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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2201172

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2201172

mardi 19 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2201172
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantMALABRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 août 2022, M. B A, représenté par Me Malabre, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er mai 2022 par laquelle la préfète de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien de dix ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien de dix ans, et à titre subsidiaire, de prendre une nouvelle décision, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 920 euros, à verser à son conseil, en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, ce dernier ayant renoncé à l'indemnité d'aide juridictionnelle.

Il soutient que la décision attaquée :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- est entachée de vices de procédure en l'absence d'une part de la saisine préalable de la commission du titre de séjour en méconnaissance de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'autre part de la saisine du maire de la commune de résidence pour l'appréciation de la condition d'intégration prévue à l'article L. 413-7 du même code ;

- est entachée d'une erreur de droit en ce qu'il n'a pas été fait application de l'article 7) bis g) de l'accord franco-algérien dont les stipulations prévoient exclusivement les conditions de délivrance du certificat de résidence algérien ;

- viole l'article 7) bis g) de l'accord franco-algérien qui prévoit la délivrance de plein droit du certificat de résidence de 10 ans dont le refus ne peut être motivé au titre de l'ordre public ;

- est entachée d'une erreur de droit et d'appréciation, la menace à l'ordre public ne pouvant être opposé pour la délivrance d'un certificat de résidence algérien de 10 ans et cette menace n'est pas fondée ;

- porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 23 du pacte international relatif aux droits civils et politiques

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2022, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Christophe,

- et les observations de Me Malabre, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né en 1985, est entré en France à l'âge de 4 ans. Le 10 mai 2006, il est mis en possession d'un certificat de résidence algérien de dix ans. A l'occasion de sa première demande de renouvellement en 2015, le préfet de la Haute-Vienne lui a opposé un refus en raison de ses antécédents judiciaires et lui a délivré un certificat de résidence d'un an. A quatre reprises, M. A sollicitera la délivrance d'un certificat de résidence algérien de dix ans, la dernière en date du 28 février 2022 en sa qualité de parent d'enfants français qui fera à l'instar des précédentes l'objet d'un refus en raison des mentions inscrites à son casier judiciaire. Le requérant demande au tribunal d'annuler cette dernière décision du 1er mai 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 modifié : " le certificat de résidence algérien est délivré de plein droit () g) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français résidant en France à condition qu'il exerce, même partiellement, l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins, à l'échéance de son certificat de résidence d'un an ".

3. Aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ". Ces dispositions s'appliquent aux ressortissants algériens dont la situation est examinée sur le fondement du g) de l'article 7 bis de l'accord franco- algérien régissant, comme celles, de portée équivalente en dépit des différences tenant au détail des conditions requises du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la délivrance de plein droit du titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " aux parents d'un enfant français mineur résidant en France. Si le préfet n'est tenu de saisir la commission que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par ces textes auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui s'en prévalent, la circonstance que la présence de l'étranger constituerait une menace à l'ordre public ne le dispense pas de son obligation de saisine de la commission.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A est le père de deux enfants français nés en 2016 et 2019 pour lesquels il n'est pas contesté qu'il n'exercerait pas, même partiellement, l'autorité parentale ou qu'il ne subviendrait pas effectivement à leurs besoins. Dans ces conditions, M. A remplissait les conditions pour se voir délivrer un certificat de résidence algérien sur le fondement des stipulations précitées de l'article 7 bis g) de l'accord. La circonstance avancée par le préfet selon laquelle la présence en France de M. A constituait une menace pour l'ordre public ne le dispensait pas de saisir la commission du titre de séjour. Dès lors que l'absence de saisine de cette commission l'a nécessairement privé d'une garantie, le requérant est fondé à soutenir que la décision de refus de délivrance d'un certificat de résidence algérien de dix ans est entachée d'un vice de procédure.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 1er mai 2022 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer certificat de résidence algérien de dix ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

6. Le présent jugement, par lequel le tribunal fait droit aux conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, n'implique cependant pas, eu égard au motif d'annulation ci-dessus énoncé, que l'administration prenne une nouvelle décision dans un sens déterminé. Par suite, les conclusions du requérant tendant à ce que lui soit délivré un certificat de résidence algérien de dix ans doivent être rejetées. Il y a seulement lieu d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de statuer à nouveau sur la situation de l'intéressé dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a toutefois pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

7. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, Me Malabre ayant renoncé à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er: La décision du 1er mai 2022 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a refusé de délivrer un certificat de résidence algérien de dix ans à M. A est annulée.

Article 2:Il est enjoint au préfet de la Haute-Vienne de procéder au réexamen de la demande de certificat de résidence algérien de dix ans, présentée par M. A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3:L'Etat versera à Me Malabre, une somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, ce dernier ayant renoncé à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4:Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Malabre et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024 où siégeaient :

- M. Revel, président,

- M. Christophe, premier conseiller,

- Mme Chambellant, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024.

Le rapporteur,

F. CHRISTOPHE

Le président,

F-J. REVEL

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour la Greffière en Chef,

La Greffière,

M. C

jb

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