jeudi 29 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2201169 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JUGE UNIQUE D JOSSERAND-JAILLET |
| Avocat requérant | SANCHEZ-RODRIGUEZ |
Vu la procédure suivante :
I) Sous le n° 2201169 : Par une ordonnance du 9 août 2022, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Pau a transmis au tribunal, en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative, la requête enregistrée le 8 août 2022 par laquelle M. C B, représenté par Me Sanchez Rodriguez, demande :
1°) que lui soit accordé le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 16 mai 2022 par lequel la préfète de la Corrèze l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, et a fixé le pays de renvoi ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- faute d'une notification régulière de la mesure d'éloignement conforme à l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aucun délai de recours ne peut être opposé à sa requête.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- en omettant de mentionner son droit d'asile en Italie et en se bornant à la mention de sa condamnation pénale, l'obligation de quitter le territoire est insuffisamment motivée en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- l'obligation de quitter le territoire est intervenue en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 33-1 de la Convention de Genève.
Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- la décision portant refus de délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
- en omettant de mentionner son statut de réfugié en Italie, l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une insuffisance de motivation.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire et de l'interdiction de retour sur le territoire français ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- intervenue en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il justifie bénéficier d'un droit d'asile en Italie, circonstance qui fait obstacle à son renvoi au Mali.
II) Sous le n° 2201203 : Par une ordonnance du 19 août 2022, la présidente du tribunal administratif de Pau a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête enregistrée le 14 juillet 2022 et un mémoire complémentaire enregistré le 18 août 2022 par lesquels M. C B, représenté par Me Sanchez Rodriguez, demande :
1°) que lui soit accordé le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 30 juin 2022 par lequel la préfète de la Corrèze l'a assigné à résidence dans le département de la Corrèze où il est autorisé à circuler, pour une durée de deux mois, et l'a astreint à se présenter chaque jour, hors dimanches et jours fériés, au commissariat de police de Brive afin de constater qu'il respecte cette mesure ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- devant l'obstacle à toute perspective raisonnable d'éloignement que constitue son statut de réfugié en Italie et l'impossibilité d'obtenir un laissez-passer consulaire du Mali qui en découle, l'assignation à résidence méconnaît les conditions posées par l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable à sa situation à l'exclusion de l'article L. 731-3 du même code ; il souhaite retourner en Italie où il est admis à séjourner sous protection statutaire ;
- en omettant de mentionner son statut de réfugié en Italie, l'assignation à résidence est entachée d'une insuffisance de motivation, laquelle souffre d'une contradiction interne, au regard de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la préfète a commis un détournement de pouvoir.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 août 2022, la préfète de la Corrèze conclut au rejet de cette requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention de Genève relative au statut des réfugiés du 28 juillet 1951 ; -le protocole relatif au statut des réfugiés signé à New York le 31 janvier 1967 ;
- la convention d'application de l'accord de Schengen du 14 juin 1985, signée le 19 juin 1990 ;
- le protocole intégrant l'acquis de Schengen dans le cadre de l'Union européenne, annexé au traité sur l'Union européenne et au traité instituant la Communauté européenne ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Vu l'arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 10 mai 2022 par lequel M. Daniel Josserand-Jaillet, président honoraire du corps des magistrats des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel, a été inscrit sur la liste des magistrats honoraires prévue à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.
Par une décision du 1er septembre 2022, M. Daniel Josserand-Jaillet, président de tribunal administratif honoraire, a été désigné par le président du tribunal pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1 et R. 776-13-1 à R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
Sur la jonction :
1. Les requêtes susvisées de M. C B, transmises, d'une part, le 9 août 2022 par le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Pau, d'autre part le 19 août 2022 par la présidente du tribunal administratif de Pau, et enregistrées respectivement au greffe du tribunal sous les n° 2201169 et 2201203, mettent en cause les mêmes parties, sont relatives à la situation d'un même étranger au regard de son droit au séjour en France, présentent à juger des questions semblables et connexes, et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.
2. M. A se disant C B, selon ses déclarations ressortissant malien né le 1er janvier 1998 à Bamako, est entré irrégulièrement en France où il a été incarcéré le 5 mai 2021 ensuite de sa condamnation pour violences et rébellion sur personne dépositaire de l'autorité publique. Par un arrêté du 16 mai 2022, notifié à l'intéressé le 18 mai 2022, la préfète de la Corrèze l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le Mali pour destination, et lui a interdit le retour en France pendant deux ans. Par une décision de la préfète de la Corrèze du 1er juin 2022, M. B a été placé en rétention administrative, laquelle a été prolongée pour une durée de vingt-huit jours par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Bayonne du 4 juin 2022. La même juridiction a rejeté une nouvelle demande de prolongation de cette rétention par une ordonnance du 1er juillet 2022. Par un arrêté du 30 juin 2022, notifié à M. B le 1er juillet, la préfète de la Corrèze l'a assigné à résidence dans le département de la Corrèze avec obligation de se présenter aux services de police de Brive tous les jours hors les dimanches et jours fériés. Par ses requêtes, M. B demande l'annulation de l'arrêté du 16 mai 2022 et de la décision l'assignant à résidence du 30 juin 2022.
Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Selon le second alinéa de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
4.M. B fait valoir qu'il a déposé une demande d'aide juridictionnelle, sur laquelle il n'a pas été statué à la date du présent jugement. Il y a lieu, en application des dispositions mentionnées au point 1, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
5. En premier lieu, l'obligation de quitter le territoire en litige énonce clairement les considérations de droit et de fait relatives à la situation personnelle de M. B sur lesquelles elle se fonde, dans une mesure suffisante pour permettre à son destinataire d'en connaître et discuter utilement les motifs, et pour mettre le juge de l'excès de pouvoir en mesure d'exercer son office en pleine connaissance de cause. Cette décision est, dès lors, suffisamment motivée notamment au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et, en tout état de cause, de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré d'une insuffisance de motivation manque dès lors en fait et doit être écarté.
6. En second lieu, M. B ne peut utilement invoquer l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales non plus que l'article 33-1 de la Convention de Genève du 28 juillet 1951 à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire, distincte de la décision fixant le pays de destination, et qui par elle-même n'a pas pour objet ni pour effet de désigner le pays vers lequel l'intéressé devra être éloigné pour l'exécution de cette mesure. Le moyen qui en est tiré ne peut par suite qu'être écarté comme inopérant.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire du 16 mai 2022 doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision refusant à M. B un délai de départ volontaire :
8. Il résulte de l'examen, qui précède, de la légalité de l'obligation de quitter le territoire français, que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette mesure d'éloignement à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision, l'assortissant, lui refusant un délai de départ volontaire en ce qu'elle fixe son départ sans délai.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
10. Il ressort des termes mêmes des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace.
11. L'arrêté en litige précise que l'examen d'ensemble de la situation de l'intéressé a été effectué s'agissant des éléments dont l'administration avait connaissance à la date de sa signature, à laquelle s'apprécie sa légalité, circonstance que ne contredit pas M. B. Les termes mêmes de l'acte révèlent la prise en compte des conditions de l'entrée de M. B et de son maintien en situation irrégulière sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et de sa situation familiale, traduisant ainsi l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la situation de M. B. En outre, l'arrêté attaqué précise expressément la nature et le degré de menace pour l'ordre public présentée par M. B, dès lors que cette circonstance a été retenue comme prépondérante par la préfète. Enfin, il n'appartenait pas, en tout état de cause, à la préfète d'apprécier les éventuels droits de l'intéressé à se rendre en Italie après son éloignement du territoire français en exécution de l'obligation de quitter le territoire pour statuer sur une interdiction de retour sur le territoire français dont le champ d'application est limité à ce dernier. Par suite, la circonstance que l'interdiction de retour sur le territoire français en litige ne mentionne pas les prétentions de M. B à l'asile en Italie restent sans incidence sur le caractère suffisant de la motivation de cette décision. Au regard de ces éléments et des dispositions énoncées à l'article L. 611-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans que comporte cet arrêté, la préfète de la Corrèze a insuffisamment motivé sa décision.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
12. En premier lieu, il résulte de l'examen, qui précède, de la légalité de l'obligation de quitter le territoire français, que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette mesure d'éloignement à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination de cette dernière. Par ailleurs, il ne peut utilement, à l'appui des mêmes conclusions, utilement exciper de l'illégalité de l'interdiction de retour sur le territoire français, dont cette décision ne procède pas.
13.En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".
14. M. B, qui se borne à faire valoir qu'il aurait la qualité de réfugié reconnue en Italie à l'appui de son moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations et de celles de l'article 33-1 de la Convention de Genève, n'apporte toutefois à l'instance, ni même n'allègue, aucun élément de nature à établir la réalité de risques personnels et actuels qu'il encourrait en cas de retour au Mali, pays dont il a affirmé avoir la nationalité. Ainsi, il n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur le moyen tiré par M. B de la protection subsidiaire qui lui serait reconnue en Italie, articulé à l'appui de ses conclusions en annulation dirigées contre la décision fixant le pays de destination et l'assignation à résidence en litige :
15. Il ressort des dispositions des articles L. 610-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives à l'obligation de quitter le territoire français, de celles des articles L. 615-1 et suivants relatives aux cas de l'étranger obligé de quitter le territoire d'un autre État membre de l'Union européenne ou d'un État dans lequel s'applique l'acquis de Schengen et de celles des articles L. 621-1 et suivants relatives aux procédures de remise aux États membres de l'Union européenne ou parties à la convention d'application de l'accord de Schengen que le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre État ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et que le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre.
16. D'une part, si M. B fait valoir qu'il bénéficierait d'un droit d'asile en Italie, la préfète n'était pas tenue de mettre en œuvre la procédure prévue par l'article L. 615-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé n'entre pas dans les hypothèses de remise aux autorités italiennes visées aux articles L. 621-2 et suivants du même code. Par suite, la préfète n'était pas tenue de mettre en œuvre la procédure prévue par l'article L. 621-1 du même code.
