mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2200900 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | GOUTAL ALIBERT & Associés |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 juin 2022 et 27 septembre 2024, la SCI Copa, représentée par Me Becquevort, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 avril 2022 par lequel le maire de la commune de Brive-la-Gaillarde a refusé de faire droit à sa demande de délivrance d'un permis de construire portant sur des terrains situés aux 9 et 9 bis rue Mechin, parcelles cadastrées sections BH n° 1033 et n° 1032 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Brive-la-Gaillarde une somme de 3 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le mémoire en défense produit par la commune de Brive-la-Gaillarde est irrecevable dès lors que la délibération du 26 mai 2020 du conseil municipal n'a pas défini précisément les cas dans lesquels le maire pouvait agir ou défendre au nom de la commune, en méconnaissance des dispositions du 16° de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales ;
- aucune des fins de non-recevoir opposée en défense n'est fondée ; en particulier, il ne saurait lui être reprochée de ne pas avoir formé, à l'encontre de l'avis émis le 7 avril 2022 par l'architecte des bâtiments de France, de recours préalable obligatoire devant le préfet de région dans la mesure où elle était titulaire, à l'expiration du délai d'instruction de trois mois qui n'a pas été régulièrement prolongé, d'un permis de construire tacite ;
- le retrait de son permis de construire tacite est illégal car il n'a pas été précédé d'une procédure contradictoire ;
- les motifs de refus de délivrance du permis de construire qu'elle a sollicité sont " plus que vagues et exagérés " ;
- contrairement à ce qu'a estimé l'architecte des bâtiments de France, son projet, qui concerne seulement six logements, n'est pas " trop important " ;
- les bâtiments existants visés par le projet sont insalubres et présentent des structures porteuses en très mauvais état ;
- l'architecte des bâtiments de France a " tout simplement décidé de bloquer le projet " ;
- sa demande de délivrance d'un permis de construire, relative à une opération destinée à réhabiliter le centre-ville, s'inscrit pleinement " dans le cadre de la loi ALUR " ;
- l'architecte des bâtiments de France ne pouvait, sans entacher son avis d'une " erreur manifeste d'appréciation ", retenir une position différente de celle qu'il avait précédemment exprimée dans le cadre de différents échanges, notamment avec l'architecte en charge du projet ;
- la demande de substitution de motifs présentée en défense n'est pas fondée.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 septembre 2022, la commune de Brive-la-Gaillarde, représentée par Me Peynet, conclut au rejet de la requête et demande qu'il soit mis à la charge de la SCI Copa une somme de 3 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête de la SCI Copa est irrecevable ; en premier lieu, la SCI Copa ne justifie pas que, conformément à l'article L. 632-2 du code du patrimoine et de l'article R. 424-24 du code de l'urbanisme, elle aurait saisi le préfet de région d'un recours préalable contre l'avis de l'architecte des bâtiments de France émis le 7 avril 2022 ; en deuxième lieu, il n'est pas justifié que M. B A, qui indique représenter la SCI Copa dans la présente instance, serait effectivement le gérant de cette société ; en troisième lieu, la requête de la SCI Copa ne contient pas de moyen, en méconnaissance de l'article R. 421-1 du code de justice administrative ;
- à supposer que la requête de la SCI Copa puisse être regardée comme contenant l'exposé de moyens, ceux-ci ne sont pas de nature à entraîner l'annulation de l'arrêté du 15 avril 2022 par lequel son maire a refusé de lui délivrer un permis de construire ;
- en tout état de cause, le refus de délivrance d'un permis de construire pouvait légalement être justifié par deux autres motifs qui pourraient, conformément à la décision n° 240560 du 6 février 2004 du Conseil d'Etat, être substitués aux motifs initiaux.
Postérieurement à la clôture de l'instruction, M. A a produit, pour la SCI Copa, un mémoire et une pièce, qui n'ont pas été communiqués.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code du patrimoine ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Boschet,
- les conclusions de Mme Siquier, rapporteur public,
- les observations de M. A, pour la SCI Copa.
