jeudi 15 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2200830 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JUGE UNIQUE D JOSSERAND-JAILLET |
| Avocat requérant | MARTY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 juin 2022, B C L M G, représentée par Me Marty, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 20 mai 2022 en tant que, par celui-ci, la préfète de la Haute-Vienne lui a retiré une attestation de demande d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Vienne de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler, subsidiairement de prendre une nouvelle décision, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative, et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour ce conseil de renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
Concernant l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi :
- elles révèlent un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elles portent une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale qu'elle tient notamment des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;
- elles sont intervenues en violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990.
Concernant l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale qu'elle tient notamment des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;
- elle est intervenue en violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 juin 2022, la préfète de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
B C G a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 22 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- la Constitution du 4 octobre 1958 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Vu l'arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 10 mai 2022 par lequel M. Daniel Josserand-Jaillet, président honoraire du corps des magistrats des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel, a été inscrit sur la liste des magistrats honoraires prévue à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.
Par une décision du 1er septembre 2022, M. Daniel Josserand-Jaillet, président de tribunal administratif honoraire, a été désigné par le président du tribunal pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1 et R. 776-13-1 à R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. J,
- les observations de Me Marty, représentant B G.
Considérant ce qui suit :
1. B C L M G, ressortissante angolaise née le 29 février 1980 à Saurimo, est, selon ses déclarations, entrée irrégulièrement, avec sa fille majeure âgée de vingt-et-un ans le 10 mars 2019, en France, où elle a formé le 21 juin 2020 une demande d'asile pour elle-même et deux de ses enfants, mineurs âgés de quatorze et onze ans à cette date, qui l'avaient également accompagnée. Jointe en dernière instance à celles présentées par ses trois autres enfants, cette demande a été rejetée le 10 août 2021 par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 28 avril 2022. A la naissance en France le 26 août 2020 d'une enfant reconnue par un ressortissant français, elle a également sollicité, le 14 septembre 2021, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de parent d'enfant français, que la préfète de la Haute-Vienne lui a refusée par une décision du 22 octobre 2021, devenue définitive. Par un arrêté du 20 mai 2022, notifié le 4 juin suivant par la voie postale, la préfète de la Haute-Vienne lui a retiré son attestation de demande d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français en lui fixant un délai de départ volontaire de trente jours, a fixé le pays de destination, et lui a interdit le retour en France pendant un an. B G demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire et de la décision fixant le pays de renvoi :
2. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des mentions de l'arrêté en litige, qui comporte les éléments de fait propres à la situation personnelle de l'intéressée quant à son séjour en France sollicité tant en qualité de réfugié que, au titre de sa vie privée et familiale replacée dans le contexte des circonstances de son arrivée et de la présence de ses enfants majeurs en France, la préfète de la Haute-Vienne ne se serait pas livrée à un examen sérieux et approfondi de la situation de B G pour décider de l'obliger à quitter le territoire français et pour fixer le pays de destination de son éloignement, ces deux décisions n'ayant en tout état de cause pas à recevoir une motivation distincte de celle de l'acte qui les comporte. Le moyen qui en est tiré doit dès lors être écarté.
3. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Ces stipulations ne sauraient, en tout état de cause, s'interpréter comme comportant pour un Etat l'obligation générale de respecter le choix, par un demandeur de titre de séjour, d'y établir sa résidence privée et de permettre son installation ou le regroupement de sa famille sur son territoire. En outre, il appartient à l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France, tel qu'il ressort de ces mêmes stipulations, de celles, en tout état de cause, de l'article 23 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques du 19 décembre 1966, ou tel qu'il découle de la Constitution du 4 octobre 1958, d'apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a, le cas échéant, conservés dans son pays d'origine.
4. B G, dont la demande d'asile a été définitivement rejetée conjointement avec celles effectuées par ses enfants majeurs qui faisaient valoir des faits communs, regardés comme non établis par l'Ofpra et la CNDA, est entrée sur le territoire français le 10 mars 2019 selon ses déclarations, à l'âge de trente-neuf ans, avec deux de ses enfants alors âgés de dix et treize ans, et accompagnée de sa fille majeure Ana E, à peine un mois après l'arrivée sur le territoire de son fils aîné, I G D et du deuxième de ses fils, H G D, ce dernier muni d'un visa de court séjour, alors mineur et pris en charge en mars 2019 par l'aide sociale à l'enfance. B G a ensuite, le 26 août 2020, donné naissance à une enfant reconnue par un ressortissant français. B G, à l'appui du moyen de sa requête tiré de l'atteinte à son droit à une vie privée et familiale normale, fait valoir, d'une part, la scolarité suivie par ses enfants A E, I, et H, d'autre part, la nationalité française, établie par un certificat de nationalité française du 14 juin 2021, de sa dernière enfant F N G et la scolarisation de ses deux autres enfants mineurs.