17. Il y a toutefois lieu de réserver le cas de l'étranger demandeur d'asile, dès lors que les stipulations de l'article 31-2 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile impliquent nécessairement que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit autorisé à demeurer provisoirement sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Il en découle que l'étranger obligé de quitter le territoire français qui fait valoir sa qualité de réfugié reconnue dans un pays tiers, et notamment un Etat membre de l'Union européenne, bénéficie nécessairement en France d'un droit à demander à être éloigné vers le pays dont il se réclame de la protection. Ainsi, lorsqu'en application des stipulations des conventions internationales conclues avec les États membres de l'Union européenne, l'examen de la demande d'asile d'un étranger ne relève pas de la compétence des autorités françaises mais de celles de l'un de ces États, la situation du demandeur d'asile n'entre pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 611 1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais dans celui des dispositions des articles L. 571-1 et suivants du même code. En vertu de ces dispositions, la mesure d'éloignement en vue de remettre l'intéressé aux autorités étrangères compétentes pour l'examen de sa demande d'asile ne peut être qu'une décision de réadmission prise sur le fondement de l'article L. 572-1 du même code. Dès lors, si l'étranger demande à être éloigné vers l'État membre de l'Union européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen dont il se prévaut de la protection, il appartient à l'autorité préfectorale d'examiner s'il y a lieu de reconduire en priorité l'étranger vers cet État ou de solliciter de ce dernier sa réadmission.
18. Il est constant que M. B n'a pas demandé l'asile en France. Il est également constant que l'intéressé, à une date indéterminée, est entré irrégulièrement en France, s'y est maintenu plus d'une journée sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, et qu'il entre ainsi dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles s'est fondée la préfète de la Corrèze pour édicter à son encontre l'obligation de quitter le territoire français du 16 mai 2022. Alors même que le document produit par M. B à l'appui de ses affirmations quant à la protection subsidiaire dont il se prévaut en Italie est rédigé en langue italienne, sans que le contenu ou l'authenticité de cette production soient contredits en défense, il reste suffisamment intelligible pour établir que, à la date du 15 novembre 2021, une juridiction napolitaine a fait droit à un recours de M. B et a reconnu à celui-ci la protection subsidiaire. Toutefois, à la date de l'assignation à résidence en litige à laquelle s'apprécie sa légalité, nonobstant en tout état de cause la circonstance que l'intéressé se soit volontairement soustrait aux obligations qu'emportait cette décision pourtant exécutoire, il est constant que M. B avait, nécessairement, quitté le territoire italien depuis au moins la date de son incarcération en France, le 5 mai 2021. Il ressort également des pièces versées au dossier que le centre de coopération policière et douanière de Vintimille a informé les services préfectoraux que les autorités italiennes ont explicitement refusé l'entrée sur le territoire de M. B le 11 mai 2022. Dans ces conditions, la responsabilité de l'Italie avait cessé du fait de cette décision et, en tout état de cause, du fait de l'expiration du délai de trois mois prévu par l'article 19 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par suite, c'est sans entacher ses décisions d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation de la situation de M. B que la préfète de la Corrèze a pu, écartant les prétentions de l'intéressé à être éloigné vers l'Italie, édicter à son encontre l'assignation à résidence en litige au motif qu'il ne présentait aucune garantie de représentation durant le délai nécessaire à l'organisation de son éloignement, circonstance qui au surplus s'est vérifiée postérieurement, et fixer pour destination de la mesure d'éloignement le Mali, dont il soutient être originaire et qui a délivré un laissez-passer consulaire, à l'exclusion de tout Etat membre de l'Union européenne, de l'Islande, du Liechtenstein, de la Norvège ou de la Suisse.
En ce qui concerne le surplus des conclusions dirigées contre l'assignation à résidence en litige :
19.Il ressort de la motivation de l'arrêté du 30 juin 2022 en litige que la préfète a pris en compte expressément la nature et le degré de menace pour l'ordre public présentée par M. B, comparativement aux conditions matérielles de l'organisation de son éloignement. Enfin, il n'appartenait pas, en tout état de cause, à la préfète d'apprécier les éventuels droits de l'intéressé à se rendre en Italie après son éloignement du territoire français en exécution de l'obligation de quitter le territoire pour statuer sur une assignation à résidence. Par suite, la circonstance que l'interdiction de retour sur le territoire français en litige ne mentionne pas les prétentions de M. B à un retour en Italie restent sans incidence sur le caractère suffisant de la motivation de cette décision. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la préfète de la Corrèze a insuffisamment motivé sa décision.
20. En dernier lieu, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi par les pièces du dossier.
21. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. B doivent être rejetées.
Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font, en tout état de cause, obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie principalement perdante dans la présente instance, verse une somme au conseil de M. B au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er: M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2:Le surplus des conclusions des requêtes de M. B est rejeté.
Article 3: Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Corrèze.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
D. D
Le greffier,
G. JOURDAN-VIALLARD
La République mande et ordonne
au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour Le Greffier en Chef
Le Greffier
G. JOURDAN-VIALLARD
N°s 2201169, 2201203
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026