Considérant ce qui suit :
1. Le 29 décembre 2021, la SCI Copa a demandé un permis de construire portant sur les terrains situés aux 9 et 9 bis rue Méchin à Brive-la-Gaillarde, parcelles cadastrées sections BH n° 1033 et n° 1032, dans le cadre d'un projet de modification et de surélévation, après démolition partielle de l'existant, de deux bâtiments. A la suite d'un avis défavorable au projet émis le 7 avril 2022 par l'architecte des bâtiments de France, le maire de la commune de Brive-la-Gaillarde, par un arrêté du 15 avril 2022, a refusé de délivrer le permis de construire à la SCI Copa. Cette société demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la recevabilité du mémoire en défense :
2. Aux termes de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : () / 16° D'intenter au nom de la commune les actions en justice ou de défendre la commune dans les actions intentées contre elle, dans les cas définis par le conseil municipal, et de transiger avec les tiers dans la limite de 1 000 € pour les communes de moins de 50 000 habitants et de 5 000 € pour les communes de 50 000 habitants et plus ". Le conseil municipal peut, en vertu de ces dispositions, légalement donner au maire une délégation générale pour ester en justice au nom de la commune pendant la durée de son mandat.
3. Par une délibération du 26 mai 2020, le conseil municipal de Brive-la-Gaillarde a donné délégation à son maire pour " intenter au nom de la commune les actions en justice ou défendre la commune dans les actions intentées contre elle, et de transiger avec les tiers dans la limite de 1 000 euros pour les communes de moins de 50 000 habitants et de 5 000 euros pour les communes de 50 000 habitants et plus " et a précisé que cette délégation au maire " vaudra dans tous les cas où il jugera opportun de le faire, quel que soit l'ordre (administratif ou judiciaire), le niveau de juridiction ou la nature du conflit ". Il résulte de ce qui a été dit au point 2 que cette délégation, bien qu'elle ne définisse pas de cas spécifiques dans lesquels le maire peut défendre la commune en justice, lui a donné qualité pour assurer la défense de la commune de Brive-la-Gaillarde et la représenter régulièrement dans le cadre de la présente instance. Par suite, la SCI Copa n'est pas fondée à soutenir que le mémoire en défense produit le 19 septembre 2022, au nom de la commune de Brive-la-Gaillarde, par son maire, est irrecevable.
Sur la recevabilité des conclusions aux fins d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 632-2 du code du patrimoine : " I. - L'autorisation prévue à l'article L. 632-1 est, sous réserve de l'article L. 632-2-1, subordonnée à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France, le cas échéant assorti de prescriptions motivées. () / Tout avis défavorable de l'architecte des Bâtiments de France rendu dans le cadre de la procédure prévue au présent alinéa comporte une mention informative sur les possibilités de recours à son encontre et sur les modalités de ce recours. () / III. - Un recours peut être exercé par le demandeur à l'occasion du refus d'autorisation de travaux. Il est alors adressé à l'autorité administrative, qui statue. Dans le cadre de ce recours, le demandeur peut faire appel à un médiateur désigné par le président de la commission régionale du patrimoine et de l'architecture parmi les membres de cette commission titulaires d'un mandat électif. Dans ce cas, l'autorité administrative statue après avis de ce médiateur. En cas de silence, l'autorité administrative est réputée avoir confirmé la décision de l'autorité compétente pour délivrer l'autorisation ". Aux termes de l'article R. 424-14 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, le demandeur peut, en cas d'opposition à une déclaration préalable ou de refus de permis fondé sur un refus d'accord de l'architecte des Bâtiments de France, saisir le préfet de région, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, d'un recours contre cette décision dans le délai de deux mois à compter de la notification de l'opposition ou du refus. Le demandeur précise lors de sa saisine s'il souhaite faire appel à un médiateur désigné dans les conditions prévues au III de l'article L. 632-2 du code du patrimoine. Dans ce cas, le préfet de région saisit le médiateur qui transmet son avis dans le délai d'un mois à compter de cette saisine. / Le préfet de région adresse notification de la demande dont il est saisi au maire s'il n'est pas l'autorité compétente, et à l'autorité compétente en matière d'autorisations d'urbanisme. / Le délai à l'issue duquel le préfet de région est réputé avoir confirmé la décision de l'autorité compétente en cas de recours du demandeur est de deux mois à compter de la réception de ce recours. / Si le préfet de région infirme le refus d'accord de l'architecte des Bâtiments de France, l'autorité compétente en matière d'autorisations d'urbanisme statue à nouveau dans le délai d'un mois suivant la réception de la décision du préfet de région ".
