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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2201121

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2201121

mardi 21 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2201121
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantROUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 août 2022 et le 15 février 2023, M. B A, représenté par Me Roux, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 janvier 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et de travail d'un an, et à titre subsidiaire, de prendre une nouvelle décision dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 1 794 euros, à verser à son conseil, le règlement valant renonciation à l'indemnité de l'aide juridique.

Il soutient que :

-sa requête est recevable ;

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision en litige est entachée d'une erreur de droit, au regard des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 5221-20 du code du travail ;

- le préfet de la Haute-Vienne n'a fait usage du pouvoir d'appréciation qu'il détient pour accorder ou refuser un titre de séjour portant la mention " salarié " ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le préambule de la Constitution de 1946, le pacte international relatif aux droits civils et politiques du 19 décembre 1966 et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2022, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Chambellant a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né en 1993, est entré irrégulièrement en France le 18 août 2019. Le 11 septembre 2019, il a à la fois sollicité l'asile et la délivrance d'un titre de séjour au regard de sa vie privée et familiale et compte-tenu de ses perspectives d'études. Par une décision du 3 janvier 2022, le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande. Le 11 mars 2022, M. A a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision lequel a été implicite rejeté. Il sollicite l'annulation de ces décisions.

2. En premier lieu, M. Jérôme Decours, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Vienne et signataire de la décision en litige, bénéficie d'une délégation de signature du préfet de la Haute-Vienne en date du 25 octobre 2021, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs n° 87-2021-124 de la même date, à l'effet de signer les " arrêtés, décisions, et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Selon l'article L. 421-1 de ce code : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail ". Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ".

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A aurait justifié du visa de long séjour exigé par les dispositions mentionnées au point 3. Pour ce seul motif, le préfet de la Haute-Vienne pouvait lui refuser la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 5221-20 du code du travail doit donc être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision litigieuse ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Haute-Vienne se serait cru tenu par l'absence de visa de long séjour et n'aurait pas fait usage de son pouvoir d'appréciation pour refuser de délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ".

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. - 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ". Pour l'application des stipulations et des dispositions précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. Comme il a été dit au point 1 du présent jugement, M. A est entré irrégulièrement en France le 18 août 2019. Il n'établit pas, par les attestations et pièces qu'il produit, entretenir en France des liens personnels ou familiaux d'une particulière intensité. Il ressort des pièces du dossier que le requérant n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans et où résident son épouse et ses enfants. Par suite, et en dépit de ses efforts de formation soulignés par son employeur, le préfet, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, n'a pas méconnu les stipulations de l'article 23 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques du 19 décembre 1966, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions du préambule de la Constitution de 1946 et de l'article 55 de la Constitution qui garantissent le droit à une vie privée et familiale normale, de même que les dispositions du 7° de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Vienne a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

9. Si M. A, séjourne sur le territoire national depuis plus de deux ans, produit des éléments permettant d'établir qu'il disposerait d'un contrat d'apprentissage et qu'il donne satisfaction à son employeur, qui fait état de difficultés de recrutement dans le secteur concerné, ces circonstances ne suffisent pas à caractériser des motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, justifiant la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Vienne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de ces dispositions en ne lui délivrant pas un tel titre de séjour.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. A est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Roux et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2025 où siégeaient :

- M. Revel, président,

- M. Boschet, premier conseiller,

- Mme Chambellant, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 janvier 2025.

Le rapporteur,

J. CHAMBELLANT

Le président,

F-J. REVEL

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef,

La Greffière,

M. C

jb

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