jeudi 15 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2200872 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | MARTY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 juin 2022, M. C B, représenté par Me Marty, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir, d'une part, l'arrêté du 20 juin 2022 par lequel la préfète de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'un an et, d'autre part, l'arrêté du 23 juin 2022 par lequel la préfète de la Haute-Vienne l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de 45 jours ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Vienne de lui délivrer un titre de séjour et une autorisation de travail dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
Sur le refus de titre de séjour :
- cette décision est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation dès lors que la préfète de la Haute-Vienne n'a pas examiné sa demande au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que la préfète s'est estimée en situation de compétence liée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Sur la décision de refus de départ volontaire :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la fixation du pays de renvoi :
- la décision est illégale en raison de l'illégalité entachant la décision portant refus de titre de séjour qui la fonde.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision est illégale en raison de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire.
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Sur la décision portant assignation à résidence :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2022, la préfète de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.
Par une ordonnance du 5 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 août 2022 à 17h00.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D ;
- les observations de M. B.
Considérant ce qui suit :
Sur l'étendue du litige :
1. Par un jugement du 28 juin 2022, le président du tribunal a admis M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, a renvoyé ses conclusions aux fins d'annulation du refus de délivrance d'un titre de séjour à une formation collégiale et a rejeté l'ensemble de ses autres conclusions.
2. Par suite, il n'y a lieu, dans la présente instance, que de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour contenue dans l'arrêté du 20 juin 2022 et sur les conclusions accessoires afférentes.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que la préfète de la Haute-Vienne a certes examiné le droit au séjour de M. B sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais aussi, plus largement, au regard de sa situation personnelle et familiale en France. L'arrêté se fonde ainsi notamment sur le jugement du juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Laon en date du 26 octobre 2021 et se prononce sur l'ancienneté et la stabilité des liens personnels et familiaux de M. B en France. Par conséquent, quand bien même la préfète de la Haute-Vienne n'a pas visé les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle doit être regardée comme ayant procédé à l'examen complet de la situation du requérant, lequel sollicitait la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Par suite, le moyen tiré de l'absence d'examen complet de la demande doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent des enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur des enfants doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs, mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. B, célibataire, est père d'un enfant né le 28 juin 2019 à Limoges dont la mère, ressortissante albanaise, est titulaire d'une carte de séjour valable jusqu'au 21 mars 2026. Par un jugement du 26 octobre 2021, le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Laon a constaté que l'autorité parentale de son fils était exercée en commun par ses deux parents, a fixé la résidence habituelle de l'enfant au domicile de sa mère, et a attribué au requérant un droit de visite s'exerçant une fois tous les trimestres pour une durée de neuf mois. Toutefois, M. B ne justifie pas participer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant. S'il indique que ses ressources ne lui permettent pas de faire des déplacements sur le lieu de résidence de son enfant, aucun élément n'établit de manière probante la réalité et l'effectivité des contacts entretenus avec celui-ci. Dans ces conditions, la préfète de la Haute-Vienne n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant en rejetant la demande de titre de séjour présentée par M. B.
6. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. - 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. M. B, ressortissant camerounais, né le 28 janvier 1988 à Douala, déclare être entré de façon irrégulière sur le territoire français le 26 janvier 2018. Sa demande d'asile a été rejetée, en dernier lieu, par la Cour nationale du droit d'asile le 8 décembre 2021. Il est le père d'un enfant né à Limoges le 28 juin 2019, auprès duquel il s'est vu accorder un droit de visite par un jugement rendu par le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Laon du 26 octobre 2021. Il ressort toutefois des pièces du dossier que, à la date de la décision attaquée, M. B était présent en France depuis moins de cinq ans, et qu'aucun élément n'établit de manière probante la réalité et l'effectivité des contacts qu'il entretiendrait avec son fils ou sa participation à son éducation. Il n'établit pas davantage qu'il entretiendrait des liens d'une particulière intensité avec son frère et sa sœur résidant régulièrement en France. En outre, il ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de trente ans. Il a, par ailleurs, été condamné le 29 juin 2020 par le tribunal judiciaire de Brive-la-Gaillarde à deux mois d'emprisonnement avec sursis probatoire pendant deux ans pour violence suivie d'incapacité par une personne ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Dans ces conditions, la préfète de la Haute-Vienne n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'a pas entaché la décision de refus de séjour en litige d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B contre l'arrêté du 20 juin 2022 par lequel la préfète de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour doivent être rejetées. Par suite, la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que ses conclusions présentées au titre des frais liés au litige, accessoires à ses conclusions d'annulation dirigées contre cette décision.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de M. B est rejetée.
Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Marty et à la préfète de la Haute-Vienne.
Délibéré après l'audience du 1er septembre 2022 où siégeaient :
- Mme Mège, président,
- Mme Siquier, première conseillère,
- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.
La rapporteure,
N. D
Le président,
C. MEGE
Le greffier en chef,
S. CHATANDEAU
La République mande et ordonne
à la préfète de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
Le Greffier
M. A
aj
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026