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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2201002

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2201002

jeudi 13 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2201002
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantMARTY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 juillet 2022, M. C D, représenté par Me Marty, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 12 mai 2022 par lequel la préfète de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et de travail dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, d'enjoindre à la préfète de la Haute-Vienne de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761 1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation en ce qui concerne le refus de certificat de résidence algérien en qualité de salarié ;

- elle est entachée d'erreur de droit en ce que la préfète n'a pas examiné sa demande au regard des orientations générales de la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission exceptionnelle au séjour et n'a pas procédé à l'appréciation de l'opportunité de prendre une mesure de régularisation favorable à son égard ;

- la préfète, qui s'est crue en situation de compétence liée par le défaut de visa de long séjour, n'a pas procédé à un examen complet de sa situation et n'a pas exercé son pouvoir général d'appréciation ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire et la fixation du pays de renvoi :

- la décision est illégale en conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- la préfète n'a pas exercé son pouvoir d'appréciation ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa vie personnelle ;

Par un mémoire en défense enregistré le 12 août 2022, la préfète de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. D n'est fondé.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur le refus de titre de séjour :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour au titre du droit à la vie personnelle et familiale :

1. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien () dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

2. Il ressort des pièces du dossier que M. D, ressortissant algérien, allègue être entré irrégulièrement en France au cours du mois d'avril 2018 et qu'il s'y maintient depuis en dépit des obligations qui lui ont été faites de quitter le territoire français. S'il se prévaut de la présence en France de sa concubine, de nationalité algérienne, de leurs deux filles âgées respectivement de deux et trois ans à la date de la décision contestée, et du fils de sa compagne, issu d'une précédente union et âgé de cinq ans, né en Espagne, sans jamais avoir connu son père biologique, il ressort des pièces du dossier que sa compagne se maintient irrégulièrement sur le territoire français où elle n'a pas vocation à se maintenir. Par ailleurs, le requérant n'établit pas ni même n'allègue que la scolarité du fils de sa compagne, inscrit en classe de grande section de maternelle, ne pourrait pas se poursuivre hors de France, ni que celle de ses filles ne pourrait pas débuter hors du territoire français. Rien ne s'oppose, dès lors, à ce que la cellule familiale de l'intéressé se reconstitue dans son pays d'origine. M. D n'établit, ni même n'allègue être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, dans lequel résident ses parents ainsi que ses frères et sœurs. Dans ces conditions, la préfète de la Haute-Vienne n'a méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Pour les mêmes motifs, la préfète n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de M. D.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour en qualité de salarié :

3. Aux termes des stipulations de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " ; cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ". Aux termes de l'article 9 de cet accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis, alinéa 4 (lettres c à d), et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. () ". Il résulte de ces stipulations que la délivrance d'un certificat de résidence d'un an, sur le fondement du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien est conditionné à l'obtention d'un visa de long séjour.

4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée et M. D ne fait état d'aucun élément particulier que la préfète n'aurait pas pris en considération. Par suite, elle est suffisamment motivée et le moyen tiré de son défaut de motivation doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D est entré irrégulièrement en France, selon ses dires, depuis avril 2018, et qu'il s'est ensuite maintenu sur le territoire. Par suite, en l'absence de tout visa long-séjour, la préfète de la Haute-Vienne pouvait légalement refuser de lui délivrer le titre de séjour sollicité pour le seul motif tiré du défaut de visa de long séjour.

En ce qui concerne l'admission exceptionnelle au séjour :

7. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

8. M. D fait valoir que la préfète de la Haute-Vienne se serait crue en situation de compétence liée en raison du défaut de visa de long séjour. Toutefois, d'une part, il ressort de la décision litigieuse que la préfète a procédé à un examen approfondi de sa situation. D'autre part, le requérant ne fait valoir aucun motif exceptionnel humanitaire qui justifierait d'une admission exceptionnelle au séjour. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la préfète de la Haute-Vienne se serait crue en situation de compétence liée en l'absence de visa de long séjour doit être écarté.

9. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière, au demeurant dépourvue de valeur réglementaire, doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger () : () 3° Si la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour a été refusé à l'étranger () / La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour dans les cas prévus aux 3° et 5° du présent I () ".

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour à l'encontre de la décision contestée doit être écarté.

12. En second lieu, il ne résulte pas des termes de la décision attaquée, qui mentionne notamment que M. D, qui n'a jamais sollicité l'asile, ne peut prétendre à un titre de séjour, qu'il ne démontre, ni même n'allègue être exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine que la préfète aurait considéré, à tort, que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'était que la conséquence automatique du refus de titre de séjour opposé au requérant.

Sur la fixation du pays de renvoi :

13. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, () ".

14. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour à l'encontre de la décision contestée doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D contre les décisions du 12 mai 2022 par lesquelles la préfète de la Haute Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi doivent être rejetées. Par voie de conséquences, les conclusions à fin d'injonction ainsi que les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761 1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. D est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Me Marty et à la préfète de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022 où siégeaient :

- Mme Mège, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.

La rapporteure,

H. B

Le président,

C. MEGE

Le greffier,

M. A

La République mande et ordonne

la préfète de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

M. A

mf

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