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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2201017

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2201017

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2201017
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantMARTY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juillet 2022, Mme D A C, représentée par Me Marty, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 avril 2022 par laquelle la préfète de la Haute-Vienne lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne à titre principal de lui délivrer un titre de séjour et de travail, à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, au titre des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil, ce dernier renonçant à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle est mariée à un ressortissant français ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de celle-ci sur sa situation personnelle ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 septembre 2022, la préfète de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme A C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Siquier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

2. La décision attaquée du 25 avril 2022 mentionne l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application et précise que Mme A C est entrée en France, sur le territoire de Mayotte en 2011, qu'elle s'est vue délivrer un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français régulièrement renouvelé jusqu'en 2020, qu'elle a rejoint la France métropolitaine le 5 juillet 2019 en possession d'un passeport en cours de validité et d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " qui a expiré le 21 mars 2020, qu'elle est mère de quatre enfants français résidant en métropole et qu'elle est mariée à un ressortissant français résidant à Mayotte pour des raisons professionnelles. Dans ces conditions, la préfète a exposé l'ensemble des moyens de droit et de faits sur lesquelles elle a fondé sa décision et le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. ".

4. Aux termes de l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des dispositions des articles L. 233-1 et L. 233-2, les titres de séjour délivrés par le représentant de l'Etat à Mayotte, à l'exception des titres délivrés en application des dispositions des articles L. 233-5, L. 421-11, L. 421-14, L. 421-22, L. 422-10, L. 422-11, L. 422-12, L. 422-14, L. 424-9, L. 424-11 et L. 426-11 et des dispositions relatives à la carte de résident, n'autorisent le séjour que sur le territoire de Mayotte. / Les ressortissants de pays figurant sur la liste, annexée au règlement (CE) n° 539/2001 du Conseil du 15 mars 2001 fixant la liste des pays tiers dont les ressortissants sont soumis à l'obligation de visa pour franchir les frontières extérieures des Etats membres, qui résident régulièrement à Mayotte sous couvert d'un titre de séjour n'autorisant que le séjour à Mayotte et qui souhaitent se rendre dans un autre département, une collectivité régie par l'article 73 de la Constitution ou à Saint-Pierre-et-Miquelon doivent obtenir une autorisation spéciale prenant la forme d'un visa apposé sur leur document de voyage () / Les conjoints, partenaires liés par un pacte civil de solidarité, descendants directs âgés de moins de vingt et un ans ou à charge et ascendants directs à charge des citoyens français bénéficiant des dispositions du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne relatives aux libertés de circulation sont dispensés de l'obligation de solliciter l'autorisation spéciale prenant la forme d'un visa mentionnée au présent article. ".

5. Sous la qualification de " visa ", ces dispositions instituent une autorisation spéciale, délivrée par le représentant de l'Etat à Mayotte, que doit obtenir l'étranger titulaire d'un titre de séjour délivré à Mayotte dont la validité est limitée à ce département, lorsqu'il entend se rendre dans un autre département. Toutefois, il résulte des dispositions précitées que les conjoints de ressortissants français sont dispensés de l'obligation de solliciter un tel visa.

6. Mme A C a épousé le 1er décembre 2021 un ressortissant français. La préfète fait valoir que leur communauté de vie n'est pas établie. Il ressort des pièces du dossier, que si le conjoint de la requérante était bien présent sur le territoire métropolitain à l'occasion de leur mariage et de la naissance de leur enfant le 14 octobre 2021, il a regagné depuis Mayotte où il a été recruté par le Département de Mayotte en qualité de magasinier pour une durée de trois ans à compter du 1er janvier 2021. Mme A C ne produit à l'appui de sa requête aucun élément de nature à prouver une communauté de vie avec son conjoint ou encore le fait que leur séparation physique ne serait justifiée que par des contraintes professionnelles. Dans ces conditions, la préfète de la Haute-Vienne pouvait, sans méconnaitre les dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile refuser de délivrer à Mme A C le titre de séjour demandé.

7. En troisième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". En vertu de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Pour l'application des stipulations et des dispositions précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. Mme A C, ressortissante comorienne née en 1992 à Adda-Daouéni-Anjouan, est entrée en France, sur le territoire de Mayotte en 2011. Elle s'est vu délivrer un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, valable uniquement à Mayotte, régulièrement renouvelé jusqu'au 21 mars 2020 l'autorisant à résider à Mayotte. Elle a gagné le territoire métropolitain le 5 juillet 2019. Le préfet de la Haute-Vienne lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour le 10 février 2020. Elle s'est mariée le 1er décembre 2021 à Limoges à un ressortissant français avec qui elle avait auparavant conclu un pacte civil de solidarité et qui est le père de ses trois enfants nés à Mayotte. De cette union est né à Limoges un quatrième enfant. Toutefois, son conjoint est employé par le Département de Mayotte jusqu'au 31 décembre 2023 et la requérante ne démontre pas entretenir avec ce dernier des liens d'une particulière intensité, ni que ce dernier entretiendrait des liens particuliers avec ses enfants. Elle ne soutient ni même n'établit entretenir en Métropole des liens personnels ou familiaux d'une particulière intensité. En outre, elle ne justifie d'aucun projet d'insertion sociale ou professionnelle en Métropole. Dans ces conditions, la préfète de la Haute-Vienne, en refusant de délivrer à Mme A C le titre de séjour demandé, n'a méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de la requérante doit être écarté.

9. En dernier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

10. Les dispositions de l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelées au point 4 du présent jugement, qui subordonnent ainsi l'accès aux autres départements de l'étranger titulaire d'un titre de séjour délivré à Mayotte à l'obtention de cette autorisation spéciale, font obstacle à ce que cet étranger, s'il gagne un autre département sans avoir obtenu cette autorisation, puisse prétendre dans cet autre département à la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions de droit commun et en particulier de plein droit de la carte de séjour temporaire telle que prévue à l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'en va autrement que pour les étrangers dont la situation est régie par l'avant dernier et le dernier alinéa de l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. Il résulte des pièces du dossier que, dès lors que la requérante est entrée sur le territoire métropolitain de la France, en 2019, sans être titulaire du visa prévu par les dispositions précitées de l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de la Haute-Vienne a pu, sans méconnaître ces dispositions ni celles de l'article L. 423-7 du même code, refuser à Mme A C une carte de séjour temporaire en qualité de mère d'enfants français au motif qu'elle ne détenait pas, lors du dépôt de sa demande de titre, de visa de court séjour délivré à Mayotte pour le franchissement de la frontière extérieure de l'espace Schengen.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 25 avril 2022 par laquelle la préfète de la Haute-Vienne a refusé de délivrer à Mme A C un titre de séjour doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er:La requête de Mme A C est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à Mme D A C, à Me Marty et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.

La rapporteure,

H. SIQUIER

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

La Greffière

M. E

lg

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