5. Il résulte des dispositions qui viennent d'être citées que le pétitionnaire doit, avant de former un recours pour excès de pouvoir contre un refus de permis de construire portant sur un immeuble situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable et faisant suite à un avis négatif de l'architecte des Bâtiments de France, saisir le préfet de région d'une contestation de cet avis, quels que soient les moyens sur lesquels le recours est fondé. L'avis émis par le préfet, exprès ou tacite, se substitue à celui de l'architecte des Bâtiments de France qui se trouve dessaisi. Lorsque le préfet infirme l'avis défavorable de l'architecte des Bâtiments de France, l'autorité compétente doit statuer à nouveau sur la demande de permis de construire dans un délai d'un mois à compter de la réception du nouvel avis, cette nouvelle décision se substituant alors au refus de permis de construire précédemment opposé. Le silence de cette autorité dans le délai imparti fait naître un permis de construire tacite.
6. Il ressort des pièces du dossier que les terrains d'assiette du projet de la SCI Copa sont situés dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable. Le maire de la commune de Brive-la-Gaillarde était donc tenu, avant de se prononcer sur la demande de la SCI Copa, de solliciter l'avis conforme de l'architecte des bâtiments de France, qui s'est prononcé défavorablement au projet par un avis conforme négatif du 7 avril 2022. Or, comme le fait valoir la commune de Brive-la-Gaillarde, la SCI Copa ne justifie pas que, conformément à l'article
L. 632-2 du code du patrimoine et à l'article R. 424-14 du code de l'urbanisme, elle aurait, préalablement à l'introduction de sa requête tendant à l'annulation de l'arrêté du 15 avril 2022, satisfait à son obligation de former préalablement un recours contre l'avis de l'architecte des bâtiments de France devant le préfet de région. A supposer que, comme le fait valoir la SCI Copa dans son dernier mémoire, un permis de construire tacite soit né le 29 mars 2022 à l'issue du délai d'instruction de trois mois prévu au c) de l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme dès lors, d'une part, que le courrier du 26 janvier 2022 l'informant d'une majoration du délai d'instruction pour un mois n'a pu entraîner régulièrement une telle majoration faute d'avoir été présenté dans le mois suivant la date de dépôt du dossier de demande de permis de construire, d'autre part, que l'avis conforme de l'architecte des bâtiments de France a été émis après le délai d'instruction, ces circonstances ne suffisent pas à lui rendre inopposable l'obligation qui pesait sur elle de faire précéder son recours contentieux d'un recours préalable obligatoire devant le préfet de région à l'encontre de cet avis conforme dans la mesure où, l'arrêté du 15 avril 2022, qui a nécessairement procédé au retrait du permis tacite ayant alors disparu de l'ordonnancement juridique, était bien fondé sur un refus d'accord de l'architecte des bâtiments de France. Dans ces conditions, et alors par ailleurs que l'avis conforme négatif du 7 avril 2022 rappelait expressément cette obligation de recours administratif préalable obligatoire, la commune de Brive-la-Gaillarde est fondée à faire valoir que la requête de la SCI Copa est irrecevable et doit, pour ce motif, être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées par la SCI Copa sur ce fondement. En outre, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Brive-la-Gaillarde sur ce même fondement.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de la SCI Copa est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Brive-la-Gaillarde sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Ce jugement sera notifié à la SCI Copa et à la commune de Brive-la-Gaillarde.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Revel, président,
M. Boschet, premier conseiller,
M. Christophe, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.
Le rapporteur,
J.B. BOSCHET
Le président,
F.J. REVELLa greffière,
M. C
La République mande et ordonne
au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour la greffière en chef
La greffière,
M. C
jb
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026