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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2200954

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200954

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2200954
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantGOMOT-PINARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 juillet 2022 et une pièce complémentaire produite le 12 juillet 2022, M. A C, représenté par Me Gomot-Pinard, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2022 par lequel le préfet de l'Indre a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Indre, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours suivant le jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours suivant le jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens lesquels seront recouvrés conformément à la loi sur l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur le refus de titre de séjour :

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est intervenue sans réelle appréciation de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour.

Par une ordonnance du 13 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 août 2022 à 17h.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

2. M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 juillet 2022. Il n'y a, dès lors, plus lieu de statuer sur les conclusions de M. C tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :/1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. La décision litigieuse portant refus de délivrance d'un titre de séjour à M. C comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet de l'Indre s'est fondé. Elle vise les textes dont l'administration a entendu faire l'application, et notamment l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision mentionne, sur ce fondement, plusieurs éléments de la situation professionnelle de l'intéressé, et se réfère notamment à son activité au sein de la communauté d'Emmaüs, ainsi qu'au contrat de travail à durée déterminée en qualité d'ouvrier applicateur, conclu de juin à décembre 2020 avec la société Woodworking. Une telle motivation satisfait aux exigences des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 précités du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, qui mentionne les circonstances propres à la situation personnelle du requérant, ni des autres pièces du dossier, que le préfet de l'Indre n'aurait pas procédé à un examen particulier et complet de la situation de l'intéressé. Si M. C fait valoir que, contrairement aux mentions de l'arrêté attaqué, il n'est pas célibataire et sans charge de famille, puisqu'il est le père d'un enfant né le 23 octobre 2021 à Châteauroux, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il avait communiqué ces éléments afin de compléter sa demande de titre de séjour, présentée le 1er juillet 2020. Ce moyen doit dès lors également être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

7. D'une part, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé ait présenté une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni des termes de la décision contestée que le préfet aurait, de sa propre initiative, examiné la situation à l'aune de cet article. Par suite, M. C ne peut utilement soutenir que le préfet aurait méconnu ces dispositions.

8. D'autre part, M. C, ressortissant arménien, né le 21 juin 1987 à Vagarshpat, est entré dans l'espace Schengen sous couvert d'un visa court séjour délivré par les autorités consulaires tchèques, avant de rejoindre la France, le 15 septembre 2016 selon ses déclarations. Après avoir sollicité l'asile auprès de la préfecture du Loiret le 24 octobre 2016, il a fait l'objet, le 9 juin 2017, d'un arrêté de transfert vers la République Tchèque et d'un arrêté d'assignation à résidence. Si M. C fait valoir qu'il vit en concubinage avec une compatriote titulaire d'une carte de séjour temporaire valable jusqu'au 10 mai 2023, et qu'il est le père de leur enfant né le 23 octobre 2021, aucun des documents produits ne vient établir que cette relation de concubinage serait antérieure au mois de juin 2021, soit seulement une année avant la date de la décision attaquée, ou qu'il serait dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 29 ans. Par ailleurs, si sa compagne est la mère d'une petite fille née d'une précédente union, le requérant ne fait état d'aucune circonstance qui s'opposerait à ce qu'il poursuive avec leur enfant, l'enfant de sa compagne, et cette dernière, leur vie familiale dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, et alors même qu'il a été employé durant six mois en 2020 et cinq mois en 2021 par la même société, qui atteste vouloir l'employer, le préfet de l'Indre n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en refusant le titre de séjour sollicité.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. Eu égard à ce qui a été indiqué précédemment, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour sur lequel elle se fonde doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 14 juin 2022 par lequel le préfet de l'Indre a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par suite, la requête de M. C doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que ses conclusions présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er: Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3: Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Gomot-Pinard et au préfet de l'Indre.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022 où siégeaient :

- Mme Mège, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

La rapporteure,

N. D

Le président,

C. MEGE

Le greffier,

M. B

La République mande et ordonne

au préfet de l'Indre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

M. B

mf

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