5. Toutefois, d'une part, chacun des enfants majeurs K B G réside à une adresse différente, et, en situation irrégulière sur le territoire, tous font l'objet de mesures d'éloignement, contre lesquelles ils ont formé des recours rejetés par le tribunal au même jour que le présent jugement. Dans ces conditions, et en tout état de cause, B G, sans qu'au demeurant soient expliqués les liens qu'elle entretiendrait avec eux alors notamment que, comme le relève sous forme d'interrogation le " point de situation " du 11 juin 2019 de l'institut de placement, le jeune H est resté depuis son arrivée en charge de l'aide sociale à l'enfance sans qu'il ressorte du dossier une démarche particulière de sa mère, celle-ci ne peut utilement faire valoir à l'appui de sa propre situation de vie privée et familiale les conditions de la présence en France et les résultats scolaires de ses enfants majeurs qui ne peuvent qu'être à cet égard regardés comme indépendants d'elle.
6. D'autre part, s'il n'est pas contesté que les enfants mineurs K B G, dont la dernière-née, vivent avec elle, formant ainsi le noyau familial, l'intéressée, dont l'entrée en France est récente, ne saurait tirer pour elle-même un quelconque droit au séjour ni au maintien sur le territoire de la scolarisation, fût-elle exemplaire dans les résultats, des deux plus âgés en France. Enfin, il ressort des pièces du dossier que B G, qui n'allègue pas même avoir conservé un lien quelconque avec le père d'Eloïse N, ne justifie aucunement que, depuis la reconnaissance de l'enfant, celui-ci aurait conservé un lien avec celle-ci, exercerait un droit de visite, et participerait à son éducation et son entretien. Enfin, aucun élément nouveau relatif aux conditions du départ de la famille d'Angola n'est produit à l'instance, et il ne ressort des pièces du dossier aucun obstacle, eu égard notamment à l'âge et à l'intérêt de l'enfant française de vivre avec sa mère, à ce que la cellule familiale, le cas échéant même élargie aux enfants majeurs, se reconstitue dans le pays d'origine commun à l'ensemble de la fratrie jusqu'à l'enfant né en 2006 et la mère. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de son droit à une vie privée et familiale normale, et d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle doivent être écartés.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
8. S'il est dans l'intérêt supérieur de l'enfant de vivre avec ses deux parents, ainsi qu'il vient d'être dit, B G ne justifie aucunement de la fréquence et de la stabilité des liens que pourrait entretenir le père de sa très jeune enfant française avec celle-ci. Elle ne démontre pas plus que l'obligation de quitter le territoire, intervenue ensuite du rejet de sa demande d'asile, et la décision fixant le pays de destination, seraient de nature à compromettre l'existence, à la supposer, de liens avec celui-ci alors que la cellule familiale serait retransportée dans son pays d'origine. Enfin, ainsi qu'il vient d'être dit, il n'est fait état d'aucun obstacle à ce que la scolarisation des enfants mineurs se poursuive en Angola. Dès lors, par, en outre, les motifs énoncés au point 6, B G n'est pas fondée à soutenir que la décision aurait été prise en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
10. En premier lieu, par suite, le moyen tiré de ce que l'interdiction de retour sur le territoire français serait entachée d'illégalité en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire doit être écarté.
11. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 3 à 8 ci-dessus, les moyens tirés de l'atteinte au droit de B G à la vie privée et familiale normale, de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation et de l'intérêt supérieur de ses enfants mineurs, dont la dernière-née française, protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990, articulés contre l'interdiction de retour sur le territoire français, doivent être écartés.
12. Il résulte de ce qui précède que B G n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions en litige. Par voie de conséquence, les conclusions de la requête à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse une somme au conseil de B G au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de B G est rejetée.
Article 2:Le présent jugement sera notifié à B C L M G et à la préfète de la Haute-Vienne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
D. J
Le greffier,
G. JOURDAN-VIALLARD
La République mande et ordonne
à la préfète de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour Le Greffier en Chef
Le Greffier
G. JOURDAN-VIALLARD
aj
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026