précédemment, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait dépourvue de base légale en raison de l'illégalité du refus de séjour sur lequel elle se fonde doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aucun élément du dossier n'est de nature à laisser entendre que la préfète de la Haute-Vienne se serait estimée liée par le refus de délivrer le titre de séjour lorsqu'elle a pris la décision portant obligation de quitter le territoire français. La préfète de la Haute-Vienne relève notamment que la requérante n'entre dans aucune des catégories d'étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une mesure de reconduite à la frontière en vertu de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, il ne ressort pas de l'acte attaqué que la préfète de la Haute-Vienne n'aurait pas usé de son pouvoir d'appréciation.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ". Aux termes de l'article R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ".

10. Lorsqu'il envisage de prononcer une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger, le préfet n'est tenu, en application des dispositions de l'article R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de recueillir préalablement l'avis du collège de médecins de l'Ofii que s'il dispose d'éléments d'information suffisamment précis permettant d'établir que l'intéressé présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une telle mesure d'éloignement.

11. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la demande de titre de séjour présentée par l'intéressée ne visait pas à obtenir un titre de séjour en tant qu'étranger malade. Si la requérante a fait état, au soutien de son recours gracieux formé le 19 avril 2022 à l'encontre de l'arrêté en litige, d'une évolution de son état de santé, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que des éléments médicaux auraient été transmis sur ce point à la préfecture à l'appui de la demande de titre de séjour du 10 septembre 2021. Dans ces conditions, il ne peut être tenu pour établi que la préfecture disposait d'éléments d'information suffisamment précis et circonstanciés, notamment sur une éventuelle évolution de ses pathologies depuis le précédent refus de titre de séjour au titre de son état de santé dont elle a été l'objet le 17 août 2021, permettant d'établir que l'intéressée présentait un état de santé susceptible de la faire entrer dans la catégorie des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'éloignement, de sorte que l'autorité administrative n'a pas commis de vice de procédure en ne saisissant pas le collège médical de l'Ofii de la situation de Mme A.

12. D'autre part, les différents documents médicaux soumis au tribunal par Mme A font état de manière concordante d'un suivi médical régulier depuis le 20 septembre 2020, notamment pour un diabète de type 2, une hypertension artérielle, et un syndrome anxio-dépressif. Toutefois, il ne ressort d'aucun des courriers et attestations médicales produits que Mme A ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, alors que, par un avis du 13 janvier 2021 émis dans le cadre d'une précédente demande de titre de séjour présentée par l'intéressée, le collège de médecins de l'Ofii avait estimé que l'offre de soins et les caractéristiques du système de santé permettaient la prise en charge effective de Mme A en Algérie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

13. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 2 du présent jugement, il convient d'écarter, pour l'obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré d'une atteinte disproportionnée au droit de Mme A au respect de sa vie privée et familiale ainsi que le moyen tiré de ce que la préfète de la Haute-Vienne aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 24 mars 2022 par lequel la préfète de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination. Par suite, la requête de Mme A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et ses conclusions présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme A est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Moreau et à la préfète de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2022 où siégeaient :

- Mme Mège, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.

La rapporteure,

N. D

Le président,

C. MEGE

Le greffier en chef,

S. CHATANDEAU

La République mande et ordonne

à la préfète de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

M. B

aj

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