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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2201075

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2201075

jeudi 27 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2201075
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantMARTY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 28 juillet 2022 et le 16 août 2022, M. A C, représenté par Me Marty, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 9 mai 2022 par lequel la préfète de la Haute-Vienne a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Vienne de lui délivrer un titre de séjour et de travail dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur le refus de titre de séjour :

- la décision est entachée d'irrégularité dès lors qu'il n'est pas démontré par le préfet que la composition du collège des médecins était régulière, que l'avis rendu le 28 février 2022 était collégial, qu'il a été émis dans un délai de trois mois à compter de la transmission par l'étranger d'un certificat médical et que l'avis est suffisamment motivé ;

- elle méconnait l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité entachant la décision portant refus de titre de séjour qui la fonde ;

- elle porte une atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité entachant la décision portant refus de titre de séjour qui la fonde.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 septembre 2022, la préfète de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Par une ordonnance du 16 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 octobre 2022 à 17h.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 juillet 2022.

Par un courrier du 19 septembre 2022, le tribunal a sollicité auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins pour émettre son avis du 28 février 2022 relatif à l'état de santé de Monsieur C.

Un mémoire en intervention a été présenté par l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 12 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les observations de Me Marty, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

Sur la légalité de la décision de refus de renouvellement du titre de séjour :

1. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".

2. Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Selon l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. () ". Il résulte de ces dispositions combinées à celles de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 qu'il appartient à l'autorité administrative de se prononcer sur la demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade au vu de l'avis émis par un collège de médecins, nommés par le directeur général de l'Ofii, auquel un rapport médical, relatif à l'état de santé de l'intéressé et établi par un médecin instructeur qui ne siège pas au sein du collège, est préalablement transmis. Pour cela, l'article 1 du même arrêté prévoit que " le préfet du lieu où l'étranger a sa résidence habituelle lui remet un dossier comprenant une notice explicative l'informant de la procédure à suivre et un certificat médical vierge, dont le modèle type figure à l'annexe A ". Aux termes de l'article 6 du même arrêté : " () Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

3. En premier lieu, l'avis du 28 février 2022 du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii), qui précise, dans le respect du secret médical, qu'un défaut de prise en charge médicale peut entraîner pour M. C des conséquences d'une exceptionnelle gravité, qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, et que son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine, est suffisamment motivé.

4. En deuxième lieu, il ressort de l'avis du collège de médecins de l'Ofii qui mentionne, alors qu'aucune disposition ni aucun principe ne l'impose, l'identité du médecin rapporteur, que ce médecin rapporteur n'a pas siégé au sein de ce collège.

5. En troisième lieu, la mention " après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'Ofii émet l'avis suivant ", qui indique le caractère collégial de l'avis, fait foi jusqu'à preuve du contraire. M. C n'apporte pas, en l'espèce, cette preuve contraire.

6. En quatrième lieu, si le requérant fait valoir que la préfète de la Haute-Vienne ne justifie pas que le médecin rapporteur de l'Ofii a établi son rapport médical aux termes d'une procédure régulière, la préfète n'est pas en mesure d'apporter cette justification dès lors qu'elle n'a pas connaissance du contenu de ce rapport, qui est directement transmis au collège de médecins de l'Office, et qui est couvert par le secret médical protégé par la loi. En tout état de cause, le requérant, qui a reçu communication de ce document dans le cadre de l'instance, n'apporte pas le moindre élément de nature à justifier que cette circonstance l'aurait privé d'une garantie ou aurait pu, en l'espèce, exercer une influence sur le sens de la décision de refus de titre de séjour qui lui a été opposée.

7. Il résulte de ce qui a été dit des points 4 à 6 que le moyen tiré de ce que la procédure médicale et administrative devant le collège des médecins de l'Ofii, prise dans ses différentes branches, aurait été viciée doit être écarté.

8. En cinquième lieu, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Ofii venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

9. M. C, ressortissant géorgien né le 20 septembre 1973 à Kharagauli en Géorgie, est entré en France de façon irrégulière au mois de novembre 2016, selon les déclarations. Par un premier avis émis le 13 janvier 2020 à la suite d'une demande de titre de séjour présentée par l'intéressé, le collège de médecins de l'Ofii a estimé que son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, puis qu'il ne pouvait bénéficier du traitement approprié dans son pays d'origine. M. C s'est, en conséquence, vu délivrer une carte de séjour temporaire en qualité d'étranger malade le 3 février 2020, puis le 21 février 2021. Pour refuser à M. C le renouvellement du titre de séjour sollicité, la préfète de la Haute-Vienne a estimé, en s'appuyant sur un nouvel avis rendu le 28 février 2022 par le collège de médecins de l'Ofii, que si son état de santé nécessite une prise en charge dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressé pouvait désormais, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé.

10. Pour contester cette appréciation, M. C, qui a levé le secret médical, produit plusieurs certificats médicaux, dont celui d'un praticien du centre hospitalier universitaire de Limoges, du 25 mai 2022, selon lequel le requérant est suivi pour les suites d'une transplantation hépatique pour une cirrhose B delta et alcoolique sevrée réalisée le 19 juin 2018. Ce document précise que l'état du requérant est fragile et précaire et nécessite un suivi régulier, notamment en raison d'une immunosuppression au long cours, et une prise en charge par un centre d'expertise. Si les certificats médicaux produits confirment la nécessité d'une prise en charge spécifique du requérant en raison de son état de santé, ils n'apportent aucune indication quant à l'impossibilité qu'aurait le requérant de disposer d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par ailleurs, s'il produit les courriers électroniques de laboratoires faisant état de l'absence de distribution de certaines spécialités en Géorgie, l'un d'eux précise qu'il est possible qu'un autre laboratoire pharmaceutique distribue la spécialité générique dans ce pays. Ainsi, les éléments produits par le requérant ne peuvent suffire à renverser la présomption de disponibilité du traitement nécessaire à l'état de santé de M. C résultant de l'avis émis collégialement par les médecins de l'Ofii le 28 février 2022. Le moyen tiré de ce que l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aurait été méconnu doit, par suite, être écarté.

11. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

12. Il résulte des éléments qui précèdent que M. C est entré en France, selon ses déclarations, de façon irrégulière au mois de novembre 2016, soit à l'âge de quarante-trois ans. S'il fait valoir qu'il réside depuis près de six ans en France, qu'il a pu louer un logement et qu'il est inscrit à des cours de français car il envisage de reprendre une formation, il ne produit aucun élément de nature à justifier la réalité et l'intensité de ses liens personnels et familiaux en France. Dans ces conditions, en refusant de faire droit à sa demande de renouvellement de titre de séjour, la préfète de la Haute-Vienne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, eu égard à ce qui a été indiqué précédemment, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination seraient dépourvues de base légale en raison de l'illégalité du refus de séjour sur lequel elles se fondent doit être écarté.

14. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 12 du présent jugement, il convient d'écarter, pour l'obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré d'une atteinte disproportionnée au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale ainsi que le moyen tiré de ce que la préfète de la Haute-Vienne aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 9 mai 2022 par lequel la préfète de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination. Par suite, la requête de M. C doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et ses conclusions présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. C est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. C, à Me Marty et à la préfète de la Haute-Vienne. Il sera communiqué pour information à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022 où siégeaient :

- Mme Mège, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2022.

La rapporteure,

N. D

Le président,

C. MEGE

Le greffier,

M. B

La République mande et ordonne

à la préfète de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

M. B

mf

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