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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2201061

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2201061

jeudi 27 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2201061
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantMARTY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 juillet 2022, M. A C, représenté par Me Marty, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 29 juin 2022 par lequel la préfète de la Creuse a retiré l'arrêté du 3 mai 2022 n° 2022BNE0038 portant obligation de quitter le territoire, a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Creuse, à titre de principal, de lui délivrer un titre de séjour et de travail dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et à titre subsidiaire, de procéder à un réexamen de sa demande, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur le refus de titre de séjour :

- il remplit les conditions de délivrance de plein droit d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- il remplit les conditions de délivrance d'une carte de résident sur le fondement de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la préfète a méconnu les dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle n'a pas saisi la commission du titre de séjour ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est nulle en raison de l'illégalité affectant le refus de titre de séjour sur laquelle elle se fonde ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision est nulle en raison de l'illégalité affectant le refus de titre de séjour sur laquelle elle se fonde.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 août 2022, la préfète de la Creuse conclut au rejet de la requête comme non-fondée.

Par une ordonnance du 26 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 septembre 2022 à 17h.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La rapporteure publique, sur sa proposition, a été dispensée de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

Sur le refus de titre de séjour :

1. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de résident prévue à l'article L. 424-1, délivrée à l'étranger reconnu réfugié, est également délivrée à : () 4° Ses parents si l'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection est un mineur non marié, sans que la condition de régularité du séjour ne soit exigée. / L'enfant visé au présent article s'entend de l'enfant ayant une filiation légalement établie, y compris l'enfant adopté, en vertu d'une décision d'adoption, sous réserve de la vérification par le ministère public de la régularité de cette décision lorsqu'elle a été prononcée à l'étranger. ". Selon l'article L. 561-3 de ce code : " La réunification familiale est refusée : 1° Au membre de la famille dont la présence en France constituerait une menace pour l'ordre public ou lorsqu'il est établi qu'il est instigateur, auteur ou complice des persécutions et atteintes graves qui ont justifié l'octroi d'une protection au titre de l'asile ;(). ".

2. La Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a accordé le 15 mai 2019 à E C, fille de M. C, âgée à la date de la décision litigieuse de 8 ans, la qualité de réfugiée en raison du risque d'excision auquel elle est exposée en cas de retour dans son pays, du fait des pressions exercées par la famille de M. C. Il ressort de cette décision que, pour échapper à son mari et protéger sa fille, la mère d'Uyiosa Victory a dû fuir l'Italie en juillet 2015 où la famille résidait, puis l'Allemagne en avril 2017 afin de gagner la France. Si le requérant produit une attestation de la mère de l'enfant selon laquelle seule la famille de ce dernier exerçait des pressions en vue d'exciser leur fille et qu'il n'entretient plus aucune relation avec celle-ci, cette attestation, peu circonstanciée, n'est pas de nature à contredire les éléments présentés lors de l'audience à la CNDA, lors de laquelle la mère d'Uyiosa Victory a pu s'exprimer en étant accompagnée d'un traducteur en langue anglaise. Le seul fait que M. C accompagne ses enfants lors de leurs activités scolaires et extra-scolaires ne permet pas d'établir que l'intéressé ne représente pas un danger et qu'il ne déciderait pas de faire exciser sa fille. Dans ces conditions, M. C, qui constitue l'une des causes ayant conduit à la protection internationale de sa fille, doit être regardé comme étant co-auteur ou complice des persécutions qui ont imposé que sa fille bénéficie du statut de réfugié. Ainsi, c'est à bon droit que la préfète de la Creuse s'est fondée sur l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant pour refuser à M. C le titre de séjour demandé. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et des dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

3. En deuxième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". L'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose, quant à lui, que : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Pour l'application des dispositions et stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

4. M. C, ressortissant nigérian, est entré irrégulièrement en France, selon ses dires en 2020 pour rejoindre sa femme et sa fille E C. Comme il a été rappelé au point 2, la CNDA a accordé, le 15 mai 2019, à cette dernière la qualité de réfugiée en raison du risque d'excision auquel elle est exposée en cas de retour dans son pays, du fait des pressions exercées par la famille de M. C, que, pour échapper à son mari et protéger sa fille, la mère d'Uyiosa Victory a dû fuir l'Italie en juillet 2015 où la famille résidait, puis l'Allemagne en avril 2017 afin de gagner la France. De plus, la protection dont bénéficie E n'a pas été levée. Dans ces conditions, et malgré les efforts d'insertion du requérant au travers de cours de français et d'activités de bénévolats dans des associations, la préfète de la Creuse n'a méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa vie personnelle doit être écarté.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; (). ". Le préfet n'est tenu, en application des articles L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions permettant d'obtenir de plein droit un titre de séjour, et non de tous les étrangers qui sollicitent un tel titre.

6. Il résulte de ce qui précède que M. C n'établit pas être en situation de bénéficier de plein droit d'un titre de séjour en France. Par suite, la préfète de la Creuse n'était pas tenue de saisir la commission du titre de séjour.

Sur l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré du défaut de base légale des décisions en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.

8. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 2 du présent jugement, il convient d'écarter, pour l'obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

9. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 4 du présent jugement, il convient d'écarter, pour l'obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C contre l'arrêté du 29 juin 2022 par lequel la préfète de la Creuse a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, et a fixé le pays de renvoi doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ainsi que les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. C est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Marty et à la préfète de la Creuse.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022 où siégeaient :

- Mme Mège, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2022.

La rapporteure,

N. D

Le président,

C. MEGE

Le greffier,

M. B

La République mande et ordonne

A la préfète de la Creuse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

M. B

mf

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